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jeudi 12 février 2026

12.40 - MON AVIS SUR LE FILM LE FLEUVE DE JEAN RENOIR (1953)


 Vu le Film Le Fleuve de Jean Renoir (1953) avec Thomas E.Breen Patricia Walters Adrienne Corri Radja Shri Ram Arthur Shields Esmond Night Nora Swinburne 

Dans la région de Calcutta, au Bengaleune famille d’expatriés britanniques vit sur les bords du Gange le père dirige une presse à jute. Sa fille aînée, Harriet, adolescente romantique, partage ses loisirs avec Valérie, la fille unique d’un riche propriétaire. Toutes deux sont amies avec leur voisine Mélanie, née de père anglais et de mère indienne. Un jour d’automne arrive le capitaine John. Les trois jeunes filles ne tardent pas à tomber amoureuses de cet étranger… 

Découvrir Le Fleuve (1951) de Jean Renoir, c’est éprouver une belle étrangeté : voir l’auteur de La Grande Illusion et de La Règle du jeusi profondément ancré dans l’âme française, signer une production américaine tournée en Inde, en anglais, et pourtant rester plus renoirien que jamais. Adapté du roman semi-autobiographique de Rumer Godden, le film nous transporte à Calcutta, sur les rives du Gange,  une famille britannique  vit au rythme du fleuve sacré. , trois jeunes filles – Harriet (Patricia Walters), Valerie (Adrienne Corri) et Melanie (Radha) – découvrent les premiers émois amoureux à l’arrivée du capitaine John (Thomas E. Breen), figure romantique et mélancolique, blessée par la guerre. 

L’histoire est simple, presque ténue : un été, des regards, des illusions, une jalousie adolescente, un drame discret qui fait basculer l’innocence. Mais Renoir ne filme pas une intrigue, il filme un monde. Le Gange devient personnage, souffle, battement du film. On se promène au bord de l’eau avec les autochtones qui vaquent à leurs vies quotidiennes ; le fleuve sacré irrigue tout, les fêtes, les rites, les saisons, les émotions. Cette Inde magnifiéecaptée en Technicolor, donne au film une dimension picturale évidente – difficile de ne pas penser à son père, Auguste Renoir : chaque plan semble composé comme une toile impressionnistevibrante de lumière et de couleurs. 

La romance, ellepourrait n’être qu’« à l’eau de rose  mais elle importe presque moins que ce qu’elle révèle : le passage à l’âge adulte, la fin des illusions, la confrontation à la mort. Renoir regarde ses personnages sans ironie ni cruauté. Il les enveloppe d’une tendresse lucide. Harriet, narratrice et cœur du film, incarne cette adolescence rêveuse ; Patricia Walters apporte une fragilité sincèrepresque documentaire. Adrienne Corri donne à Valerie une sensualité plus affirméetandis que Radha, dans le rôle de Melanie, impose une grâce silencieuseintérieure. Quant à Thomas E. Breen, son capitaine John n’est pas un prince charmant mais un homme blesséprésence plus symbolique que véritable moteur dramatique. 

La mise en scène est d’une fluidité admirable : Renoir privilégie les mouvements naturels, les scènes de groupe, les respirations. Il laisse vivre les corps dans l’espacecapte les gestes quotidiens, les cérémonies indiennes, les couleurs des saris, la poussièrel’eau, la lumière. Il ne filme pas l’Inde comme un décor exotiquemais comme un organisme vivant. Le scénario épouse ce rythme contemplatif : peu d’effets, peu de rebondissementsmais une progression intérieurepresque initiatique. 

On retiendra sans doute davantage cette peinture d’une société coloniale à la fin d’un monde, cette Inde sublimée par une image somptueuseque la simple intrigue sentimentale. Et c’est  la force du film : dépasser la bluette pour atteindre une forme de méditation sur la vie, la jeunesse et le temps qui passe. Renoir, loin de la France mais fidèle à lui-mêmeprouve que son humanisme n’a pas de frontières. 

Le Fleuve n’est pas seulement un filmc’est un courant tranquille qui vous emporte sans fracas. Une œuvre lumineusesensuelled’une douceur grave,  l’on contemple plus qu’on ne consomme, et dont les couleurs continuent de couler en nous longtemps après le générique

NOTE : 12.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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