Vu le Film Ghost in the Cell de Joko Anwar (2026) avec Aming Endy Arfian Abimana Arasytya Yoga Pratama Bront Palarae
Pas vraiment habitué à regarder des films venant d'Indonésie, je me suis laissé tenter par ce Ghost in the Cell de Joko Anwar, avec un titre plutôt trompeur qui semble vouloir attirer le chaland en jouant sur la ressemblance avec Ghost in the Shell. De quoi attirer l'œil du cinéphile qui pourrait croire à une autre aventure de science-fiction, mais il va rapidement comprendre qu'il a mis les pieds dans un tout autre établissement, et que les conditions de détention ne sont pas franchement celles d'un hôtel trois étoiles.
Nous voilà plongés dans une prison indonésienne de haute sécurité, un établissement où la violence fait partie du règlement intérieur et où les détenus ont tout intérêt à surveiller leurs fréquentations. Les rivalités entre bandes, les règlements de comptes et les gardiens qui abusent largement de leur autorité composent le quotidien de cette petite communauté qui n'a rien d'un club de vacances. Le directeur de l'établissement, Jefri, interprété par Bront Palarae, règne sur son petit royaume avec une brutalité qui ferait passer certains surveillants pour des animateurs de colonies de vacances.
L'arrivée de Dimas, un journaliste accusé du meurtre de son patron et incarné par Endy Arfian, va pourtant bouleverser cette organisation déjà passablement délabrée. Il se retrouve notamment au contact d'Anggoro, joué par Abimana Aryasatya, un détenu particulièrement maltraité par le directeur de la prison, mais qui possède une personnalité autrement plus solide que les murs de son établissement. Autour d'eux gravitent des personnages hauts en couleur, des prisonniers qui ont chacun leur caractère, leurs petites combines et leurs raisons de ne pas vouloir mourir entre quatre murs.
Seulement voilà, les ennuis vont prendre une tournure nettement plus surnaturelle lorsque des détenus commencent à être retrouvés morts dans des circonstances particulièrement atroces. Six, un prisonnier doté d'une étrange faculté lui permettant de percevoir les auras annonçant la mort, va contribuer à comprendre ce qui se passe. Une présence invisible semble s'en prendre aux pensionnaires les plus malfaisants, transformant progressivement la prison en véritable abattoir.
Et là, le bonhomme Joko Anwar ne fait vraiment pas dans la demi-mesure, car ça tranche, ça gicle, ça découpe et ça transforme les corps en compositions macabres, sans toujours laisser les boyaux à l'air comme on pourrait le craindre. On est dans le gore spectaculaire, parfois tellement excessif qu'il en devient presque burlesque, avec une imagination qui ne semble connaître aucune limite lorsqu'il s'agit de trouver une nouvelle manière de faire passer un détenu de vie à trépas.
Les murs et les sols poisseux, dans leurs teintes de vert-de-gris, finissent par prendre des couleurs autrement moins sympathiques, puisque le rouge sang devient progressivement la décoration dominante de cet établissement pénitentiaire. On est loin du petit séjour en maison d'arrêt avec promenade quotidienne et plateau-repas, et les pensionnaires auraient certainement préféré être condamnés à quelques travaux d'intérêt général.
Mais derrière ce déluge de violence et ces scènes franchement gratinées, Joko Anwar ne se contente pas de faire fonctionner sa machine à découper. Il utilise cette prison comme une miniature de la société indonésienne, avec ses puissants, ses corrompus, ses petits arrangements, ses injustices et ses individus qui se croient au-dessus des lois. La corruption ne s'arrête évidemment pas à la porte de l'établissement, elle se retrouve aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans un système où l'argent et les relations permettent à certains de vivre confortablement pendant que les autres trinquent.
Le fond politique, d'abord présent en sourdine, finit ainsi par envahir l'écran, sans que le réalisateur ait besoin de ranger ses effets horrifiques au placard. La satire sociale se mêle à la comédie noire, aux règlements de comptes et à cette succession de situations complètement déjantées qui donnent au film une personnalité assez particulière. Les personnages doivent même apprendre à dépasser leurs rivalités pour tenter de comprendre ce qui les menace, ce qui donne lieu à quelques situations aussi absurdes que réjouissantes.
Le casting participe largement à cette réussite, avec Abimana Aryasatya qui apporte une vraie présence à Anggoro, Endy Arfian en journaliste pris dans un engrenage qui le dépasse et Bront Palarae en gardien tyrannique que l'on aurait volontiers envie d'envoyer lui-même derrière les barreaux. Chacun trouve sa place dans cette galerie de prisonniers et de personnages peu recommandables.
Alors, soyons honnêtes, nous ne sommes pas devant le film du siècle, ni devant une œuvre qui va révolutionner le septième art et bouleverser les dissertations des étudiants en cinéma. Mais ce n'est manifestement pas la prétention de Joko Anwar, qui préfère nous servir une généreuse assiette de violence, de fantastique et de satire politique, avec une bonne dose d'humour noir pour faire passer le tout.
Une découverte indonésienne plutôt réjouissante, qui ne fait pas dans la dentelle et qui assume parfaitement ses excès, quitte à pousser le bouchon un peu loin dans certaines séquences. Pour les amateurs du genre, c'est une dégustation qui mérite le détour, mais surtout à savourer loin du repas, car entre les tripes, les morceaux de viande et les compositions macabres, on risque de perdre définitivement l'appétit.
NOTE : 11.50
| Directed by | Joko Anwar |
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| Written by | Joko Anwar |
| Produced by | Tia Hasibuan |
| Starring |
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| Cinematography | Ical Tanjung |
| Edited by | Joko Anwar |
| Music by | Aghi Narottama |
Production companies | |
| Distributed by | Well Go USA (America) |
Release dates |
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Running time | 106 minutes |
| Country | Indonesia |

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