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dimanche 15 février 2026

18.10 - MON AVIS SUR LE FILM WINGS '(LES AILES) DE WILLIAM A .WELLMAN (1927)

 


Vu le Film Wings (Les Ailes) de William A .Wellman (1927) avec Clara Bow Charles Buddy Rogers Richard Arlen Jobuna Ralston El Brendel Richard Trucker Gary Cooper Gunboat Smith 

Deux jeunes hommes, l'un riche, l'autre de la classe moyenne, tous deux amoureux de la même femme, deviennent des pilotes de chasse de l'US Air Corps et, finalement, des as de l'aviation, héroïques pendant la Première Guerre mondiale. Meilleurs amis dévoués, leur amour commun pour la jeune fille finit par menacer leur lien. Pendant ce temps, une fille de leur ville natale, qui est la voisine amoureuse de l'un d'eux depuis toujours, se languit. 

Parler de Wings, c’est parler d’un moment fondateur du cinéma. Wings de William A. Wellman, ce n’est pas seulement un grand film : c’est un coup de tonnerre. Le chef-d’œuvre du réalisateur, sa triple casquette d’ancien pilote de la Première Guerre mondiale, de metteur en scène visionnaire et de technicien audacieux explose littéralement à l’écran. Premier film à recevoir l’Oscar du Meilleur Film en 1929, seul film muet à avoir remporté cette récompense (avant The Artist), et unique lauréat de l’Oscar des meilleurs effets d’ingénierie : rien qu’en posant cela, on sait qu’on va avoir du spectaculaire, du flamboyant, de la romance au sol et des exploits aériens. Et le film tient toutes ses promesses — et plus encore. 

L’histoire est simple, presque classique, et c’est ce qui la rend universelle. Deux jeunes hommes, Jack Powell (Charles "Buddy" Rogers) et David Armstrong (Richard Arlen), amoureux de la même femme, Sylvia, s’engagent comme pilotes pendant la Grande Guerre. Mais c’est Mary Preston, interprétée par la pétillante Clara Bow, qui aime Jack en secret. Triangle amoureux, jalousie, amitié virile, rivalité, puis fraternité forgée dans le feu des combats. Et la guerre qui vient tout bouleverser. La trame dramatique ne ménage pas ses personnages : illusions brisées, orgueil mal placé, amitié sacrifiée sur l’autel du malentendu tragique. Ce n’est pas qu’un film d’aviation, c’est une fresque humaine où l’innocence se fracasse contre la brutalité du réel. 

Et puis il y a la mise en scène. Wellman ne triche pas. Pas d’effets spéciaux numériques — évidemment — pas de trucages grossiers. Quand vous allez regarder le film (car vous allez regarder le film), vous allez vous dire : “Mais comment il a fait ?” Les combats aériens sont d’une modernité sidérante. Les caméras sont fixées sur les avions, les acteurs sont réellement dans les cockpits, le ciel devient un champ de bataille vivant. Les zincs tiennent à peine debout, et nous avec. Les piqués, les vrilles, les collisions : tout est majestueux. Les plans larges de centaines d’avions dans le ciel donnent une ampleur presque documentaire. On sent que Wellman savait de quoi il parlait — il avait volé, lui. 

Et ce travelling aux Folies Bergère ! Cette caméra qui traverse les tables, glisse entre les convives, capte la fête, l’ivresse, les bulles de champagne où surgissent des visions fantasmées. Une leçon de cinéma. Une démonstration que le muet pouvait être d’une fluidité, d’une audace visuelle que beaucoup de films parlants n’ont jamais retrouvée. On parle souvent d’innovation technique : Wings a des années d’avance. Ce n’est pas une exagération, c’est un constat. 

Clara Bow, immense star de l’époque, est solaire. Elle apporte une énergie, une modernité, une sensualité même, qui contraste avec la rigidité militaire des séquences de guerre. Elle est le cœur battant du film. Charles “Buddy” Rogers incarne l’enthousiasme naïf, la fougue, puis la désillusion avec une sincérité bouleversante. Richard Arlen, plus posé, plus aristocratique, offre un contrepoint parfait. Leur relation évolue de la rivalité à l’amitié, puis à ce final tragique qui serre la gorge. Tous trois donnent vie à cette fresque dantesque. 

Et ces détails qui vous emballent : ces touches de jaune sur les flammes des avions, peintes à la main sur la pellicule. Pour un film en noir et blanc, c’est étrange, presque magique. Pas une colorisation moderne, mais un travail artisanal d’époque qui ajoute une vibration visuelle inattendue. Cette montgolfière qui explose. Cette descente des Champs-Élysées en calèche avec les militaires en permission. Ces champs de bataille dantesques, boueux, envahis de fumée, filmés avec une ampleur quasi épique. 

Le scénario, derrière le spectaculaire, parle d’orgueil, d’amour mal compris, de sacrifice. Wellman ne glorifie pas naïvement la guerre. Il montre l’excitation, oui, l’adrénaline des combats, mais aussi la perte, l’absurdité, le prix humain. La scène finale — sans la dévoiler — est d’une sobriété bouleversante. Le grand cinéma n’a pas besoin de mots quand les regards suffisent. 

On peut appeler cela du grand cinéma. Du vrai cinéma. Celui qui ose, qui invente, qui engage ses acteurs physiquement, qui filme le ciel comme personne ne l’avait filmé. Wings n’est pas seulement un jalon historique parce qu’il a reçu un Oscar ; il est un jalon parce qu’il a prouvé que le cinéma pouvait être total : spectaculaire et intime, romantique et tragique, technique et profondément humain. 

Ce qui est beau avec ce film, c’est qu’il ne repose pas seulement sur ses exploits techniques ou son Oscar historique. Il repose sur une émotion sincère, presque naïve, qui traverse le temps. On croit à ces garçons. On croit à leur orgueil, à leur rivalité, à leur amitié. On croit à Clara Bow quand elle aime sans être aimée. Et quand le drame frappe, il frappe vraiment. 

Et puis si cela ne nous faisait pas vous avez remarqué la présence du jeune Gary Cooper qui allait devenir la star qu’il est 

Et presque un siècle plus tard, il tient toujours. Il ne “fait pas son âge”. Il vous embarque, vous secoue, vous éblouit. Wellman signe ici une œuvre fondatrice, flamboyante, et d’une modernité insolente. Oui, chef-d’œuvre. Le mot n’est pas galvaudé. 

NOTE : 18.10

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