Vu le film Tarentula de Jack Arnold (1955) avec John Agar Lee J.Caroll Mara Corday Nestor Palva Ross Elliott Edwin Rand Raymond Bailey Clint Eastwood
Jack Arnold, le réalisateur de L’Homme qui rétrécit, récidive cette fois en mettant en scène une grosse bébête pleine de poils, bien plus grande que les humains, qui vont évidemment avoir peur comme jamais. Non, ce n’est pas King Kong, mais une tarentule qui a visiblement abusé des hormones de croissance et qui n’a rien à envier à ma grand-mère question pilosité des pattes. Quel plaisir, à l’heure des effets spéciaux à outrance sur fond vert, et de certains films déjà fabriqués avec des images d’IA, de retrouver ces productions à l’ancienne où l’on faisait avec les moyens du bord, beaucoup d’ingéniosité et quelques ficelles, même si notre araignée géante ne passe pas exactement inaperçue dans le paysage.
L’histoire nous entraîne dans une petite bourgade américaine qui n’avait certainement pas prévu de recevoir un tel invité à sa table. À la suite d’expériences scientifiques et de manipulations génétiques destinées à accélérer la croissance des animaux, une tarentule atteint des proportions monstrueuses et finit par s’échapper. La bestiole se met alors à semer la terreur dans la région, écrasant tout sur son passage et menaçant les habitants qui n’avaient rien demandé, sinon de vivre tranquillement chez eux. Comme quoi, il faut toujours se méfier des scientifiques qui veulent jouer aux apprentis sorciers, car leurs découvertes finissent rarement par vous livrer un gentil petit caniche.
Mais Tarentula n’est pas seulement une histoire de grosse araignée qui aurait oublié de grandir raisonnablement, c’est aussi une curieuse histoire d’amour non consentie, puisque notre monstre semble s’être entiché des humains au point de leur courir après sans leur demander leur avis. La pauvre créature ne comprend manifestement pas que son charme animal laisse à désirer et que ses avances ne sont pas franchement du goût de la population locale. Notre bébête éconduite poursuit donc ses petites affaires à travers les champs et les abords de la ville, tandis que les habitants tentent de sauver leur peau. Il faut dire qu’avec huit pattes et une taille pareille, difficile de lui conseiller gentiment de rentrer chez elle.
Ce qui fait le charme du film, c’est cette manière de faire monter la tension sans avoir besoin de nous bombarder d’effets numériques toutes les trente secondes. Jack Arnold sait installer une atmosphère inquiétante, et le montage entretient le suspense en alternant les réactions des personnages et les apparitions de la créature. La musique contribue également à cette angoisse, la partition du film est signée Henry Mancini. La grande tarentule n’a certes pas besoin de se cacher longtemps pour impressionner, mais il faut la voir détruire une maison pour apprécier le travail accompli par les techniciens des effets spéciaux. C’est du cinéma artisanal, avec ses limites, ses astuces et une efficacité qui n’a pas forcément besoin de machines dernier cri pour fonctionner.
Bien sûr, il faut accepter quelques invraisemblances et ne pas s’attendre à une reconstitution scientifique de la vie des araignées, mais ce genre de production possède une générosité que je retrouve avec plaisir. La menace est visible, les personnages la prennent au sérieux et le réalisateur ne cherche pas à se moquer de son propre film. La tarentule a beau ressembler à une pelote de laine sur pattes, elle parvient à provoquer une inquiétude bien réelle, notamment grâce à la façon dont Arnold la fait surgir dans le paysage et donne aux habitants le sentiment qu’aucun endroit n’est vraiment à l’abri.
Devant la caméra, les acteurs font leur boulot sans en rajouter, avec John Agar dans le rôle du docteur Matt Hastings, Leo G. Carroll dans celui du professeur Gerald Deemer et Mara Corday en Steve, l'assistante du scientifique, qui se retrouve au cœur de cette aventure. Le professeur Deemer est justement l’un de ces savants dont les recherches finissent par leur échapper, et le film exploite avec efficacité cette vieille peur de voir la science produire des résultats que personne ne sait plus contrôler. Mara Corday apporte la présence féminine nécessaire à cette histoire, tandis que John Agar incarne ce héros pragmatique qui doit bien finir par trouver un moyen d’arrêter le monstre.
Et puis, comme souvent dans les films de science-fiction de cette époque, on découvre dans un coin de l’écran une future vedette venue faire un petit tour avant de prendre son envol. Ici, c’est Clint Eastwood, encore loin de devenir l’homme sans nom ou l’inspecteur Harry, qui apparaît dans le rôle d’un pilote d’avion. Une apparition brève, mais toujours amusante à revoir lorsqu’on connaît la carrière qui l’attendait.
Tarentula, sorti en 1955, n’a évidemment pas la sophistication technique des productions actuelles, mais il possède ce que beaucoup de films contemporains oublient parfois en multipliant les images spectaculaires : une histoire simple, une tension bien entretenue et un monstre dont on attend chaque apparition avec une certaine gourmandise. Jack Arnold connaît son métier et sait comment faire vivre une menace avec les moyens de son époque, sans noyer le spectateur sous des effets gratuits. Alors, oui, notre araignée géante est un peu trop poilue, ses dimensions sont quelque peu exagérées et les scientifiques feraient mieux de changer de métier, mais quel plaisir de retrouver cette science-fiction à l’ancienne, où une grosse bébête pouvait encore vous donner quelques frissons sans avoir besoin d’être fabriquée par une intelligence artificielle. Et si vous croisez une tarentule dans votre jardin, un conseil : évitez de lui proposer un petit verre, elle risquerait de se sentir chez elle.
NOTE : 13.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Jack Arnold
- Scénario : Robert M. Fresco et Martin Berkeley
- Production : William Alland
- Société de production : Universal Pictures
- Musique : Henry Mancini et Herman Stein
- Photographie : George Robinson
- Montage : William Morgan
- Direction artistique : Alexander Golitzen et Alfred Sweeney
- Costumes : Jay A. Morley Jr. (non crédité)
- Pays de production : États-Unis
- Format : Noir et blanc - 2,00:1 - Mono - 35 mm
- Genre : Horreur, Science-fiction
DISTRIBUTION
- John Agar : Dr Matt Hastings
- Mara Corday : Stephanie « Steve » Clayton
- Leo G. Carroll : le professeur Gerald Deemer
- Nestor Paiva : le shérif Jack Andrews
- Ross Elliott : Joe Burch
- Edwin Rand : le lieutenant John Nolan
- Raymond Bailey : le professeur Townsend
- Hank Patterson : Josh
- Bert Holland : Barney Russell
- Steve Darrell (en) : Andy Andersen
- Tom London (non crédité) : Jeb
- Clint Eastwood (non crédité) : le pilote de l'avion qui largue la bombe au napalm
- Eddie Parker (en) (non crédité) : Eric Jacobs / Paul Lund (atteints d'acromégalie)

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