Vu le Film Météors de Hubert Charruel et Claude LePape (2025) avec Paul Kircher Idir Azougli Salif Cissé Stéphane Rideau François Pérache Elsa Bouchain Alexandra Thomas
Mika, Daniel et Tony sont trois amis qui font la fête, boivent et fument, discutent de tout et rien. Afin de quitter la région et la ville de Saint-Dizier où ils tournent en rond, Mika et Daniel rêvent de monter un chenil à La Réunion. Tony gère une entreprise de sous-traitance dans le BTP qui fait des chantiers pour l'organisme de gestion des déchets nucléaires. Mika travaille à mi-temps dans un Burger King ; Daniel ne travaillle pas. Tout bascule lors d'un coup raté, au sortir d'une soirée très arrosée, qui fait perdre à Mika son permis de conduire et sa voiture, et envoie Mika et Daniel en garde à vue puis devant une juge en comparution immédiate.
Avec Météors, Hubert Charuel change clairement de braquet après Petit Paysan, toujours en binôme avec son scénariste Claude Le Pape. On quitte le monde rural sous tension sanitaire pour plonger dans une chronique urbaine de jeunes adultes un peu paumés, un peu à côté de la plaque, et beaucoup dans l’ennui.
L’histoire suit trois amis : Mika, Daniel et Tony. Trois jeunes hommes pas les plus éclairés de la cité, qui ne font pas grand-chose de leurs journées mais rêvent d’ailleurs — direction La Réunion, excusez du peu. En attendant le grand départ fantasmé, ils passent leurs journées et leurs soirées à boire et à fumer des herbes pas sèches. Mika et Tony travaillent un peu, histoire de. Daniel, lui, est le glandeur absolu. Un titre qu’il porte avec une certaine constance.
Tout bascule le jour où, dans une inconscience presque banale, ils provoquent un accident de la route. Tribunal, rappel à l’ordre, obligation de se reprendre : la réalité frappe enfin à la porte. Sur le papier, le point de départ est fort. Il y a matière à explorer la responsabilité, l’amitié, le passage à l’âge adulte.
Mais là où Petit Paysan impressionnait par la force de ses images et par son intensité dramatique — portée notamment par un immense Swann Arlaud — ici, j’ai parfois l’impression qu’on reste un peu le cul entre deux chaises. Entre chronique sociale et comédie de potes, entre gravité et désinvolture, le film hésite.
Côté casting, on retrouve Paul Kircher dans le rôle de Mika. Malheureusement, le personnage est peu à peu relégué au second plan. On sent un potentiel, une intériorité, mais le scénario l’oublie en route. Il devient presque effacé, ce qui est dommage tant l’acteur a déjà prouvé sa présence ailleurs.
Tony, interprété par Salif Cissé, souffre un peu du même problème : esquissé plus qu’approfondi. On devine des fêlures, mais elles restent à l’état d’ébauche.
Heureusement, il y a Daniel. Interprété par Idir Azougli, c’est la vraie découverte du film. Oui, glandeur absolu. Mais aussi épileptique, fragile, inquiet de devenir un boulet pour ses potes. Ce détail change tout. Il apporte une profondeur inattendue au personnage. Azougli l’habite avec une tendresse désarmante. Il y a dans son regard quelque chose de doux et d’inquiet à la fois. On comprend sa nomination aux César, et je suis sûr qu’on va le revoir.
La mise en scène de Charuel reste sobre, proche des corps, attentive aux silences. Il filme bien les moments creux, les parkings, les appartements sans âme, les discussions nocturnes. On sent qu’il aime ses personnages, qu’il ne les juge jamais. Mais le scénario, lui, manque parfois de colonne vertébrale. Il accumule les situations sans toujours les faire converger vers un vrai bouleversement.
Météors, c’est un film sympathique de potes, certes. Il y a des moments justes, des éclats de vérité, une vraie humanité. Mais l’ensemble reste un peu faiblard narrativement. On aurait aimé que le choc de l’accident restructure davantage le récit, qu’il fasse exploser les dynamiques.
Je sors partagé. Pas désagréable, pas honteux, mais pas totalement abouti. Un film qui a de belles intentions, une vraie sensibilité, et un acteur qui crève l’écran. Mais qui, comme ses personnages, semble parfois ne pas savoir exactement où il veut aller.
NOTE : 12.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Hubert Charuel et Claude Le Pape
- Scénario : Hubert Charuel et Claude Le Pape
- Musique : Maxime Denuc et Matthieu Gasnier
- Décors : Thomas Grézaud
- Costumes : Elisa Ingrassia
- Photographie : Jacques Girault
- Son : Marc-Olivier Brullé
- Montage : Julie Picouleau
- Production : Stéphanie Bermann et Alexis Dulguerian
- Sociétés de production : Domino Films et France 2 Cinéma, en association avec 4 SOFICA
- Sociétés de distribution : Pyramide Distribution
- Paul Kircher : Mika
- Idir Azougli : Daniel
- Salif Cissé : Tony
- Stéphane Rideau : le médecin
- François Pérache : le médecin
- Elsa Bouchain : la toxicologue
- Alexandra Thomas : l'avocate
- Célie Valdenaire : une policière

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