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mardi 27 octobre 2026

9.90 - MON AVIS SUR LE FILM LE CARNAVAL DES TRUANDS DE GIUILIANO MONTALDO (1967)

 


Vu le Film Le Carnaval des Truands de Guiliano Montaldo (1967) avec Janet Leigh Edward G.Robinson Klaus Kinski Robert Hoffman Riccardo Cucciolla Roger Rigaud Adolfo Celli


Avec Le Carnaval des Truands, Giuliano Montaldo nous propose un film de braquage à la distribution aussi internationale que son financement, une production patchwork hispano-ouest-allemande-italienne qui explique ce casting hétéroclite où chacun apporte sa petite contribution à l'entreprise. Pour le charme, nous avons Janet Leigh, la blonde de Psychose, pour l'expérience Edward G. Robinson, figure incontournable du film noir américain, un peu de Frenchy avec Georges Rigaud, une touche italienne avec Adolfo Celi et, pour relever le tout, Klaus Kinski, notre piment fort qui ne demande qu'à faire monter la température. Une réunion de famille qui aurait de quoi inquiéter le banquier chargé de financer le casse !

Nous sommes dans le cinéma de genre des années soixante, celui qui savait mélanger les nationalités, les vedettes et les recettes éprouvées pour fabriquer des films destinés à circuler dans les salles du monde entier. Le scénario repose sur la préparation d'un braquage minutieux, avec une équipe de spécialistes réunis pour mettre au point une opération qui demande de l'organisation, du sang-froid et une bonne dose de confiance entre des individus qui n'ont pas forcément choisi de devenir les meilleurs amis du monde. Le casse devient alors le véritable centre de gravité du récit, chaque personnage ayant sa fonction dans cette mécanique criminelle où la moindre erreur peut faire dérailler l'ensemble.

On pense forcément à Mélodie en sous-sol ou à L'Affaire Thomas Crown, deux références qui ont donné leurs lettres de noblesse au film de cambriolage, avec cette préparation méticuleuse qui transforme le spectateur en complice de l'entreprise. Mais Giuliano Montaldo n'a pas tout à fait les mêmes ambitions, et son film ne possède ni l'élégance insolente de Steve McQueen ni la sophistication de certains modèles américains. Il se situe davantage dans cette catégorie de productions européennes qui savaient se montrer divertissantes sans prétendre révolutionner le septième art, avec un savoir-faire parfois inégal mais suffisamment de métier pour retenir l'attention.

Janet Leigh apporte son charme et sa présence à cette distribution masculine, tandis qu'Edward G. Robinson donne au film le poids d'une longue carrière passée à fréquenter les truands, les gangsters et les hommes qui ont quelques comptes à régler avec la société. Il possède cette autorité naturelle qui rend crédible un personnage impliqué dans une opération criminelle, sans avoir besoin de hausser le ton à chaque apparition. Georges Rigaud complète la distribution avec cette petite touche française qui rappelle que les coproductions européennes de l'époque ne connaissaient pas les frontières lorsqu'il s'agissait de réunir des comédiens autour d'une histoire de mauvais garçons.

Adolfo Celi, lui aussi habitué aux productions internationales, vient ajouter sa présence à cet ensemble, tandis que Klaus Kinski constitue évidemment l'élément le plus imprévisible de la distribution. Avec une telle tête, on s'attend toujours à ce qu'il finisse par exploser, qu'il envoie quelqu'un contre un mur ou qu'il transforme une simple conversation en crise de nerfs. Pourtant, ici, il ne dispose pas du même terrain de jeu que dans ses collaborations ultérieures avec Werner Herzog, où son tempérament volcanique deviendra l'un des moteurs de personnages poussés jusqu'à l'obsession. Il faut croire qu'à cette époque, le bonhomme n'avait pas encore trouvé le réalisateur capable de lui donner suffisamment de raisons de sortir de ses gonds.

Même torse nu, Kinski n'est pas Steve McQueen, et le film ne cherche d'ailleurs pas à lui faire endosser le costume du héros cool qui maîtrise chaque situation avec un sourire en coin. Sa présence constitue plutôt un ingrédient supplémentaire dans cette recette internationale, sans que son personnage puisse réellement faire dérailler la machine à lui tout seul. On aurait aimé le voir davantage exploité, mais il faut bien partager l'écran avec les autres vedettes, et le braquage réclame une certaine discipline, même chez les truands.

La constitution de l'équipe prend d'ailleurs son temps, avec une présentation des personnages qui s'étire un peu avant que les choses sérieuses commencent. On attend que la mécanique se mette en marche, que les préparatifs aboutissent et que le film cesse de nous montrer les pièces du puzzle pour enfin les assembler. Mais cette patience finit par être récompensée lorsque vient le moment du casse, qui constitue sans conteste le morceau de bravoure de l'ensemble.

La scène est longue, minutieuse et surtout pratiquement silencieuse, laissant les gestes, les regards et les déplacements prendre le relais des dialogues. C'est là que le film trouve son meilleur rythme, en faisant comprendre que le braquage n'est pas seulement une affaire de gros bras et de revolvers, mais aussi une question de précision, de coordination et de sang-froid. Le spectateur se retrouve à surveiller chaque détail, à attendre l'incident qui pourrait tout compromettre, et cette tension vaut bien quelques minutes de préparation supplémentaires.

La mise en scène de Giuliano Montaldo se montre alors plus convaincante, car elle laisse la situation produire ses propres effets au lieu de vouloir souligner constamment ce que nous sommes censés ressentir. On retrouve ce plaisir particulier des films de casse où le travail des professionnels devient presque un spectacle en soi, avec cette fascination pour les opérations parfaitement réglées qui donne envie de retenir son souffle jusqu'à la dernière minute. Si le film n'atteint pas toujours l'efficacité de ses modèles, il sait au moins nous offrir une séquence qui justifie le déplacement.

Mais la cerise sur le gâteau, c'est bien la musique d'Ennio Morricone, qui apporte une dimension supplémentaire à cette histoire de truands. Comme souvent chez le compositeur italien, la bande originale ne se contente pas d'accompagner les images, elle leur donne une personnalité, une couleur et cette petite touche léonienne qui évoque immédiatement le cinéma de genre transalpin. Morricone possède ce talent rare de donner de l'allure à une scène et de faire monter la tension sans avoir besoin de transformer chaque plan en feu d'artifice musical. Sa partition constitue l'un des principaux atouts du film et contribue largement à lui donner son identité.

Le Carnaval des Truands n'est donc pas un grand film de braquage, et il serait injuste de le placer sur le même piédestal que les œuvres qui ont véritablement marqué le genre. Il possède néanmoins le charme de ces productions européennes que l'on découvrait dans les salles de quartier, avec une copie qui avait déjà beaucoup vécu, quelques grésillements dans la bande-son et parfois une image qui semblait avoir traversé toute l'Europe avant d'arriver sur l'écran. On pouvait aussi le retrouver au programme d'une colonie de vacances, entre deux aventures plus ou moins recommandables, avec le souvenir d'une époque où le cinéma populaire savait nous faire voyager sans nous demander de consulter un catalogue de plateformes.

Il reste aujourd'hui un divertissement sympathique, porté par une distribution qui vaut le détour, une préparation de casse qui finit par tenir ses promesses et surtout une musique de Morricone qui relève l'ensemble comme un bon condiment italien. Tout le monde n'est pas Steve McQueen, Kinski n'a pas encore rencontré Herzog et Montaldo ne signe pas un chef-d'œuvre, mais le cinéma de genre n'a pas besoin de collectionner les monuments pour nous procurer du plaisir.

Et quand une bonne partition vient sauver quelques longueurs, on ne va pas faire la fine bouche : dans le carnaval des truands, les voleurs ne raflent peut-être pas la mise, mais Morricone, lui, repart avec le gros lot !

NOTE : 9.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


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