Vu le Film #TirezsulePianiste de François Truffaut (1960) avec Charles Aznavour Marie Dubois Albert Rémy Michèle Mercier Claude Mansard Nicole Berger Daniel Boulanger Bobby Lapointe
Tirez sur le pianiste de François Truffaut, un film noir comme la Truffe, avec un peu de vanille et de framboise, merci Bobby Lapointe ! Adapté du roman de David Goodis, ce polar parisien occupe une place assez particulière dans la filmographie de Truffaut, lui qui n'est pourtant pas spécialement un habitué du genre. Une balade dans le Paris qu'il connaît bien, entre le Nord de Paris et sa périphérie, notamment du côté de Levallois, avec ses rues, ses cafés et ses petits bars qui donnent au film une vraie couleur parisienne.
Cette histoire est aussi liée à l'amitié entre Charles Aznavour et François Truffaut, deux hommes qui ont en commun cette rue de leur jeunesse, la rue Navarin dans le 9e arrondissement, où habitaient leurs deux familles. Truffaut connaissait donc parfaitement ce Paris populaire et cette ambiance qui servent de décor à cette histoire adaptée de Goodis.
On suit Édouard Saroyan, devenu Charlie Kohler, qui vit de petits boulots et de rencontres parfois éphémères et pas toujours très fréquentables, notamment dans le bar où il est pianiste. Un homme plutôt discret, qui semble avoir choisi cette existence tranquille après avoir connu une autre vie, celle d'un pianiste reconnu. Mais c'est sans compter sur son frère Chico, très bon Albert Rémy, qui sort de prison avec de grands projets dans son domaine, ce qui va rapidement mettre Édouard dans la mouise, d'autant que Chico est recherché et pas seulement par la police.
Charles Aznavour est parfaitement à sa place dans ce personnage d'homme fragile, effacé, presque constamment dépassé par les événements. Face à lui, Marie Dubois est formidable et Albert Rémy apporte au film cette présence populaire et un peu brutale qui colle parfaitement à son personnage. Le casting fonctionne justement parce que Truffaut ne cherche pas à fabriquer des héros de polar à l'américaine : ses personnages restent des êtres humains avec leurs failles, leurs maladresses, leurs histoires d'amour et leurs emmerdements.
Ce qui est surtout intéressant, c'est la façon dont Truffaut raconte cette histoire. Il joue avec les codes du film noir, les détourne, les mélange avec de l'humour, de la romance et des ruptures de ton qui donnent au récit une liberté assez étonnante. Même si le polar n'est pas forcément la spécialité de Truffaut, il s'en sort parfaitement et réussit à faire de ce roman noir américain une histoire profondément parisienne.
Et puis il y a la musique, avec Bobby Lapointe et son inévitable Framboise, mais aussi Félix Leclerc, qui participent pleinement à cette drôle d'atmosphère où le noir côtoie constamment quelque chose de plus léger et de plus décalé. Truffaut peut donc nous faire passer d'une histoire de truands à Bobby Lapointe sans demander la permission à personne, et finalement ça lui ressemble assez.
Il y a derrière tout cela une véritable envie de cinéma, avec les références au film noir américain mais aussi cette manière très personnelle de Truffaut de faire éclater les conventions du genre. Il ne faut surtout pas chercher ici un polar classique mené au cordeau, car le réalisateur préfère s'amuser avec son histoire, ses personnages et son spectateur.
Pour autant, même si j'aime cette liberté et que le film possède de très beaux moments, ce n'est pas pour moi le meilleur Truffaut. Je reconnais parfaitement ce qu'il tente et la réussite de plusieurs scènes, mais je reste un peu plus réservé sur l'ensemble, peut-être justement parce que cette façon de mélanger les genres me laisse davantage spectateur qu'enthousiaste.
On se régalera malgré tout de Charles Aznavour, de la formidable Marie Dubois, du non moins formidable Albert Rémy, sans oublier cette bande originale qui apporte encore une autre couleur au film. Truffaut fait donc son cinéma avec Goodis, Aznavour, Lapointe et Leclerc, et ça donne un objet assez particulier dans sa filmographie.
Noir, c'est noir, comme dirait Johnny, mais chez Truffaut il y a toujours moyen de glisser une petite framboise au milieu des flingues.
NOTE : 13.60
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : François Truffaut
- Scénario : François Truffaut, Marcel Moussy, adaptation du roman de David Goodis, Tirez sur le pianiste ! (Down There / Shoot the Piano Player, 1956)
- Dialogues : François Truffaut
- Musique : Georges Delerue (éditions Royalty)
- Boby Lapointe : chansons Framboise, Marcelle, interprétées par Boby Lapointe du cheval d'or (éditions : Fontana)
- Félix Leclerc : Dialogue d'amoureux interprété par Félix Leclerc et Lucienne Vernay (exclusivité des disques Philips) aux éditions musicales Tutti
- Lucienne Vernay : Dialogue d'amoureux
- Photographie : Raoul Coutard
- Cameraman : Claude Beausoleil
- Montage : Claudine Bouché, Cécile Decugis
- Scripte : Suzanne Schiffman
- Assistant réalisateur : Francis Cognany, Robert Bober, Björn Johansen
- Photographe de plateau : Robert Lachenay
- Production : Pierre Braunberger
- Société de production : Les Films de la Pléiade
- Sociétés de distribution : Cocinor (France 1960), MK2 Éditions (France DVD), MK2 Productions (France version remastérisée) Astor Pictures Corporation (USA)
- Pays de production :
France
DISTRIBUTION
- Charles Aznavour : Édouard Saroyan, alias Charlie Kohler
- Marie Dubois : Hélène dite Léna, serveuse au bar
- Michèle Mercier : Clarisse, la prostituée, voisine de palier d'Édouard
- Nicole Berger : Thérésa Saroyan, la femme d'Édouard
- Claude Mansard : Momo, un des frères à la recherche du frère d'Édouard
- Daniel Boulanger : Ernest, un des frères à la recherche du frère d'Édouard
- Albert Rémy : Chico Saroyan, le frère recherché
- Richard Kanayan : Fido Saroyan, le petit frère hébergé par Édouard
- Jean-Jacques Aslanian : Richard Saroyan, l'autre frère d'Édouard
- Claude Heymann : Lars Schmeel, l'impresario d'Édouard
- Serge Davri : Plyne, le patron du cabaret
- Boby Lapointe : le chanteur du cabaret
- Catherine Lutz : Mammy, la femme de Plyne
- Alex Joffé : le passant qui converse avec Chico
- Alice Sapritch (non créditée) : la concierge
- Laure Paillette (non créditée) : la mère

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