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samedi 27 juin 2026

17.50 - MON AVIS SUR LE FILM LA TAUPE DE TOMAS ALFREDSON (2010)

 


Vu le Film La Taupe de Tomas Alfredson (2010) avec Gary Oldman Colin Firth Mark Strong John Le Carré Tom Hardy Benedict Cumberbacht Toby Jones John Hurt


George Smiley est l'un des meilleurs agents du Cirque, quartier général des services secrets britanniques. Alors qu'il vient à peine de prendre sa retraite, le cabinet du premier ministre fait de nouveau appel à lui. Le centre de Moscou, leur ennemi juré, aurait un agent double, infiltré au sein du Cirque.

Il existe des films d'espionnage qui misent sur les poursuites, les explosions et les gadgets. Et puis il y a La Taupe de Tomas Alfredson, qui choisit l'exact opposé : le silence, les regards et la suspicion. Ici, il n'y a pas de montre laser, pas de voiture équipée de missiles, pas de réplique assassine devant une explosion. Il n'y a que cinq coups de feu, à peu près. Le reste du temps, on dialogue, on observe, on subit. Et c'est précisément ce qui rend ce chef-d'œuvre si étouffant.

Bienvenue dans un monde où, derrière chaque porte, il y a des oreilles. Derrière chaque fenêtre, des yeux. Où votre micro-ondes vous écoute, votre lampe vous espionne, et le nounours du bébé cache peut-être une caméra et un micro. Dans cet univers, le moindre sourire peut être un mensonge, la moindre poignée de main un piège, et la moindre confidence une condamnation. Chaque ami est un ennemi potentiel... ou réel. Quant à la confiance, même en l'achetant, elle n'est jamais garantie.

Adapté du monumental roman de John le Carré, La Taupe nous plonge au cœur de la Guerre froide, lorsque les services secrets britanniques découvrent qu'une taupe soviétique s'est infiltrée jusqu'au sommet du Circus. Une mission impossible est alors confiée à George Smiley, ancien maître espion mis sur la touche, chargé de démasquer celui qui vend les secrets de la Couronne à Moscou.

George Smiley est sans doute l'un des plus grands personnages d'espionnage jamais écrits. Pas un homme d'action, mais un homme d'analyse. Il ne court pas, il réfléchit. Il ne menace pas, il écoute. Il ne tue presque jamais, mais démonte les mensonges avec une précision chirurgicale. Gary Oldman livre une interprétation absolument prodigieuse. Un regard, un silence, une respiration suffisent à raconter ce que d'autres acteurs auraient besoin de dix pages de dialogue pour exprimer. Son ascension vers le sommet du pouvoir ressemble moins à une victoire qu'à une lente descente dans les ruines morales d'un monde gangrené.

Et autour de lui... quelle distribution. La crème du cinéma britannique est réunie dans un casting tout simplement royal. Colin Firth, tout en élégance glaciale. Tom Hardy, magnétique, discret mais terriblement efficace. Mark Strong, bouleversant de retenue. Benedict Cumberbatch, Toby Jones, Ciarán Hinds, David Dencik... chacun apporte une nuance supplémentaire à cette immense partie d'échecs où chaque pion ignore parfois lui-même pour quel camp il joue.

Car dans La Taupe, on est espion à l'Ouest un jour... à l'Est le lendemain. Les idéologies changent, les fidélités s'achètent, les convictions se revendent au plus offrant. Plus personne ne sait vraiment qui manipule qui. La vérité n'est jamais une évidence ; c'est un brouillard épais dont émergent seulement quelques silhouettes.

Tomas Alfredson met en scène tout cela avec une élégance sidérante. Chaque plan semble figé dans une grisaille automnale où les couleurs elles-mêmes paraissent contaminées par la méfiance. Les bureaux sont des labyrinthes, les couloirs ressemblent à des prisons administratives et les visages sont des coffres-forts dont personne ne possède la combinaison.

Ce qui fascine, c'est que le suspense ne repose jamais sur l'action, mais sur la psychologie. Chaque conversation devient un duel. Chaque silence pèse plus lourd qu'une rafale de mitraillette. Chaque regard peut condamner un homme. On avance comme George Smiley : lentement, méthodiquement, en ramassant les morceaux d'un puzzle dont certaines pièces ont volontairement été brûlées.

On n'est pas à la recherche du temps perdu... mais du fruit pourri. Et la corbeille est pleine. Derrière les costumes impeccables, les clubs privés et les bonnes manières britanniques se cachent la trahison, la lâcheté, les ambitions personnelles et les idéaux vendus au marché noir. Plus Smiley remonte la piste, plus il découvre que le mal n'est pas une anomalie : il est devenu le système.



L'immense réussite du film est justement de montrer que les véritables victimes ne sont pas seulement ceux qui meurent. Ce sont surtout ceux qui survivent. Ces hommes ont sacrifié leurs amours, leurs familles, leur identité et parfois leur âme pour une guerre qui ne disait jamais son nom. Au final, La Taupe est moins une histoire d'hommes qui s'entre-déchirent qu'une histoire d'hommes brisés par la Guerre froide, qui aspirent à l'absolution sans être certains de la mériter.

Et c'est là toute la différence avec James Bond. Ici, aucun héros ne sauve le monde en costume parfaitement repassé. On est à mille lieues de l'univers de 007. L'espionnage n'a rien de glamour ; il est gris, sale, bureaucratique et profondément humain. La réalité remplace le fantasme, et cette réalité fait froid dans le dos.

La Taupe est une œuvre d'une intelligence rare, un thriller d'une tension permanente où les armes les plus dangereuses ne sont ni les pistolets ni les explosifs, mais les secrets. Un immense film d'espionnage qui transforme la paranoïa en art, porté par un Gary Oldman monumental et un casting britannique en état de grâce. Un chef-d'œuvre où l'on comprend qu'au royaume des espions, le silence est souvent le plus bruyant des aveux.

Baissez la voix... Le téléphone est peut-être décroché sans l'être. La lampe clignote un peu trop. Le micro-ondes bourdonne avec une étrange régularité. Et ce nounours dans le coin... vous êtes sûr qu'il est seulement en peluche ?

Rangeons ce dossier dans le coffre. Pas de copies. Pas de témoins. Si quelqu'un vous demande, cette conversation n'a jamais existé.

Control, ici Smiley... la taupe n'a rien entendu. Fin de transmission.

NOTE : 17.50

FICHE TECHNIQUE


Producteurs délégués : Liza Chasin, Ron Halpern, Debra Hayward, John le CarréPeter Morgan et Douglas Urbanski
Coproductrice : Alexandra Ferguson

DISTRIBUTION

jeudi 14 mai 2026

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM CHICO ET RITA DE JAVIER MARISCAL FERNANDO TRUEBA TONO ERRANDO (2010)

 




Vu le Film
Chico et Rita de 
Javier Mariscal, Tono Errando, Fernando Trueba (2010) Il y a dans Chico et Rita quelque chose d’assez rare aujourd’hui : un film d’animation pour adultes qui ne cherche jamais à épater techniquement mais à faire danser les souvenirs. Et quelle danse… Dès les premières notes, le Jazz est il transpire dans les rues de La Havane, dans les clubs enfumésdans les regards fatigués des musiciens qui jouent comme si leur vie dépendait de chaque touche de piano. Quand le Jazz est là… tout le reste s’efface presque. 

Le film nous plonge dans le Cuba des années 40 et 50, un pays magnifique mais profondément inégalitaire  les blancs gardent leurs dominations sociales, économiques et même musicales. Les artistes métisses ou noirs doivent être deux fois meilleurs pour simplement exister. Et c’est dans ce décor de chaleur, de sueur et de rythmes brûlants qu’on découvre Chico, jeune pianiste génial un peu grande gueule, et Rita, chanteuse à la voix capable de faire taire un bar entierDeux caractères explosifsdeux orgueils immensesdonc forcément deux êtres condamnés à s’aimer et à se déchirer. 

L’histoire suit leur histoire d’amour comme une partition de Jazz : improvisée, chaotique, parfois sublime, parfois douloureuse. Ils se rencontrent, se désirent, se perdent, se retrouvent, puis se reperdent encore dans un monde qui change autour d’eux. Avant même la Révolution cubaine, on sent déjà un pays en mutationpartagé entre la fascination américaine, le tourisme, les mafias, les rêves hollywoodiens et les humiliations sociales permanentes. 

Ce qui est beau dans le filmc’est qu’il voyage sans cesse. La Havane devient un personnage vivant, puis on part vers New York, Las Vegas, Hollywood, avec cette impression permanente que le succès est toujours juste à côté… avant de vous gifler. Chico croit toucher la gloire grâce à son talent, Rita grâce à sa voix et à son magnétismemais le système broie vite ceux qui ne sont pas du bon côté de la couleur ou du pouvoirDerrière les musiques sensuelles et les corps qui dansent, le film parle aussi d’exil, de racisme et d’amours sacrifiées. 

Et puis il y a cette animation si particulière signée Javier Mariscal. Certains trouveront le trait simple, presque esquissémais justement c’est ce qui donne cette fluidité permanente. Les corps semblent danser même quand ils marchent. La nuit cubaine devient liquide, les cigarettes flottent dans l’air comme des notes de saxophone, et les visages portent une mélancolie magnifique. On est loin du cinéma d’animation ultra-numérique aseptiséIci tout paraît vivant, imparfaithumain. 

Fernando Trueba, immense amoureux du Jazz, ne fait jamais semblant. On sent que chaque scène musicale a été pensée par quelqu’un qui aime cette musique physiquement. Les morceaux ne servent pas de décoration : ils racontent les personnages. Le piano de Chico parle souvent mieux que lui-même. Rita, elle, chante comme si elle voulait survivre à chaque chanson. 

Et quel plaisir de voir un film parler du Jazz non pas comme une musique de musée mais comme un bain de jouvence permanent. Cette musique donne envie de vivre, de boired’aimer, de recommencer malgré les claques. Le film déborde d’énergie même dans ses moments tristes. On sort avec une étrange nostalgie d’une époque qu’on n’a pourtant jamais connue. 

Le casting vocal apporte énormément aussi. En version originale, les voix donnent une authenticité formidable aux personnagesavec cette musicalité latino-américaine qui colle parfaitement au récit. Et la bande originale… impossible de ne pas avoir envie de réécouter du Dizzy Gillespie, du Thelonious Monk ou du Charlie Parker après ça. 

Le film réussit surtout quelque chose de difficile : raconter une grande histoire romantique sans devenir guimauve. Chico et Rita s’aiment profondément mais sont aussi capables de se faire énormément de mal. Leur amour prend des coups parce que la vie leur en donne sans arrêt. Et le temps qui passe devient presque le vrai méchant du film. 

Il y a aussi quelque chose d’assez cruel dans cette idée que les artistes passent leur vie à courir après une reconnaissance qui arrive souvent trop tard. Le film est rempli de succès ratésd’occasions manquées, de mauvais choix faits en quelques secondes. Comme dans le Jazz finalement : une fausse note et tout bascule. 

Mais malgré cette mélancolie permanente, Chico et Rita reste lumineuxSensuel aussiRarement un film d’animation aura autant senti la chaleur humaine, la peaul’alcool, les nuits qui finissent à l’aube. On entend presque les verres s’entrechoquer dans les clubs. 

Joli film plein d’énergie  le Jazz nous entraîne dans un bain de jouvence mêlé de notes intemporelles. Quand le Jazz est … même les amours perdues continuent de danser quelque part dans la nuit cubaine

NOTE : 12.90

FICHE TECHNIQUE

Réalisateurs : Fernando Trueba et Javier Mariscal

Scénario : Fernando Trueba et Ignacio Martínez de Pisón

Musique originale : Bebo Valdés

Montage : Arnau Quiles

Montage son : Pelayo Gutiérrez

Mixage son : Nacho Royo-Villanova

Directeur de l’animation : Manolo Galiana

Supervision artistique des personnages : Bojan Pantelic

Supervision des couleurs : Nuria Puig

Direction technique 3D : David Campassol

Direction technique 2D : Jose Carlos Jiménez

Direction artistique : Pedrín E. Mariscal

Supervision story-board : Carlos Arroyo

Développement des personnages : Marcello Quintanilha

Production : Cristina Huete, Santi Errando, Martin Pope et Michael Rose

Production associée : Steve Christian et Marc Samuelson

Coproduction : Andrew Fingret

Production exécutive : Angélica Huete

Sociétés de production : Isle of Man Film, CinemaNX, Fernando Trueba Producciones Cinematográficas S.A., Magic Light Pictures

Sociétés de distribution : Rezo Films, Studio 37

Pays d'origine : Drapeau de l'Espagne Espagne, Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni