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samedi 24 octobre 2026

HISTOIRE D'UNE CHANSON : MA POMME DE MAURICE CHEVALIER

 


#HistoiredUneChanson
, aujourd"hui la chanson Ma Pomme de Maurice Chevalier , Il y a des chansons qui restent accrochées à un interprète, au point qu'on a du mal à imaginer quelqu'un d'autre les chanter, et « Ma pomme » fait partie de celles-là. Quand on évoque Maurice Chevalier, on retrouve aussitôt son canotier, son accent de titi parisien, sa gouaille et cette façon de chanter qui donne l'impression qu'il vous raconte ses petites histoires au comptoir d'un bistrot. Pour moi, cette chanson est aussi liée à ma maman, qui l'adorait, et ces refrains qui traversent les générations ont parfois le pouvoir de faire revenir les souvenirs sans prévenir.


J'associe naturellement Maurice Chevalier à Ménilmontant, ce Paris populaire dont il est devenu l'un des ambassadeurs les plus célèbres, même si « Ma pomme » nous emmène davantage du côté des petits bars, des copains et de la vie sans chichis que dans une promenade touristique du vieux Paris. Ici, pas besoin de fréquenter les salons de la noblesse ni de faire des courbettes aux snobs, notre homme se contente de ce qu'il a et s'en porte très bien.

La chanson est créée en 1936 et enregistrée le 20 octobre de la même année, sur une musique de Charles Borel-Clerc et des paroles de Georges Fronsac et Lucien Rigot. Elle est destinée au film L'Homme du jour, réalisé par Julien Duvivier, qui sort en 1937. On retrouve donc derrière cette rengaine populaire une équipe de professionnels de la chanson et du cinéma, avec Maurice Chevalier au centre du dispositif, puisque son personnage et son talent de chanteur font partie intégrante de l'histoire.

Dans le film, Chevalier incarne Alfred Boulard, un électricien qui chante à ses heures perdues et rêve de devenir une vedette du music-hall. Après avoir sauvé la vie d'une célèbre artiste en lui donnant son sang, il se retrouve propulsé sous les projecteurs, découvre les joies de la célébrité et ses revers, avant que cette gloire ne se révèle bien éphémère. Le film ne rencontre pas le succès espéré, mais sa chanson, elle, va poursuivre son chemin bien au-delà des images.

Car notre homme préfère la tranquillité aux complications, les copains aux mondanités et le repos aux ambitions démesurées. Il ne comprend pas ces gens qui se donnent un mal fou pour gagner davantage, alors que la vie est déjà suffisamment compliquée comme ça. Il revendique sa simplicité avec une bonne dose d'autodérision et cette assurance du bon vivant qui n'a pas besoin d'un compte en banque bien garni pour se sentir heureux.

Le personnage n'est pas un grand philosophe, mais il possède une sagesse populaire qui n'est pas forcément la plus mauvaise des écoles. Pourquoi courir après la réussite si l'on passe son existence à travailler pour en profiter le moins possible ? Pourquoi vouloir impressionner les autres quand on se trouve très bien dans ses propres chaussures ? Notre titi parisien a choisi son camp, celui de la tranquillité, et il ne semble pas disposé à en changer pour faire plaisir aux ambitieux.

L'expression « ma pomme », employée pour parler de soi-même, trouve avec cette chanson un formidable porte-parole. Chevalier ne se contente pas de la chanter, il l'incarne, avec cette manière de se mettre lui-même en scène, de jouer avec son personnage et de transformer une formule familière en refrain que tout le monde peut reprendre. La chanson contribue ainsi à populariser durablement cette expression dans la culture populaire française.

Une anecdote mérite d'être retenue : si L'Homme du jour n'a pas marqué les mémoires comme l'un des grands succès de Julien Duvivier, « Ma pomme » a connu une seconde jeunesse sur les planches du Casino de Paris en 1938, où elle a remporté un véritable triomphe. Le film n'avait donc pas réussi à faire décoller la chanson comme on aurait pu l'espérer, mais la scène allait lui offrir une nouvelle vie.

Autre curiosité, Maurice Chevalier reviendra au cinéma dans un film portant précisément le titre Ma pomme, réalisé par Marc-Gilbert Sauvajon en 1950. Le titre était donc suffisamment attaché à sa personnalité pour devenir, quatorze ans après la création de la chanson, celui d'un nouveau film avec lui en vedette.

« Ma pomme », c'est un peu Maurice Chevalier en concentré, avec son accent, sa bonhomie, son art de raconter les choses et cette façon de faire passer une philosophie de comptoir pour une leçon de bonheur. On peut sourire de son personnage, mais il possède une qualité devenue rare : il n'a pas besoin de se prendre au sérieux pour être convaincant.

Et quand je repense à ma maman qui aimait tant cette chanson, je me dis que certaines rengaines ont une valeur qui dépasse largement leur date de création. Elles nous ramènent à des visages, à des moments et à des souvenirs que l'on garde précieusement. Alors, même si les temps ont changé et que les soucis ne se règlent pas toujours avec un refrain, je veux bien reprendre un peu de cette philosophie à mon compte : après tout, pourquoi se compliquer la vie quand on peut encore fredonner Maurice Chevalier ?

Ma pomme, c'est moi ! Et pour une fois, voilà une chanson qui ne cherche pas à nous vendre du rêve : elle nous rappelle simplement que le bonheur n'a pas forcément besoin d'un costume trois-pièces, d'une limousine et d'un carnet d'adresses mondain. Un canotier, quelques copains et un bon refrain, ça peut déjà faire l'affaire.

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