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lundi 6 juillet 2026

8.10 - MON AVIS SUR LE FILM VIDOCQ DE PITOFF (2001)


 Vu le Film Vidocq de Pitof (2001) avec Gérard Depardieu Guillaume Canet ANdré Dussolier Moussa Maaskri Inès Sastre Edith Scob Isabelle Renaud jean Pol Dubois Fred Ulysse Jean Marc Thibault Dominique Zardi


Biberonné à la série consacrée à Eugène-François Vidocq avec Claude Brasseur, j'abordais ce Vidocq de Pitof avec une certaine curiosité. Certes, je me souvenais du massacre (oui, le mot est peut-être un peu fort... quoique) qu'il commettra quelques années plus tard avec Catwoman, mais je me disais qu'avec un tel personnage, un tel budget et un casting aussi prestigieux, il y avait forcément quelque chose à sauver. Quelle erreur...

L'histoire nous plonge dans le Paris de 1830. Eugène-François Vidocq (Gérard Depardieu), ancien bagnard devenu détective aussi brillant qu'insaisissable, enquête sur une série de meurtres attribués à un mystérieux criminel masqué surnommé l'Alchimiste. Après sa disparition, son jeune biographe Étienne Boisset (Guillaume Canet) tente de reconstituer les derniers jours du célèbre enquêteur avec l'aide de ses proches, tandis que le préfet Lautrennes (André Dussollier) poursuit sa propre enquête au cœur d'un complot mêlant ésotérisme, pouvoir et manipulations.omplots, ésotérisme et ambitions politiques.

Sur le papier, il y avait de quoi faire un grand film d'aventures fantastiques à la française. À l'écran, c'est une autre histoire.

Pitof s'est cru le maître du monde. Lui qui venait des effets spéciaux, avec la société Duran Duboi qu'il avait cofondée et qui avait participé à des films comme Les Visiteurs ou Didier, semble avoir confondu savoir fabriquer une image et savoir raconter une histoire. Réaliser des effets spéciaux, écrire un scénario et mettre en scène un film, ce sont trois métiers différents. Il y a un monde entre les deux... un monde que Pitof n'a jamais franchi. Il est resté sur les premiers cailloux de l'Everest.

Le véritable héros du film, ce ne sont ni Vidocq ni l'Alchimiste : ce sont les effets numériques. Il y en a partout, tout le temps. Des images trafiquées jusqu'à l'écœurement, des gros plans surgissant sans raison, des couleurs dégoulinantes, des ralentis, des accélérations, des déformations permanentes... À certains moments, on a l'impression de regarder le film à travers un judas. Notre œil, pauvre œil, a bien du mal à supporter cette débauche d'effets spéciaux. Point n'en faut trop... et ici, c'est l'overdose.

À force de vouloir épater la galerie, Pitof finit par anesthésier le spectateur. Chaque plan cherche à impressionner, mais plus rien n'impressionne. Tout devient artificiel, démonstratif, clinquant. La forme dévore le fond jusqu'à faire disparaître toute émotion.

Et c'est bien là le plus grand gâchis. Gérard Depardieu possède la carrure idéale pour incarner Vidocq, André Dussollier apporte son élégance habituelle, Guillaume Canet montre déjà un vrai potentiel, tandis que les seconds rôles, de Moussa Maaskri à Inés Sastre, auraient mérité d'exister davantage. Mais tous semblent absorbés par cette avalanche d'effets visuels. Leur jeu paraît forcé, excessif, comme s'ils jouaient en permanence contre un écran vert plutôt que face à de véritables partenaires.

Même le Paris du XIXᵉ siècle, pourtant magnifiquement reconstitué par moments, disparaît sous les filtres numériques. Impossible de s'immerger dans cette époque : chaque image nous rappelle qu'on regarde une démonstration technologique plus qu'un film.

Le plus frustrant, c'est que le personnage de Vidocq méritait infiniment mieux. La série avec Claude Brasseur prenait des libertés avec l'Histoire, mais elle avait du souffle, du charme et un héros auquel on s'attachait. Ici, malgré quelques éléments empruntés à la légende du véritable Vidocq, on ne retrouve ni l'esprit du personnage ni le plaisir de l'enquête. Tout est sacrifié sur l'autel de la démonstration visuelle.

Vidocq est pour moi l'exemple parfait d'un film où la technique écrase complètement le cinéma. On peut admirer un artisan des effets spéciaux, mais cela ne fait pas automatiquement un réalisateur. À vouloir en mettre plein la vue à chaque plan, Pitof finit surtout par nous exploser la rétine... et par nous faire oublier qu'un film est avant tout une histoire, des personnages et une mise en scène. Ici, il ne reste qu'un gigantesque feu d'artifice numérique. Et une fois la fumée dissipée, il n'y a plus rien à sauver.

NOTE : 8.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

mercredi 15 octobre 2025

17.50 - MON AVIS SUR LE FILM A.I DE STEVEN SPIELBERG (2O21)

 


Vu le film A.I de Steven Spielberg (2001) avec Jude Law Harvey Joel Osment Frances O’Connor Jack Angel Sam Robards Jake Thomas William Hurt Brendan Gleeson Robin Williams Meryl Streep Ben Kingsley 

xxiie siècle. Une partie de la Terre a été ravagée par le réchauffement climatique, suivi de l'élévation du niveau de la mer. Cela a anéanti la plupart des villes, réduisant ainsi la population mondiale. Des « mécas » (Mecha en VO), des robots androïdes, ont été créés en remplacement. Ils servent à répondre aux besoins des humains : tâches ménagères, services et amour. Cependant, les mécas, capables de pensées complexes, manquent d'émotions et ne peuvent réellement aimer. Le Pr Allen Hobby entend bien créer un enfant méca capable d'aimer, pour développer un nouveau marché et ainsi pallier la régulation des naissances en vigueur. 

Dès sa sortie, A.I. apparaissait comme une œuvre visionnaire, fruit du dialogue entre deux géants : Stanley Kubrick, qui en avait conçu la matrice, et Steven Spielberg, qui en réalisa le rêve. Aujourd’hui, à une époque où l’intelligence artificielle a pénétré nos vies les plus ordinaires, le film résonne d’une manière presque prophétique. Spielberg y voyait déjà ce que nous vivons : une technologie capable de simuler l’amour, la douleur, la mémoire — des émotions que nous pensions exclusivement humaines. Mais au lieu d’un film de science-fiction pure, il signe une fable, à la fois lumineuse et inquiétante, sur le désir d’humanité d’une machine. 

L’histoire suit David Swinton, un enfant-robot programmé pour aimer, interprété par Haley Joel Osment, alors au sommet de sa maturité d’acteur malgré son jeune âge. Sa performance est stupéfiante : son visage figé d’innocence, ses yeux immenses qui ne clignent presque jamais, font naître un malaise subtil — celui de voir une perfection artificielle qui nous renvoie à nos propres imperfections. Osment incarne un mythe inversé de Pinocchio : un être mécanique qui rêve de devenir réel. Face à lui, Jude Law, en Gigolo Joe, androïde séducteur conçu pour plaire, irradie de charme mécanique. Il danse, brille, se déplace avec une grâce robotique, presque musicale. Le contraste entre la naïveté pure de David et le cynisme programmé de Joe donne au film sa tension la plus humaine. 

La mise en scène de Spielberg alterne entre émerveillement et tragédie. Chaque plan semble pensé comme une peinture futuriste : la froideur bleutée des laboratoires, la lueur dorée des souvenirs, la ville engloutie sous la glace dans le dernier acte. Sa caméra glisse entre la tendresse et la terreur, rappelant qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre un conte pour enfants et une méditation métaphysique. On retrouve ici le Spielberg le plus intime, celui d’E.T., mais traversé par le pessimisme glacé de Kubrick. 

Le scénario, dense et mélancolique, explore la question : qu’est-ce qui définit un être humain ? Est-ce la chair, l’émotion, la capacité à aimer — ou seulement la programmation de cette capacité ? La quête de David pour retrouver l’amour de sa mère humaine devient une parabole bouleversante sur le rejet, la solitude et la foi. Car David croit, avec la ferveur d’un enfant, qu’il peut redevenir réel, qu’un miracle l’attend au bout de son errance. Cette croyance, Spielberg la filme avec la même sincérité que dans ses récits d’aventure : une foi naïve mais indestructible. 

Visuellement, A.I. est une claque encore aujourd’hui. Les effets spéciaux, d’une beauté presque artisanale pour l’époque, n’ont rien perdu de leur puissance. Les décors évoquent un futur sans chaleur : un monde où les humains ont laissé les machines hériter de leurs rêves. La musique de John Williams amplifie cette impression d’un conte suspendu dans le temps. Son orchestration, d’une délicatesse presque religieuse, mêle motifs électroniques et cordes poignantes. Elle évoque à la fois la pureté de David et la froideur du monde qui l’entoure. 

La fin, souvent débattue, reste l’un des plus beaux paradoxes du film. Après des siècles d’attente, David est réveillé par d’autres formes d’intelligence, peut-être des descendants de l’humanité. Il obtient enfin une journée auprès de sa mère recréée — une journée parfaite, irréelle, avant de s’éteindre. Certains y voient une conclusion trop douce, d’autres un cauchemar déguisé : un rêve de machine qui s’achève là où commence la mort. Pour ma part, je la trouve émouvante et métaphysique. Elle offre au film une résonance circulaire : la machine, ayant appris à aimer, s’éteint comme un enfant rassasié. 

Ce film, sous ses dehors de superproduction futuriste, parle en réalité de notre peur de disparaître et de notre désir d’être aimés sans condition. En cela, A.I. n’est pas seulement un film sur les robots : c’est un miroir tendu à l’humanité, un conte de fées qui interroge notre présent. Spielberg, le conteur, prolonge Kubrick, le philosophe, dans une alchimie rare. Et Haley Joel Osment, Jude Law, et Williams en sont les artisans d’émotion. 

A.I. Intelligence Artificielle demeure une œuvre visionnaire, poétique et profondément humaine. Elle interroge nos certitudes technologiques et nos rêves d’éternité. En 2001, Spielberg nous offrait déjà le reflet de notre ère : celle où la machine apprend à aimer — et où l’homme, peut-être, oublie comment. 

NOTE : 17.50

FCIHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION