Vu le Film Beau Geste de William A.Wellman (1939),avec Gary Cooper Ray Milland Robert Preston Brian Donlevy Susan Hayward J.Carrol Nash Albert Dekker Broderick Crawford Charles Barton Donald O’Connor
« Beau », John et Digby Geste sont trois frères inséparables adoptés par la riche Lady Brandon. La disparition soudaine de son saphir, le « Blue Water », pousse les frères à fuir la maison. Ils se retrouvent engagés dans la Légion étrangère, où ils affrontent autant leur sergent intransigeant que les rebelles arabes...
Je pensais découvrir un nouveau film d’aventures de Wellman et, bizarrement, au fur et à mesure que le film avançait, je me disais : tiens, cette scène, je l’ai déjà vue. Normal. Le roman de Percival Christopher Wren (1924) a été porté à l’écran plus d’une fois (était déjà adapté en muet et parlant par Herbert Bresson , puis par Douglas Heyes en 1966 et aussi par Marty Feldman en 1977 et même d'une série en 1982; — le mythe était déjà bien installé. Mais ici, Wellman ne recycle pas : il magnifie.
L’histoire, on la connaît : trois frères adoptifs, Michael “Beau” Geste, Digby et John, élevés dans une famille aristocratique anglaise. Un mystérieux vol — celui du célèbre “Saphir bleu” — pousse les garçons à s’exiler pour protéger l’honneur de leur famille. Direction la Légion étrangère. Un coup du sort ? Oui. Mais surtout un choix moral. Et c’est là que le film trouve sa noblesse.
Dans le désert brûlant d’Afrique du Nord, sous le soleil qui écrase les consciences autant que les corps, les trois frères vont se révéler. Héros, oui. Mais pas des héros en carton. Des hommes. Avec leurs peurs, leurs fidélités, leurs silences. La Légion, avec ses contraintes, ses codes, son architecture austère, devient un personnage à part entière. Ces fortins perdus dans le sable ressemblent à des cathédrales de pierre sèche, où l’honneur tient lieu de religion.
Et puis il y a le casting. Gary Cooper (oui, acteur, mais athlète de l’élégance) incarne Beau avec une grâce presque insolente. Il est aussi beau que les gestes qu’il effectue — et ils sont nombreux. Cooper joue la droiture sans rigidité, le courage sans fanfaronnade. Il n’a pas besoin d’en faire trop : un regard suffit. À ses côtés, Ray Milland et Robert Preston complètent cette fratrie avec une belle complémentarité. On croit à leur lien. On croit à leur fraternité. Et c’est essentiel.
Face à eux, l’inoubliable Brian Donlevy campe un sergent Markoff brutal, sadique, presque mythologique dans sa cruauté. Il donne au récit sa tension dramatique. Sans lui, pas d’épreuve. Sans épreuve, pas de révélation.
Dans un rôle d’adolescent on reconnaitre la légende Donald O’Connor
La mise en scène de Wellman est d’une efficacité redoutable. Dès l’ouverture — ces soldats retrouvés morts, figés dans leurs positions de tir — le ton est donné. Mystère, héroïsme, tragédie. Le réalisateur joue avec le temps, structure son récit en flash-back, installe une atmosphère. Ce n’est pas qu’un film d’aventures : c’est une légende racontée autour d’un feu imaginaire.
Visuellement, le désert n’est pas qu’un décor exotique. Il est un espace moral. On s’y perd, on s’y dépouille, on s’y révèle. Wellman filme l’espace avec ampleur, mais sans emphase inutile. Tout est au service du récit.
Le scénario tient solidement la route. Il mêle suspense (qui a volé le bijou ?), action (les assauts, la défense du fort), et émotion (le sacrifice, la loyauté fraternelle). On regarde le film comme un film d’aventures plein d’entrain et de mystère — et en même temps comme une tragédie classique.
Oui, ce roman a vraiment attiré les producteurs. Mais ici, on comprend pourquoi. Parce qu’il parle d’honneur, de sacrifice, de fraternité — des mots qui, entre de mauvaises mains, sonnent creux. Sous la caméra de Wellman, ils prennent chair.
Au final, je pensais voir un simple divertissement exotique. Je me suis retrouvé devant une fresque héroïque, portée par des acteurs habités, une mise en scène tendue et élégante, et un souffle romanesque intact.
Et Gary Cooper ? Il marche dans le désert comme d’autres entrent dans la légend
NOTE : 14.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : William A. Wellman, assisté de Richard Talmadge
- Scénario : Robert Carson (en) d'après le roman éponyme de Percival Christopher Wren
- Production : William A. Wellman ; Paramount Pictures
- Direction de la photographie : Theodor Sparkuhl, Archie Stout
- Direction artistique : Hans Dreier, Robert Odell
- Décors : A.E. Freudeman
- Costumes : Edith Head
- Musique : Alfred Newman
- Montage : Thomas Scott
- Gary Cooper : Michael « Beau » Geste
- Ray Milland : John Geste
- Robert Preston : Digby Geste
- Brian Donlevy : sergent Markoff
- Susan Hayward : Isobel Rivers
- J. Carrol Naish : Rasinoff
- Albert Dekker : légionnaire Schwartz
- Broderick Crawford : Hank Miller
- Charles Barton : Buddy McMonigal
- James Stephenson : Henri de Beaujolais
- Heather Thatcher : Lady Patricia Brandon
- Harold Huber : Voisin
- Donald O'Connor : « Beau » enfant
- Ann Gillis : Isobel enfant
- Harvey Stephens : lieutenant Martin
- Stanley Andrews : Maris
- Harry Woods : Renoir
Et, parmi les acteurs non crédités :
- Nestor Paiva : caporal Golas
- George Regas : guide arabe

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