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vendredi 6 février 2026

14.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'ENNEMI PUBLIC DE WILLIAM A.WELLMAN (1931)


 Vu l’Ennemi Public de William A.Wellman (1931) avec James Cagney Jean Harlow Edward Woods Donald Cook Leslie Fenton Beryl Mercer Mae Clarke Robert Homans Sam McDaniel 

Tommy et Matt sont deux amis d'enfance inséparables. Tommy se livre a de petits larcins au lieu d'aller à l'école alors que Mike, son frère aîné prends une voie de bon garçon, il éveille ainsi la jalousie de Tommy qui croît que sa mère le préfère à lui. Jeune homme, toujours avec Matt, ils prennent du grade dans la pègre, entraînés par des gangsters chevronnés. Mike n'arrive pas à remettre son frère dans la bonne voie. Quelques années plus tard, à Chicago, durant la Prohibition, ils mènent la belle vie, mais Matt est tué par un gang rival. Tommy veut se venger, il exécute ses ennemis mais est blessé, il est emmené à l'hôpital. Sa mère et son frère viennent le voir pour se réconcilier. Malheureusement, le gang qui l'a blessé le retrouve et l'exécute. 

Avis sur L’Ennemi Public de William A. Wellman. Ce n’est pas la taille qui compte, et James Cagney en est la preuve éclatante : sa petite stature, loin de le freiner, a fait de lui une bombe à retardement à l’écran, une boule de nerfs, de violence et d’énergie brute, et c’est bien ce film qui a fait de lui la star qu’il méritait d’être. 


L’Ennemi Public est un film pré-code, donc réalisé avant que le code Hays ne vienne brider, surveiller et moraliser toute l’industrie hollywoodienne, et ça se sent à chaque plan, à chaque réplique, à chaque coup porté. Wellman transforme l’ascension et la chute de Tom Powers en un uppercut cinématographique, un film de gangsters sec, brutal, sans fioritures, où la mâchoire serrée de Cagney devient une arme à part entière, symbole d’un truand impulsif, violent, incapable de contrôler ses pulsions. Le scénario épouse le parcours classique du gangster — la rue, l’argent facile, la montée en puissance, l’illusion de l’invincibilité — mais Wellman refuse toute glorification facile : ici, le crime mène droit au mur, et les fameux cartons d’avertissement au début et à la fin du film viennent rappeler au spectateur que cette histoire est un exemple à ne pas suivre, une mise en garde morale imposée, certes, mais paradoxalement renforcée par la noirceur du récit. La mise en scène est nerveuse, tendue, d’une efficacité redoutable, chaque scène avançant comme une balle tirée sans sommation, et Wellman prouve qu’il est à l’aise dans tous les genres, capable de faire du cinéma d’action pur tout en dessinant un portrait social glaçant de l’Amérique de la Prohibition.

 James Cagney est tout simplement saisissant, animal, imprévisible, passant de la séduction au sadisme en un regard, et sa relation avec sa mère, glaciale et aveugle, ajoute une dimension tragique à son personnage. Face à lui, Jean Harlow apporte son glamour incendiaire, sa sensualité insolente, contrepoint parfait à cette violence masculine brute, incarnant déjà cette modernité féminine qui dérange et fascine. Le film va vite, frappe fort, ne s’excuse jamais, et quand arrive le carton final, glaçant, qui referme le destin de Tom Powers comme un cercueil claqué à la figure du public, Wellman signe une fin d’une audace folle pour l’époque. Martin Scorsese considère L’Ennemi Public comme un chef-d’œuvre, et on comprend pourquoi : tout le cinéma de gangsters moderne est déjà là, dans cette rage, cette frontalité, cette manière de filmer la violence sans la romantiser. Du grand cinéma, virulent, tendu, sans graisse, porté par un Cagney incandescent, et preuve éclatante que William A. Wellman était l’un des plus grands réalisateurs du cinéma américain classique. 

NOTE : 14.90

FICHE TECHNIQUE


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Acteurs non crédités


mercredi 22 octobre 2025

15.20 - MON AVIS SUR LE FILM DRACULA DE TODD BROWNING (1931°


 Vu le Film Dracula de Todd Browning (1931) avec Bela Lugosi Helen Chandler David Manners Dwight Frye Edward Van Sloan Herbert Bunston Frances Dade Joan Standing Charles K.Gerrard 

 Le film suit Renfield, chargé de conclure une transaction immobilière avec le comte Dracula, qui se rend dans son château des Carpates, où l'aristocrate, qui s'avère être un vampire, va l'hypnotiser pour le mettre sous ses ordres. Débarqué avec Renfield en Angleterre, Dracula ne tarde pas à créer de nouveaux semblables dans la société locale en commençant par la jeune Lucy. Mais la présence du docteur Van Helsing va contrarier ses plans. 

Je l’ai enfin vu. Le vrai. Le Dracula originel de Tod Browning, l’un des maîtres du bizarre, celui de Freaks, celui qui savait filmer l’anormal comme un miroir tendu à la normalité. Pendant des années, j’ai vu des ersatz, des parodies, des recyclages et des re-re-sorties dans les cinémas de quartier — notamment au Brady — sans jamais croiser le Dracula fondateur. Et là, révélation : moins lyrique que Coppola, moins halluciné que l’Eggers, mais quelle claque. On comprend instantanément pourquoi la créature de Browning hante encore l’histoire du cinéma. 

L’histoire, tout le monde la connaît, mais ici elle prend une forme de pur opéra gothique. Le comte Dracula accueille le jeune Renfield dans son château délabré, avant de quitter la Transylvanie pour Londres afin d’étendre son pouvoir et se nourrir de nouvelles proies. Une fois en Angleterre, il s’intéresse à la délicate Mina, tandis que le docteur Van Helsing tente de percer l’infernal secret du comte. Le récit est simple, parfois théâtral, mais l’atmosphère suffit à tout emporter. 

Il faut dire que dès que Bela Lugosi entre en scène — ou plutôt glisse dans le champ — le film bascule dans un autre monde. Son regard fixe, ses gestes mesurés, ce sourire qui n’en est pas un… on a beau savoir que tout cela a presque un siècle, les poils se dressent immédiatement. Lugosi ne joue pas Dracula : il est Dracula. C’est l’autorité froide, l’élégance prédatrice, la menace qui n’a même pas besoin de parler. Son accent, son phrasé, son port de tête : inoubliable. Les autres acteurs existent dans son ombre, même si Helen Chandler (Mina) apporte une fragilité très juste, et Dwight Frye fait un Renfield halluciné qui, par moments, vole le cadre. 

Browning, lui, dirige encore comme un homme sorti du muet, et ça se sent. Certains mouvements sont raides, quelques scènes paraissent figées, presque burlesques malgré elles. Mais il faut remettre les choses en place : Hollywood sort à peine du silence, le langage sonore s’invente. Et malgré ces raideurs, Dracula offre un univers monumental. Les décors du château sont immenses, presque démesurés, comme si l’espace lui-même rendait hommage à la soif de puissance du comte. La photographie noir et blanc, avec ses ombres épaisses, ses lumières expressionnistes, achève de sculpter un cauchemar aristocratique. 

On peut sourire de certains effets, on peut trouver Edward Van Sloan un peu fade en Van Helsing, mais rien n’éteint l’impact du film. On est pris, hypnotisés, et si le rythme paraît lent, c’est pour mieux laisser la peur se déposer, comme la brume dans un cimetière. 

Ce Dracula n’est pas seulement “le premier de tous les Dracula” : il est la matrice, le modèle, l’ombre portée qui plane sur toutes les versions à venir — de Christopher Lee à Gary Oldman. En sortant de cette vision, j’ai senti la même excitation que devant une pierre fondatrice : un classique qui n’a rien de poussiéreux, parce qu’il impose encore son atmosphère, son mystère et ce visage — celui de Lugosi — glacé pour l’éternité. Un film impérissable sur un immortel. Et cette fois, enfin, je peux dire : j’ai vu l’original, et il m’a mordu. 

NOTE : 15.20

FICHE TECHNIQUE

Production associée : E.M. Asher


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Acteurs non crédités

dimanche 19 octobre 2025

16.10 - MON AVIS SUR LE FIMM MARIUS DE ALEXANDER KORDA (1931)

 


Vu le Film Marius de Alexander Korda (1er film de la Trilogie de Marcel Pagnol (1931) avec Raimu Pierre Fresnau Orane Demazis Fernand Charpin Alida Roufle Robert Vattier Edouard Delmont Lucien Callamand Milly MathiPaul; Dullac et Mihalesco 

L'action se déroule principalement sur le Vieux-Port de Marseille et plus particulièrement dans le Bar de la Marine de César, où travaille son fils, Marius 

Jeune adulte, Marius tient le comptoir du bar mais il n'a qu'un rêve, embarquer sur l'un des bateaux qui traversent le port et prendre le large vers les pays lointains. Fanny, marchande de coquillages devant le bar avec sa mère, aime discrètement Marius depuis l'enfance. Et Marius, sans l'avouer, a toujours aimé Fanny mais garde ses distances avec elle. Pour pousser Marius à lui déclarer ses sentiments, Fanny attise sa jalousie en se laissant courtiser par le quinquagénaire Panisse, riche maître voilier et vieil ami de César. 

Un tiers de Fanny (Orane Demazis), un tiers de Marius (Pierre Fresnay), un tiers de Panisse (Fernand Charpin)… et un grand tiers de César (Raimu) — car Raimu, c’est lui le soleil autour duquel tourne tout le port de Marseille. Ce premier épisode de la trilogie de Pagnol, c’est la naissance d’un monde : les brumes du Vieux-Port, le bruit des verres au Bar de la Marine, les rires qui s’envolent et les rancunes qui se noient dans le pastis. 

César, c’est la mauvaise foi en personne — mais une mauvaise foi tendre, humaine, celle d’un père qui cache son amour derrière des éclats de voix. Raimu y est gigantesque : il passe du tonnerre à la caresse, du juron au sanglot. On sent qu’il aime son fils plus que lui-même, mais qu’il ne sait pas le dire. 

Marius, lui, rêve d’horizons. Fresnay, beau, nerveux, romantique, donne au personnage ce trouble magnifique : le goût du large et la peur de l’amour. Dans son regard, on voit déjà la mer l’appeler. Il veut partir, mais il aime — et Pagnol filme cette contradiction comme un drame grec. 

Et Fanny… ah, Fanny ! Orane Demazis est bouleversante. C’est la grâce à l’état pur : elle rit d’un rire d’enfant et pleure avec la noblesse d’une tragédienne. Partagée entre Marius, qu’elle aime, et Panisse, qui la rassure, elle incarne la femme marseillaise dans toute sa vérité : courageuse, fière, blessée. 

Quant à Panisse, Fernand Charpin, c’est la bonhommie incarnée. Derrière sa moustache et ses phrases rondes, il y a le cœur d’un homme qui comprend la vie mieux que tous les autres : il sait qu’on ne peut pas tout avoir, mais qu’il faut aimer quand même. 

Et puis, comment ne pas parler de la partie de cartes ! Ce moment d’anthologie, où Pagnol capture toute l’âme de Marseille : le bruit des cartes qui claquent, les tricheries d’honneur, la colère sacrée de César — et ce « Tu me fends le cœur ! » devenu légendaire. Une scène d’école, d’une vérité comique et tragique à la fois, où tout Pagnol est déjà là : la vie, la parole, la comédie humaine. 

La mise en scène, simple et droite, laisse place à la musique des accents, à la chaleur du verbe. Le scénario, sans artifice, touche à l’universel : l’amour, la famille, le départ. Tout est là, à fleur de peau, sans effet, mais avec une vérité qu’aucun décor en carton ne pourrait étouffer. 

Marius, c’est la Méditerranée filmée par un poète : le sel de la mer, le goût des mots, le souffle du large. Un film qui, près d’un siècle plus tard, n’a pas pris une ride — ou alors, comme Raimu, une belle ride expressive, pleine d’humanité. Un monument, oui, mais un monument qui rit, qui pleure, qui vit. 

Et si César dit que son fils est un fada, on se dit, nous, que la folie, c’est de ne pas aimer Marius. 

 

 
Et au fond, Marius avait raison : il fallait partir. Mais César, lui, avait raison aussi : il fallait rester. 

C’est un film de rires et de larmes, où chaque scène semble sortie d’une légende populaire. Un théâtre de la vie, où l’on apprend que grandir, c’est choisir — et perdre un peu de soi. Raimu, Fresnay, DemazisCharpin : quatre visages gravés dans la mémoire du cinéma français. 

Un Cinéma Français qui avait de la gueule 

NOTE : 16.10

FICHE TECHNIQUE


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