Vu le Film Les Forçats de la Gloire de William A.Wellman (1945) avec Robert Mitchum Burgess Meredith Freddie Steele Wally Cassell Jimmy LLoyd John R.Reilly Bill Murphy et avec la participation d'anciens combattants américains en Afrique du Nord et en Italie.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Ernie Pyle, correspondant de guerre, suit la progression de la Compagnie C du 18° Régiment d'Infanterie américain, d'abord en Afrique du Nord, puis en Sicile et au cœur de l'Italie, notamment pendant la Bataille de Monte Cassino...
Les Forçats de la Gloire (The Story of G.I. Joe) de William A. Wellman s’impose comme l’un des sommets du cinéma de guerre américain, et sans doute comme l’un des films les plus profondément humains jamais tournés sur la Seconde Guerre mondiale. En poursuivant l’exploration de la filmographie de l’immense Wellman, on retrouve ici ce qui fait son ADN : le refus du spectaculaire gratuit, la guerre vue à hauteur d’homme, et surtout à hauteur de visage.
Le film nous entraîne de l’Afrique du Nord à la Sicile, jusqu’aux abords de la terrible bataille de Monte Cassino. Mais contrairement à tant de films de guerre, Wellman ne cherche pas à nous impressionner par la stratégie ou les cartes d’état-major. Il suit un homme : le correspondant de guerre Ernie Pyle, incarné avec une justesse remarquable par Burgess Meredith. Pyle n’est ni un héros ni un soldat, mais un témoin. Il observe, écoute, écrit, et partage le quotidien d’une compagnie d’infanterie, au plus près du terrain, à ses risques et périls.
Cette compagnie est menée par le lieutenant Walker, interprété par un Robert Mitchum déjà monumental. Mitchum impose une autorité calme, presque fatiguée, un commandement sans emphase, forgé par l’usure plus que par le courage flamboyant. Il ne joue pas au chef, il l’est, simplement, naturellement. Son Walker est un homme qui avance, encore et encore, parce qu’il n’a pas le luxe de faire autrement.
Comme dans Bastogne, Wellman s’intéresse moins aux victoires qu’au prix qu’elles coûtent. Les soldats marchent, tombent, se relèvent, creusent des trous dans la boue, dans les tranchées, sous la pluie et le feu invisible. L’ennemi, on ne le voit presque jamais, mais sa présence est constante, oppressante, presque abstraite. C’est une guerre d’attente, de fatigue, d’usure morale autant que physique.
La mise en scène est d’une sobriété exemplaire. Wellman filme les visages marqués, les regards perdus, les silences entre deux ordres. Il capte tous les états : l’euphorie brève après une avancée, la déconvenue, la peur sourde, la fraternité tacite. Rien n’est surligné, tout est vécu. Chaque plan semble respirer la vérité du terrain.
Samuel Fuller ne s’y est pas trompé en affirmant que Les Forçats de la Gloire était « le plus authentique des films tournés durant la guerre ». Et il a raison. On sent que Wellman sait de quoi il parle, qu’il a connu ces hommes, cette fatigue, cette absurdité. Ce film n’est pas une reconstitution, c’est un témoignage.
Son influence est immense. De Fuller justement, à Spielberg, dont l’attaque du village italien évoque clairement certaines scènes du Soldat Ryan. Mais là où d’autres iront vers le choc visuel, Wellman reste fidèle à sa ligne : filmer l’humain avant l’exploit.
Le scénario épouse parfaitement cette approche fragmentée, presque documentaire. Il n’y a pas de grand arc héroïque, seulement une succession de moments, de marches, de combats, de pertes. Et c’est précisément ce qui rend le film si puissant.
Au final, Les Forçats de la Gloire est un film profondément humaniste, sans discours appuyé, sans patriotisme tapageur. Un film qui parle d’hommes ordinaires pris dans une machine qui les dépasse. Un grand film de guerre, oui, mais surtout un grand film tout court, porté par un immense réalisateur et des comédiens parfaits, Mitchum et Meredith en tête.
William A. Wellman signe ici l’une de ses œuvres majeures. Un film qui ne crie jamais, mais qui marque durablement. Comme la guerre qu’il raconte.
NOTE : 16.20
FICHE TECHNIQUE
Réalisateur : William A.Wellman
- Scénario : Leopold Atlas, Guy Endore et Philip Stevenson, basé sur la correspondance de guerre d'Ernie Pyle
- Photographie : Russell Metty
- Assistant réalisateur : Robert Aldrich
- Musique : Louis Applebaum et Ann Ronell
- Producteurs : Lester Cowan et David S. Hall
- Pays de production :
États-Unis - Distribution : United Artists
- Burgess Meredith : Ernie Pyle, le narrateur
- Robert Mitchum : le lieutenant (puis capitaine) Bill Walker
- Freddie Steele : le sergent Steve Warnicki
- Wally Cassell : le soldat Dondaro
- Jimmy Lloyd (en) : le soldat Spencer
- John R. Reilly (crédité Jack Reilly) : le soldat Robert « Wingless » Murphy
- Bill Murphy : le soldat Charles R. Mew
- William Self (en) (non crédité) : le soldat Cookie Henderson
- Dorothy Coonan Wellman (en) (non créditée) : l'infirmière lieutenant Elizabeth 'Red' Murphy
- Yolanda Lacca (non créditée) : la femme italienne
Et avec la participation d'anciens combattants américains en Afrique du Nord et en Italie.

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