Vu le film J'Ai Tué Raspoutine de Robert Hossein (1968) avec Gert Groebe Robert Hossein
Peter McEnery Géraldine Chaplin Patrick Balkany Ivan Desny Roger Pigaaut Umberto D'Orsi Ira von Fürstenberg
J’ai tué Raspoutine de Robert Hossein est un film que je découvre surtout pour l’histoire qu’il raconte, beaucoup plus que pour la qualité de sa réalisation, qui donne parfois l’impression d’assister à un téléfilm tourné en studio avec quelques décors historiques autour. Les scènes extérieures sont finalement assez rares et tout ou presque se concentre dans le fameux Palais Moika de Saint-Pétersbourg, où le jeune prince Félix Ioussoupov va préparer l’élimination de celui qu’il considère comme un tyran sanguinaire, avec son physique quelque part entre Attila et Dracula.
L’histoire est pourtant passionnante, puisque Raspoutine, le fameux « moine fou » venu s’imposer auprès de la famille impériale russe, exerce une influence considérable sur la cour de Nicolas II et surtout sur l’impératrice Alexandra. Ioussoupov, membre d’une des familles les plus riches de Russie, décide alors qu’il faut en finir avec lui. Le film nous montre la préparation de cette nuit du 16 au 17 décembre 1916, lorsque le prince attire Raspoutine dans son palais sous prétexte d’une réception et d’une rencontre avec son épouse Irina.
On suit donc la préparation des festivités, entre macarons et vin local, pendant que tout le monde sait plus ou moins que la soirée doit se terminer par la mort de l’invité. Raspoutine est convié à descendre dans une pièce du palais, où Ioussoupov lui fait manger des gâteaux et boire du vin prétendument empoisonnés. Rien ne semble fonctionner, ce qui va évidemment contribuer à fabriquer la légende de l’homme quasiment immortel. Après le poison viennent les coups de feu, puis d’autres violences encore, jusqu’à ce que les conspirateurs parviennent finalement à se débarrasser de lui.
Le film présente dès le début le véritable Félix Ioussoupov et l’historien Alain Decaux comme pour nous prévenir que cette version est la bonne. À l’époque, Ioussoupov lui-même racontait cette histoire comme un témoignage direct, et Decaux apporte son sérieux d’historien. Maintenant, plus personne n’est là pour venir dire le contraire, même si l’Histoire a cette fâcheuse habitude de laisser derrière elle plusieurs versions d’un même événement.
Robert Hossein choisit donc de privilégier cette version des faits, mais son film manque singulièrement d’ampleur. On est dans la Russie impériale, dans les derniers mois d’un régime qui va disparaître quelques semaines plus tard, et pourtant on a souvent l’impression d’être enfermé dans un décor de théâtre. Le Palais Moika devient presque le personnage principal, d’autant que celui qui n’en est pourtant pas propriétaire semble avoir imposé sa présence partout.
Le casting est lui aussi très international, mais avec une particularité assez amusante : pas un acteur russe pour jouer cette histoire russe. Gert Fröbe, massif et inquiétant, compose un Raspoutine qui possède effectivement quelque chose du personnage de légende, tandis que Peter McEnery paraît beaucoup moins inspiré dans le rôle de Félix Ioussoupov. Ira von Fürstenberg apporte également son élégance au casting, et les amateurs d’histoire pas trop pointus pourront même apercevoir un certain Patrick Balkany, ex-futur maire de Levallois et personnage qui, à l’image du phénix, aura toujours trouvé le moyen de renaître de ses cendres et de rester dans les coulisses de la politique.
Ce qui reste finalement de J’ai tué Raspoutine, c’est surtout cette incroyable histoire d’un prince qui décide de supprimer l’un des hommes les plus influents de la cour impériale et qui va participer, directement ou indirectement, à l’une des dernières grandes péripéties de la Russie des tsars.
Le film est loin de posséder la puissance que mériterait un tel sujet, mais il a au moins le mérite de remettre sous nos yeux cette nuit incroyable où poison, revolvers, coups et légende se sont mélangés dans les sous-sols du Palais Moika.
Robert Hossein avait pourtant une matière extraordinaire entre les mains ; dommage qu’il nous donne parfois l’impression d’avoir installé une caméra de télévision dans un palais et d’avoir attendu que les personnages viennent faire leur histoire devant elle. Robert Hossein a tué deux fois Raspoutine.
NOTE : 7.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisateur : Robert Hossein, assisté de Tony Aboyantz et Jean Mylonas
- Scénario : Alain Decaux, Claude Desailly, Robert Hossein d'après le livre Avant l'exil de Félix Ioussoupov et Paola Sanjust
- Costumes : Jacques Fonteray
- Décors : Léon Barsacq
- Photographie : Henri Persin
- Montage : Jacqueline Thiédot
- Compositeur : André Hossein
- Scripte : Suzanne Durrenberger
- Sociétés de production : Les Films Copernic, Compania Generale Cinematografica
- Sociétés de distribution : Comacico (France), Paramount Pictures (USA)
- Producteur : Raymond Danon et Maurice Jacquin
- Directeur de production : Ralph Baum
DISTRIBUTION
- Gert Fröbe : Raspoutine (sous le nom de Gert Froebe)
- Peter McEnery : le prince Félix Ioussoupov
- Robert Hossein : Serge Soukhotine
- Geraldine Chaplin : Mounia Golovine
- Ivan Desny : le grand-duc Alexandre
- Roger Pigaut : Vladimir Pourichkevitch
- Nicolas Vogel : le docteur Lazovert
- Patrick Balkany : le grand-duc Dimitri
- Umberto D'Orsi
- Claude Génia : Mme Golovine (sous le nom de Claude Genia)
- Ira von Fürstenberg : la princesse Irina Alexandrovna (sous le nom de Ira Furstenberg)
- Sylvie D'Haetze : la fille de Raspoutine
- France Delahalle : la grande-duchesse Xenia
- Nane Germon : une disciple de Raspoutine
- Léa Gray : une disciple de Raspoutine
- Robert Le Béal : Dovenko
- Sacha Briquet : Tamarine
- Robert Favart
- Robert Berri : le domestique de Ioussoupov
- Jean-Pierre Laverne : le chauffeur
- Dany Jacquet
- Renate Birgo : une infirmière
- Muriel Blain : une disciple de Raspoutine
- Béatrice Costantini : une disciple de Raspoutine (sous le nom de Sylvie Costantini)
- Cosette Blanche : une disciple de Raspoutine (sous le nom de Blanche Cozette)
- Nicole Debonne : une disciple de Raspoutine
- Annie-France Delahaye : une disciple de Raspoutine
- Katia Tchenko : une disciple de Raspoutine (sous le nom de Katia Kraftschenko)
- Giska Ladewig : une disciple de Raspoutine
- Nathalie Lubkov : une disciple de Raspoutine (sous le nom de Nathalie Libkov)
- Milarka Nervi : une disciple de Raspoutine (sous le nom de Milerka Nervi)
- Viviane Landford : une disciple de Raspoutine
- Clo Vanesco : une disciple de Raspoutine (sous le nom de Clotilde Vanesco)
- Dorothée Blanck : la tsarine Alexandra
- Alain Decaux : lui-même
- Guy Delorme : un soldat russe
- Irina Alexandrovna : elle-même (interview)
- Félix Ioussoupov : lui-même (interview)

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