Vu le film Buffalo Bill de William A.Wellman (1944) avec Joel McRea Maureen O’Hara Linda Darnell Thomas Mitchell Edgar Buchanan Moroni Olsen Anthony Quinn Frank Fenton Matt Briggs
Après son mariage avec la fille d'un sénateur, Louisa Frederici, dans l'ouest des États-Unis, Buffalo Bill se voit forcé de combattre ses amis cheyennes dépossédés par la construction du chemin de fer et la destruction de leurs bisons. Après la mort de son ami cheyenne Yellow Hand qu'il affronta en duel contraint et forcé en duel (il venait d'avoir un bébé avec Louisa mais devait empêcher une deuxième défaite du 7ème de cavalerie après son écrasement au Little Big Horn) il se lance à la recherche de sa femme dans l'Est des États-Unis. Après l'avoir retrouvée il apprend la mort de leur fils de la diphtérie, maladie inconnue dans l'ouest. Il se révolte alors contre la civilisation blanche, malgré l'offre d'une médaille présidentielle et une réputation littéraire de héros des guerres indiennes, forgée par le journaliste Ned Buntline.
Voilà un western comme on les aime, ample, romanesque, bigger than life, et signé par un cinéaste qui n’a jamais eu peur des grands espaces ni des grandes contradictions : Buffalo Bill de William A. Wellman.
On connaît tous Buffalo Bill. L’icône. La chevelure blonde, la carabine, le Wild West Show. Mais soyons honnêtes : combien d’entre nous auraient su citer le réalisateur du film ? Eh bien voilà, c’est fait. C’est Wellman. Notre réalisateur multi-cartes. L’homme capable de filmer la guerre, les bas-fonds, l’aviation, le mélodrame… et l’Ouest avec la même énergie sèche et virile.
Le film retrace la trajectoire de William F. Cody, figure mythique de la conquête de l’Ouest. Héros sur la fin de sa vie, figure célébrée et romancée, mais personnage infiniment plus contradictoire à ses débuts. Chasseur de bisons impitoyable – participant malgré lui à l’extermination qui affame les nations indiennes – puis défenseur des Cheyennes. Oui, Buffalo Bill est tout sauf un saint d’icône.
Et c’est là que le film est fort : il assume cette dualité.
Héros d’un temps brutal, il change d’avis quand il le faut. Il comprend. Il évolue. Ami des Cheyennes, il sera pourtant contraint de les combattre pour plaire au père de sa bien-aimée, sénateur ambitieux et incarnation d’une Amérique politique prête à tout sacrifier pour la respectabilité. La tension est là : entre conscience morale et ambition sociale.
La mort de son ami Yellow Hand marque un basculement. Ce n’est plus seulement l’homme d’action, c’est l’homme face à sa responsabilité. À partir de là, il combat ceux qu’il servait. Les Blancs. Le système. Et devient une légende littéraire, un héros de papier que tout jeune de mon époque a lu, fasciné par ses aventures romancées.
Véritable biopic ? Oui. Mais comme tout biopic, on écrit la légende au-delà de la vérité. Et alors ? Le cinéma n’est pas un acte notarié. C’est une épopée. Et Wellman l’a bien compris.
Sa mise en scène est impressionnante. Large, ample, sans jamais être pesante. Les combats ont de grandes envolées, les charges sont puissantes, les paysages respirent. Il filme l’Ouest comme un territoire moral autant que géographique. Du cinéma du vrai. Du souffle. Du cadre. Du mouvement.
Et puis il y a les acteurs. Joel McCrea est parfait. Calme, droit, charismatique sans cabotinage. Il incarne cette Amérique pionnière avec une noblesse naturelle. On croit à ses hésitations, à ses élans, à ses remords. Il ne surjoue jamais la légende, il la laisse venir à lui.
Face à lui, Maureen O’Hara, splendide Louisa. Force, beauté, tempérament. Elle ne se contente pas d’être “la femme de”. Elle existe. Elle impose sa présence. Son regard, sa dignité, son feu intérieur.
Linda Darnell apporte une touche de sensualité et de complexité supplémentaire, incarnant une autre facette du destin sentimental de Cody.
Et puis Anthony Quinn. Yellow Hand. Déjà une légende en devenir. Présence magnétique. Fierté, gravité. Il donne à son personnage une humanité qui dépasse le simple rôle secondaire. Sa mort n’est pas qu’un ressort dramatique : c’est une blessure.
Le scénario épouse cette trajectoire sans la simplifier outrageusement. Il y a du romanesque, oui. De l’héroïsation, évidemment. Mais aussi une volonté de montrer les contradictions d’un homme pris dans la marche brutale de l’Histoire.
Wellman ne juge pas. Il montre. Il cadre. Il fait respirer l’action.
Buffalo Bill, c’est le mythe américain dans toute sa splendeur et toutes ses ambiguïtés. Une Amérique qui se construit dans la poudre, le sang et le spectacle. Et qui finit par transformer ses propres acteurs en figures de légende.
On écrit la légende ? Oui. Mais quand elle est filmée comme ça, avec cette ampleur, ce respect des personnages et cette énergie, on se laisse emporter.
Un grand western classique. Un vrai. Pas une relecture ironique. Pas une déconstruction. Une épopée assumée.
Et signé William A. Wellman. Rien que pour ça, ça mérite d’être rappelé.
NOTE : 14.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : William A. Wellman, assisté d'Otto Brower
- Scénario : Æneas MacKenzie, Clements Ripley (en), Cecile Kramer d'après un récit de Frank Winch
- Production : Harry Sherman et Darryl F. Zanuck
- Société de production : 20th Century Fox
- Musique : David Buttolph et Arthur Lange (non crédité)
- Photographie : Leon Shamroy
- Montage : James B. Clark
- Direction artistique : James Basevi et Lewis H. Creber
- Décorateur de plateau : Thomas Little
- Costumes : René Hubert
- Société de distribution : 20th Century Fox
- Pays de production :
États-Unis - Format : Technicolor - Son : Mono (Western Electric Recording) Consultant technicolor Nathalie Kalmus
- Joel McCrea (VF : Jean Martinelli) : William Frederick Cody dit Buffalo Bill
- Maureen O'Hara (VF : Camille Fournier) : Louisa Frederici Cody
- Linda Darnell (VF : Claire Guibert) : Dawn Starlight
- Thomas Mitchell (VF : Camille Guérini) : Ned Buntline
- Edgar Buchanan (VF : Jean Toulout) : Sergent Chips McGraw
- Anthony Quinn (VF : Jean Clarieux) : Chef Yellow Hand (Main jaune)
- Moroni Olsen (VF : Richard Francœur) : Sénateur Frederici
- Frank Fenton (VF : Pierre Leproux) : Murdo Carvell
- Matt Briggs : Général Blazier
- George Lessey (VF : Paul Ville) : M. Schyler Vandervere
- Frank Orth (VF : Jean Clarieux) : Sherman, le propriétaire du stand de tir
- Sidney Blackmer : Theodore Roosevelt
- Billy Bletcher : un petit homme
- William Haade : un barbier
- Robert Homans : le policier Muldoon
- Arthur Loft : un aboyeur
- Syd Saylor : un aboyeur
- Edwin Stanley : un docteur

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