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jeudi 26 février 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM VOS GUEULES LES MOUETTES DE ROBERT DHERY (1974)


 Vu le Film Vos Gueules les Mouettes de Robert dhéry (1974) avec Robert Dhéry Colette Brosset Pierre Mondy Robert Rollis Pierre Tornade Jacques Marin Robert Castel Micheline Dax Christian Duvaleix Jacques Rouland Pierre Olaf 

Quand la television annonce l'ouverture d'un grand concours national de super-8, la famille Kenavec decide de filmer la vie de son village breton. 

 

Vos gueules les mouettes, c’est précisément cette liberté totale qui fait son charme. Robert Dhéry ne cherche pas la comédie bien rangée, calibrée, académique. Il revendique le chaos. Un chaos organisé par une troupe soudée qui travaille l’absurde comme une partition musicale. 

Le scénario n’est pas classique ? Tant mieux. Il sert de prétexte à une mécanique burlesque héritée du music-hall et du théâtre de troupe. Chaque scène est pensée comme un numéro. On n’est pas dans la narration psychologique, on est dans le rythme, le corps, la rupture. 

La réalisation capte cette énergie collective avec gourmandise. La caméra laisse vivre les acteurs, épouse leur folie, accompagne leurs dérapages calculés. Ce n’est pas du cinéma naturaliste : c’est du cinéma de troupe. 

Et quelle troupe ! Une bande d’acteurs capables d’une précision physique impressionnante. Derrière l’apparente anarchie se cache un sens aigu du timing. Les vannes fusent, l’absurde devient poésie du non-sens. Le “no limits” n’est pas une faute de goût : c’est une signature. 

Les dialogues claquent, s’entrechoquent, créent un langage presque musical. On rit de la surenchère, de l’excès assumé. Le film ne cherche pas à séduire tout le monde — et c’est peut-être là sa force. 

Ce qui fait la force du film, c’est la précision collective de cette distribution. 

Robert Dhéry, c’est l’architecte du chaos. Il joue l’ingénu débordé avec une maîtrise absolue du rythme. Son art repose sur le décalage : il semble subir les situations alors qu’il les provoque. Il ne cherche jamais le gag isolé, mais la mécanique d’ensemble. 

Colette Brosset apporte l’énergie vive, nerveuse, presque autoritaire. Elle est souvent la colonne vertébrale comique : plus directe, plus terrienne, elle donne au délire une assise concrète. Leur complicité est organique. 

Pierre Mondy, lui, introduit une stabilité presque institutionnelle. Il joue le sérieux avec conviction, et c’est précisément ce sérieux qui devient hilarant au milieu de l’absurde. Il ne cabotine pas : il cadre. 

Jacques Marin est une présence en soi. Sa bonhomie, son phrasé, son apparente placidité créent un contraste délicieux avec l’agitation générale. Il incarne une France reconnaissable, rassurante, que le film s’amuse à déséquilibrer. 

Henri Tornade apporte une énergie plus sèche, plus incisive. Il a le sens du contretemps, de la réplique qui casse le rythme pour mieux le relancer. 

Robert Rollis, quant à lui, excelle dans la silhouette et la musicalité du dialogue. Sa diction, ses intonations, sa manière d’occuper l’espace donnent aux scènes un relief particulier. Il est dans la nuance au milieu de la surenchère. 

Ce qui frappe surtout, c’est la cohésion. On sent des comédiens qui travaillent enseble depuis longtemps. Le timing est collectif. Les regards circulent. Les ruptures sont synchronisées. Ce n’est pas une addition d’individualités, c’est un orchestre. 

Et dans ce type de comédie, l’orchestre compte plus que le soliste. 

Il y a dans cette œuvre une joie communicative, une liberté rare, une insolence qui rappelle que la comédie peut être un terrain d’expérimentation. 

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE 


DISTRIBUTION


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