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jeudi 5 février 2026

16.20 - MON AVIS SUR LE FILM LES FORCATS DE LA GLOIRE DE WILLIAM A.WELLMAN (1945)


 Vu le Film Les Forçats de la Gloire de William A.Wellman (1945) avec Robert Mitchum Burgess Meredith Freddie Steele Wally Cassell Jimmy LLoyd John R.Reilly Bill Murphy et  avec la participation d'anciens combattants américains en Afrique du Nord et en Italie. 

Durant la Seconde Guerre mondiale, Ernie Pyle, correspondant de guerre, suit la progression de la Compagnie C du 18° Régiment d'Infanterie américain, d'abord en Afrique du Nord, puis en Sicile et au cœur de l'Italie, notamment pendant la Bataille de Monte Cassino... 

Les Forçats de la Gloire (The Story of G.I. Joe) de William A. Wellman s’impose comme l’un des sommets du cinéma de guerre américain, et sans doute comme l’un des films les plus profondément humains jamais tournés sur la Seconde Guerre mondiale. En poursuivant l’exploration de la filmographie de l’immense Wellman, on retrouve ici ce qui fait son ADN : le refus du spectaculaire gratuit, la guerre vue à hauteur d’homme, et surtout à hauteur de visage. 

Le film nous entraîne de l’Afrique du Nord à la Sicile, jusqu’aux abords de la terrible bataille de Monte Cassino. Mais contrairement à tant de films de guerre, Wellman ne cherche pas à nous impressionner par la stratégie ou les cartes d’état-major. Il suit un homme : le correspondant de guerre Ernie Pyle, incarné avec une justesse remarquable par Burgess Meredith. Pyle n’est ni un héros ni un soldat, mais un témoin. Il observe, écoute, écrit, et partage le quotidien d’une compagnie d’infanterie, au plus près du terrain, à ses risques et périls. 

Cette compagnie est menée par le lieutenant Walker, interprété par un Robert Mitchum déjà monumental. Mitchum impose une autorité calme, presque fatiguée, un commandement sans emphase, forgé par l’usure plus que par le courage flamboyant. Il ne joue pas au chef, il l’est, simplement, naturellement. Son Walker est un homme qui avance, encore et encore, parce qu’il n’a pas le luxe de faire autrement. 

Comme dans BastogneWellman s’intéresse moins aux victoires qu’au prix qu’elles coûtent. Les soldats marchent, tombent, se relèvent, creusent des trous dans la boue, dans les tranchées, sous la pluie et le feu invisible. L’ennemi, on ne le voit presque jamais, mais sa présence est constante, oppressante, presque abstraite. C’est une guerre d’attente, de fatigue, d’usure morale autant que physique. 

La mise en scène est d’une sobriété exemplaire. Wellman filme les visages marqués, les regards perdus, les silences entre deux ordres. Il capte tous les états : l’euphorie brève après une avancée, la déconvenue, la peur sourde, la fraternité tacite. Rien n’est surligné, tout est vécu. Chaque plan semble respirer la vérité du terrain. 

Samuel Fuller ne s’y est pas trompé en affirmant que Les Forçats de la Gloire était « le plus authentique des films tournés durant la guerre ». Et il a raison. On sent que Wellman sait de quoi il parle, qu’il a connu ces hommes, cette fatigue, cette absurdité. Ce film n’est pas une reconstitution, c’est un témoignage. 

Son influence est immense. De Fuller justement, à Spielberg, dont l’attaque du village italien évoque clairement certaines scènes du Soldat Ryan. Mais là où d’autres iront vers le choc visuel, Wellman reste fidèle à sa ligne : filmer l’humain avant l’exploit. 

Le scénario épouse parfaitement cette approche fragmentée, presque documentaire. Il n’y a pas de grand arc héroïque, seulement une succession de moments, de marches, de combats, de pertes. Et c’est précisément ce qui rend le film si puissant. 

Au finalLes Forçats de la Gloire est un film profondément humaniste, sans discours appuyé, sans patriotisme tapageur. Un film qui parle d’hommes ordinaires pris dans une machine qui les dépasse. Un grand film de guerre, oui, mais surtout un grand film tout court, porté par un immense réalisateur et des comédiens parfaits, Mitchum et Meredith en tête. 

William A. Wellman signe ici l’une de ses œuvres majeures. Un film qui ne crie jamais, mais qui marque durablement. Comme la guerre qu’il raconte. 

NOTE : 16.20

FICHE TECHNIQUE

Réalisateur : William A.Wellman


DISTRIBUTION

Et avec la participation d'anciens combattants américains en Afrique du Nord et en Italie.

vendredi 20 juin 2025

12.20 -MON AVIS SUR LE FILM LES DAMES DU BOIS DE BOULOGNE DE ROBERT BRESSON (1945)


 Vu le film  Les Dames du Bois de Boulogne de #RobertBresson (1945) avec Elina Labourdette Maria Casarès Lucienne Bogaert Paul Bernard Jean Marchat Yvette Etiévant Lucy Lancy Marguerite de Morlaye Nicole Régnault et le chien Katsou  

Pour l’escalier : L’escalier intérieur de la maison de Madame Hélène devient le lieu de la révélation, du piège se refermant. L’architecture y symbolise le labyrinthe moral du film. 
 

Hélène souffre d'être délaissée par son amant Jean. Elle feint de ne plus l'aimer pour voir sa réaction, et comprend avec horreur qu'il est soulagé par cette révélation mensongère.  

Ils se séparent, mais Hélène, blessée, décide de se venger. Agnès, la fille de Madame D.,est danseuse de cabaret depuis la faillite de sa mère. Hélène paie leurs dettes, installe mère et fille dans un appartement de Port-Royal et organise la rencontre de Jean et d’Agnès au bois de Boulogne, près de la Grande Cascade. Jean s'éprend d'Agnès. Celle-ci repousse d'abord ses avances, puis tente de lui avouer son passé mais sans succès, car Hélène continue de tirer les ficelles. 

Les Dames du Bois de Boulogne est sans doute l’un des films les plus singuliers de la période classique du cinéma français, à la croisée du théâtre, du roman moral du XVIIIe siècle et du cinéma d’auteur encore balbutiant. Inspiré d’un épisode de Jacques le Fataliste de Diderot — celui de Madame de La Pommeraye —, il s’inscrit dans un jeu cruel et raffiné où la vengeance devient un art, froid, parfaitement exécuté. 

Hélène, femme abandonnée par l’homme qu’elle aime, décide de se venger. Mais sa vengeance n’a rien de criard : elle se déploie avec une patience machiavélique. Elle élève, à son insu, l’amante d’un soir de Jean au rang de jeune fille de bonne famille, pour ensuite mieux l’offrir à cet homme, sans qu’il ne sache qu’elle fut danseuse de cabaret. Toute la mécanique repose sur la chute morale que subira Jean lorsqu’il découvrira la vérité. Ou sur celle d’Hélène, lorsque les sentiments auront déjoué ses plans. 

Robert Bresson, pourtant si attaché à l’épure dans son œuvre ultérieure (Journal d’un curé de campagne, Pickpocket, etc.), reniera ce film qu’il jugeait trop dépendant du théâtre, des "acteurs professionnels", et d’une esthétique encore trop classique. Et pourtant, cette œuvre reniée vibre d’une tension rare, d’une cruauté polie que les dialogues de Jean Cocteau habillent d’un vernis brillant. C’est aussi un film de femmes — ou plus précisément, un film sur le pouvoir d’une femme dans un monde qui croit encore le lui refuser. 

Maria Casarès incarne Hélène avec une intensité glaçante, presque abstraite. Elle est à la fois l’architecte de sa vengeance et sa première victime, tant le désir de contrôle lui échappe dès qu’apparaît l’imprévu du sentiment. Dominique, l'innocente manipulée, jouée par Élina Labourdette, oscille entre une vulnérabilité touchante et une forme d'énigme : qui manipule vraiment qui ? Jean, joué finalement par Paul Bernard (après que Jean Marais ou Alain Cuny furent envisagés), est lui aussi un masque : froid, distant, souvent dur à croire en amant épris, mais parfaitement à sa place dans cet univers de faux-semblants. 

Ce qui frappe peut-être le plus, c’est ce noir et blanc velouté, cette lumière qui vient caresser les rideaux, les murs, les visages comme des toiles en clair-obscur. Les ombres sont partout : elles évoquent les secrets, les intentions voilées, les passés qu’on maquille. Le Bois de Boulogne n’est jamais montré comme un lieu galant ou canaille, mais comme une lointaine allusion : ces dames du quartier, en fait, ce sont les grandes bourgeoises qui manipulent et s’échangent les drames comme des objets de salon. 

La prostituée annoncée par le titre est une ombre, un symbole, jamais incarné. Le scandale n’est pas dans les corps, mais dans les esprits. Et c’est bien là que réside la modernité du film : sous ses airs d’opéra figé, il montre une société où les femmes, pour survivre, doivent se faire stratèges. À ce titre, Hélène devient l’incarnation de toutes les femmes bafouées, humiliées, reléguées. Mais sa victoire est-elle réelle ? Le film, dans sa fin elliptique, presque gracieuse, semble dire que la vengeance n’est jamais totalement douce — même quand elle semble réussie. 

On peut ne pas être sensible à l’histoire, à Diderot ou à cette mécanique trop écrite. Mais on ne peut ignorer la beauté plastique de l’ensemble, ni cette manière si singulière qu’a Bresson — déjà — de faire surgir l’absolu derrière le théâtre mondain. Il n’a pas encore renoncé à ses comédiens de métier, mais il filme déjà comme s’il voulait tout en effacer. Ce paradoxe donne au film un goût étrange, presque spectral. Une œuvre bâtarde, en transition, et pourtant inoubliable. 

NOTE ; 12.20

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION