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lundi 16 février 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'ARGENT DES AUTRES DE CHRISTIAN DE CHALLONGE (1978)


 Vu le Film  L’Argent des Autres de Christian de Challonge (1978) avec Jean Louis Trintignant Michel Serrault Catherine Deneuve Claude Brasseur Umberto Orsini Juliet Berto François Perrot Jean Leuvrais  

1978, la crise s'éternise dans les entreprises. Cadre sérieux dans une grande banque, Henri Rainier est licencié sans ménagement. Et s'il n'était que le bouc émissaire d'une vaste manigance ? Son enquête commence. Il s'avère qu'il a dû consentir, en tant que fondé de pouvoir, des prêts importants à un homme d'affaires entreprenant, mais sans véritable assise financière, et ce, en dépit de l'avis défavorable qu'il a formulé concernant ces engagements. 

 

L’Argent des autres n’est pas seulement un film sur lbanque. C’est un film sur le pouvoirsur la prédation, sur la manière très élégante qu’a un système pour dévorer les individus sans jamais se salir les mains. Et pour quelqu’un qui a passé plus de quarante ans de sa vie active dans ce milieu, le malaise est immédiat : je connais ces gens. Je les ai vus. Certains sont encore là. 

Christian de Challonge filme les ors d’une grande banque comme on filmerait ceux de la République : avec respect apparent et ironie souterraineIcitout est calmefeutrépolicéLes décisions ne se prennent pas dans le bruitmais dans le silenceUn silence qui coûte cher. Très cherDans ce monde-làseuls les forts s’en sortent… et encore. Car il arrive aussi que ces forts deviennent fous, ou pire : qu’ils deviennent indispensables. 

Le film suit le parcours de cadres bancaires pris dans une mécanique qui les dépasse. Des fondés de pouvoir aux prérogatives sans limites, des manipulateurs en costume trois pièces, des escrocs propres sur eux. Des rois qui deviennent laquais, des laquais qui se rêvent roisUne circulation permanente du pouvoirmais jamais de la responsabilité. 

Au centre dce jeu d’échecs humain trône Michel Serrault. Griantglacial, d’une précision presque dérangeante. Il compose un personnage qui ne crie jamais, ne s’énerve pas, ne menace pas frontalement. Il suggère. Il déplace. Il écrase avec le sourire. Serrault ncherchpas à séduire le spectateur il lui tend un miroirEt ce reflet n’est pas flatteur. 

Le reste du casting est à l’unissonAucun rôle n’est décoratifChaque personnage existeavec ses failles, ses compromissionsses renoncements. La fragilité des unnourrit la puissance des autres. Et l’on comprend très vite que la morale nest pas absente de ce monde : elle a simplement changé de colonne comptable. 

La mise escène de Challonge est d’une rigueur implacable. Pas d’esbroufepas de musique démonstrativepas ddramatisation excessive. Tout passe par le regard, les postures, les mots choisis. Le film avance comme une procédure interne : lentement, méthodiquementinexorablement. 

Le scénario — César du meilleur film en 1979, et ce n’est pas un hasard — est d’une intelligence rare. Il ne cherche ni le spectaculaire ni le scandale. Il montre comment l’humain est écrasé par le profit, le cynisme et la cupidité. Comment l’argent devient une fin, et les hommes des moyens. Comment on parle de chiffres pour ne pas parler de vies. 

Encore aujourd’hui, le film est d’une actualité troublantePeut-être même plus qu’à sa sortieLes méthodes ont changéles écrans ont remplacé les dossiers papiermais la logique reste la mêmeL’Argent des autres montre très précisément ce qu’on fait de notre argent… et surtout ce qu’on fait des autres avec. 

Un film sec, intelligent, profondément français dans sa retenue et sa cruauté feutrée. 
Une leçon de cinéma et une autopsie sociale. 

Un grand film. 
Et un avertissement.

NOTE : 13.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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