Vu le Film Marty Suprême de Josh Safdie (2026) avec Timothée Chalamet Gwyneth Paltrow Odessa A’Zion Kevibn O’Leary Tyler Okonma Fran Drescher Abel Ferrara
En 1952, à New York, Marty Mauser partage sa vie entre son emploi de vendeur de chaussures dans la boutique de son oncle Murray et sa véritable passion, le tennis de table. Joueur ambitieux, il rêve de s'imposer à l'Open d'Angleterre et de battre le champion en titre Béla Kletzki, afin de faire connaître ce sport au public américain. Toujours à l'affût de combines, Marty tente également de lancer des balles de tennis de table à son nom, un projet qu'il présente à son ami Dion et au père de celui-ci, un homme d'affaires influent. Parallèlement, il entretient une liaison avec Rachel Mizler, une amie d'enfance désormais mariée. Lorsque Marty réclame 700 dollars pour financer son voyage à Londres, Murray refuse, inquiet pour la stabilité familiale et pour l'avenir professionnel de son neveu. Acculé, Marty braque un collègue et dévalise le coffre du magasin.
Un parfait inconnu avait révélé notre Franco-Américain Timothée Chalamet en faisant un acteur. Marty Supreme, lui, en fait une star. Pas une star en devenir. Une star, point. Définitive. Totale. Incontestable.
Sa performance est incroyable. Il est pratiquement de tous les plans. Il ne joue pas Marty, il le devient. Il transpire le rôle, littéralement : la sueur qui perle sur sa peau entre deux boutons d’acné (lol), le regard fiévreux, la mâchoire serrée, la fragilité derrière l’arrogance. On pense à la méthode de l’Actors Studio : immersion, tension, vérité brute.
Le film raconte l’ascension romancée de Marty Reisman, futur prodige du tennis de table aux États-Unis. Mais rien n’a été simple. Jeune vendeur de chaussures — métier alimentaire, pas vocation — Marty ne vit que pour une chose : la petite balle blanche. Un don inné. Pas dans les grands tournois au début. Non. Dans les arrières-salles, les matches de seconde zone, là où il triche, magouille, se fait passer pour un joueur médiocre avant d’écrabouiller ses adversaires au match décisif. Un escroc magnifique. Un stratège de caniveau. Un génie.
Quand un adversaire japonais lui barre la route dans les compétitions officielles, la chute est rude. Safdie filme l’humiliation comme un uppercut. Mais Marty Supreme, c’est le Rocky du tennis de table. Les désillusions sont les marches de l’escalier. Il les monte une à une.
C’est dans la sphère intime que Chalamet montre son plus grand talent : la fragilité familiale, la colère rentrée, le besoin d’être aimé. Et puis il y a Kay Stone, incarnée par Gwyneth Paltrow, actrice mystérieuse dont on se demande quelle figure réelle elle cache. Sous son air angélique et sûr d’elle, elle navigue dans cette cage aux lions avec autant d’instinct que Marty. Leur relation est électrique, ambiguë, charnelle. Et oui, Safdie frappe fort — et pas seulement sur le petit cul de Timothée (scène qui va faire fantasmer garçons et filles, et sans doublure donc c’est beau). Cinéma choc, frontal, assumé.
La mise en scène est nerveuse, organique. Caméra à l’épaule, respiration haletante, plans serrés sur les visages comme sur les échanges. Les parties de tennis de table sont spectaculaires : du tennis à l’ancienne, raquettes en bois, grandes envolées, jeu ample et théâtral, loin du ping-pong moderne collé à la table. On sent la poussière, le bois, la sueur. Safdie avait même pensé à Félix Lebrun pour incarner un joueur — clin d’œil savoureux à la nouvelle popularité du sport, portée ces dernières années par Félix et Alexis Lebrun.
La photo est somptueuse. Décors et costumes recréent l’époque avec une précision folle : salles enfumées, néons fatigués, costumes mal taillés, Amérique rêvée et cabossée. La BO fait le travail, parfaitement calibrée pour ce type de film — mais pas de Dylan (sic). Dommage ou choix assumé ?
Le scénario épouse la trajectoire classique de l’outsider, mais Safdie injecte assez de tension et d’ambiguïté morale pour éviter le simple biopic sportif. Ce n’est pas qu’une success story : c’est l’histoire d’un gamin qui veut exister, quitte à tricher avec les règles avant d’apprendre à les affronter.
Et au centre de tout : Chalamet. Il explose tout ce qui se fait en matière d’acting aujourd’hui. Présence, intensité, abandon. Il est de chaque plan. Il porte le film sur ses épaules frêles et le transforme en manifeste. Il maîtrise même la promotion du film et, par répercussion, la course aux Oscars. On sent l’intelligence stratégique derrière l’artiste.
Dans les scènes les plus intimes, Timothée ose la fissure. Il laisse apparaître le doute derrière la bravade, le gamin derrière le flambeur. Son regard suffit à raconter les défaites avant même que la balle ne touche la table. Il module sa voix, passant du charme insolent au murmure brisé en une seconde. Chaque tic, chaque souffle semble pensé et pourtant totalement instinctif. Il joue la fatigue comme un boxeur au dixième round, épaules basses mais orgueil intact. Même dans le silence, il capte la caméra, il l’aspire. Son corps devient un langage : nerveux, électrique, presque animal. On sent le travail physique, la tension permanente dans les muscles. Il ne compose pas une performance, il vit une combustion. Et quand il explose, c’est tout le film qui explose avec lui.
Notre petit Stéphanois fait un parcours sans faute. C’est la star d’aujourd’hui. L’Oscar lui tend les bras. En espérant que les petits cochons ne le mangent pas.
Marty Supreme, c’est une claque, une sueur, une ascension. Le ping devient tragédie. La petite balle blanche devient destin. Et Timothée, lui, devient immense.
NOTE : 16.50
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Josh Safdie
- Scénario : Ronald Bronstein et Josh Safdie
- Musique : Daniel Lopatin
- Décors : Jack Fisk
- Costumes : Miyako Bellizzi
- Photographie : Darius Khondji
- Montage : Ronald Bronstein et Josh Safdie
- Production : Ronald Bronstein, Eli Bush, Timothée Chalamet, Anthony Katagas et Josh Safdie
- Coproduction : Samson Jacobson et John Paul Lopez-Ali
- Sociétés de production : A24, Elara Pictures et IPR.VC
- Sociétés de distribution : A24 (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France)[
- Timothée Chalamet (VF : Gauthier Battoue) : Marty Mauser
- Gwyneth Paltrow (VF : Elisabeth Ventura) : Kay Stone
- Odessa A'zion (VF : Rebecca Benhamour) : Rachel Mizler
- Kevin O'Leary (VF : François-Éric Gendron) : Milton Rockwell
- Tyler Okonma (VF : Stevie Tomi) : Wally
- Abel Ferrara (VF : Hervé Bellon) : Ezra Mishkin
- Fran Drescher (VF : Marie Vincent) : Rebecca Mauser
- Sandra Bernhard : Judy
- Luke Manley (VF : Christophe Lemoine) : Dion Galanis
- John Catsimatidis : Christopher Galanis
- Isaac Mizrahi : Merle
- Emory Cohen (VF : Alexis Ballesteros) : Ira Mizler
- Géza Röhrig (VF : Miglen Mirtchev) : Bela Kletzki
- Larry "Ratso" Sloman (VF : Jacques Bouanich) : Murray Mauser
- Ralph Colucci : Lloyd
- Koto Kawaguchi (en) : Endo
- Pico Iyer (VF : Jean-Bernard Guillard) : Ram Sethi
- George Gervin : Lawrence
- Ted Williams : Ted
- Spenser Granese : Clark
- Penn Jillette : Hoff
- Philippe Petit : le maître de cérémonie bruxellois
- David Mamet (VF : Philippe Crubézy) : Glenn Nordmann
- Fred Hechinger : Troy
- Levon Hawke : Christian
- Isaac Simon : Roger
- Hailey Gates : Trish
- Mitchell Wenig : Mitch
- Tracy McGrady : un globetrotteur
- Kemba Walker : un globetrotteur
- Naomi Fry : l'assistante de Kay Stone
- Ronald Bronstein : la voix du téléphone de Blarney Stone
- Ray Tintori : caméraman de Wembley
- Paul Grimstad : directeur de production théâtrale
- Robert Pattinson : caméo vocal
- Timo Boll : Vladimir Sebek

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