Vu le Film Prima la Vita de Francesca Commencini (2025) avec Romana Maggiora Vergano Fabrizio Gifuni
Pendant la période des années de plomb, Francesca, ne trouvant pas sa voie et sa place dans la société, fréquente un groupe de toxicomanes. Son père la surprend dans la salle de bain avec une seringue, de là, un dialogue s'ouvre entre le père et la fille, où elle lui explique qu'elle se trouve inutile et « bonne à rien ». Le père l'emmène à Paris pour son sevrage, malgré sa maladie de Parkinson.
C’est toujours un vrai plaisir de constater que le cinéma italien est revenu au sommet, et pas dans un seul registre mais dans plusieurs, du politique à l’intime, du populaire à l’autobiographique, et Francesca Comencini en est l’une des figures majeures depuis plus de quarante ans.
Fille du grand Luigi Comencini, elle n’a jamais vécu dans son ombre mais avec lui, et Prima la Vita en est sans doute la déclaration d’amour la plus belle et la plus douloureuse.
Le film raconte une relation père-fille faite de rudesse, de pudeur et d’une tendresse presque honteuse : un père immense cinéaste, autoritaire, exigeant, malade de Parkinson, et une fille en perdition, malade de la drogue, deux corps fragiles, deux volontés cabossées qui tentent de survivre ensemble. Ce qui frappe d’emblée, c’est la douceur de la mise en scène, jamais démonstrative, toujours à hauteur d’humain, comme si la réalisatrice refusait l’effet pour privilégier le geste juste, le regard, le silence.
Le scénario avance sans forcer, porté par une écriture limpide, presque classique, mais traversée d’une émotion brute, jamais manipulatrice.
La séquence du tournage des Aventures de Pinocchio est à ce titre une scène d’anthologie, un moment de cinéma pur : l’assistant qui hurle sur les habitants du village curieux, Luigi Comencini qui l’arrête et lui rappelle que ce sont eux qui sont chez eux, pas nous.
Tout est là. Une leçon de cinéma, d’humilité, de regard sur le monde. C’est magique, oui, et profondément politique sans jamais en avoir l’air. Les acteurs sont remarquables, d’une justesse désarmante, incarnant des personnages qui ne cherchent jamais à se rendre aimables mais qui le deviennent par leur vérité même.
Le père est sévère, parfois cruel, mais aimant jusqu’à l’os ; la fille est fragile, erratique, mais d’une lucidité bouleversante. Francesca Comencini filme la maladie, la dépendance, la transmission et l’amour filial sans pathos, avec une élégance rare.
On sent l’histoire personnelle intégrée au récit, mais transformée par le cinéma, sublimée par la fiction. Prima la Vita n’est pas un règlement de comptes, c’est un geste de réconciliation.
Un très beau film, profondément humain, sur un père et une fille qui doivent se rapprocher pour survivre, et qui rappelle que le cinéma, quand il est fait à cet endroit-là, n’est pas un spectacle mais un acte de vie.
NOTE : 14.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Francesca Comencini
- Scénario : Francesca Comencini
- Musique : Fabio Massimo Capogrosso
- Décors : Paola Comencini
- Costumes : Daria Calvelli
- Photographie : Luca Bigazzi
- Son : Lavinia Burchieri
- Montage : Francesca Calvelli, Stefano Mariotti
- Production : Simone Gattoni, Marco Bellocchio, Beppe Caschetto, Bruno Benetti, Sylvie Pialat
- Sociétés de production : Kavac Film, IBC Movie, OneArt, Les Films du Worso, Rai Cinema, Minerva Pictures
- Sociétés de distribution :
- Romana Maggiora Vergano : Francesca Comencini
- Anna Mangiocavallo : Francesca jeune
- Fabrizio Gifuni : Luigi Comencini

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