Vu l’Ennemi Public de William A.Wellman (1931) avec James Cagney Jean Harlow Edward Woods Donald Cook Leslie Fenton Beryl Mercer Mae Clarke Robert Homans Sam McDaniel
Tommy et Matt sont deux amis d'enfance inséparables. Tommy se livre a de petits larcins au lieu d'aller à l'école alors que Mike, son frère aîné prends une voie de bon garçon, il éveille ainsi la jalousie de Tommy qui croît que sa mère le préfère à lui. Jeune homme, toujours avec Matt, ils prennent du grade dans la pègre, entraînés par des gangsters chevronnés. Mike n'arrive pas à remettre son frère dans la bonne voie. Quelques années plus tard, à Chicago, durant la Prohibition, ils mènent la belle vie, mais Matt est tué par un gang rival. Tommy veut se venger, il exécute ses ennemis mais est blessé, il est emmené à l'hôpital. Sa mère et son frère viennent le voir pour se réconcilier. Malheureusement, le gang qui l'a blessé le retrouve et l'exécute.
Avis sur L’Ennemi Public de William A. Wellman. Ce n’est pas la taille qui compte, et James Cagney en est la preuve éclatante : sa petite stature, loin de le freiner, a fait de lui une bombe à retardement à l’écran, une boule de nerfs, de violence et d’énergie brute, et c’est bien ce film qui a fait de lui la star qu’il méritait d’être.
L’Ennemi Public est un film pré-code, donc réalisé avant que le code Hays ne vienne brider, surveiller et moraliser toute l’industrie hollywoodienne, et ça se sent à chaque plan, à chaque réplique, à chaque coup porté. Wellman transforme l’ascension et la chute de Tom Powers en un uppercut cinématographique, un film de gangsters sec, brutal, sans fioritures, où la mâchoire serrée de Cagney devient une arme à part entière, symbole d’un truand impulsif, violent, incapable de contrôler ses pulsions. Le scénario épouse le parcours classique du gangster — la rue, l’argent facile, la montée en puissance, l’illusion de l’invincibilité — mais Wellman refuse toute glorification facile : ici, le crime mène droit au mur, et les fameux cartons d’avertissement au début et à la fin du film viennent rappeler au spectateur que cette histoire est un exemple à ne pas suivre, une mise en garde morale imposée, certes, mais paradoxalement renforcée par la noirceur du récit. La mise en scène est nerveuse, tendue, d’une efficacité redoutable, chaque scène avançant comme une balle tirée sans sommation, et Wellman prouve qu’il est à l’aise dans tous les genres, capable de faire du cinéma d’action pur tout en dessinant un portrait social glaçant de l’Amérique de la Prohibition.
James Cagney est tout simplement saisissant, animal, imprévisible, passant de la séduction au sadisme en un regard, et sa relation avec sa mère, glaciale et aveugle, ajoute une dimension tragique à son personnage. Face à lui, Jean Harlow apporte son glamour incendiaire, sa sensualité insolente, contrepoint parfait à cette violence masculine brute, incarnant déjà cette modernité féminine qui dérange et fascine. Le film va vite, frappe fort, ne s’excuse jamais, et quand arrive le carton final, glaçant, qui referme le destin de Tom Powers comme un cercueil claqué à la figure du public, Wellman signe une fin d’une audace folle pour l’époque. Martin Scorsese considère L’Ennemi Public comme un chef-d’œuvre, et on comprend pourquoi : tout le cinéma de gangsters moderne est déjà là, dans cette rage, cette frontalité, cette manière de filmer la violence sans la romantiser. Du grand cinéma, virulent, tendu, sans graisse, porté par un Cagney incandescent, et preuve éclatante que William A. Wellman était l’un des plus grands réalisateurs du cinéma américain classique.
NOTE : 14.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : William A. Wellman
- Scénario : Harvey Thew, d'après l'histoire de Kubec Glasmon et John Bright
- Musique : David Mendoza
- Photographie : Dev Jennings et Sidney Wagner (seconde équipe, non crédité)
- Montage : Edward McDermott
- Décors : Max Parker
- Costumes : Edward Stevenson (non crédité) et Earl Luick
- Producteur : Darryl F. Zanuck
- Sociétés de production et de distribution : Warner Bros. Pictures
- Pays de production :
États-Unis
- James Cagney : Tom Powers
- Jean Harlow : Gwen Allen
- Edward Woods : Matt Doyle
- Joan Blondell : Mamie
- Donald Cook : Mike Powers
- Leslie Fenton : Nails Nathan
- Beryl Mercer : Ma Powers
- Robert Emmett O'Connor : Paddy Ryan
- Mae Clarke : Kitty
- Murray Kinnell : Putty Nose
- Snitz Edwards : Miller
- Acteurs non crédités
- Robert Homans : l'officier Pat Burke
- Sam McDaniel : un maître d'hôtel

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