Vu le court-métrage Le Rendez-vous de Salomé du Chatenet (2025) avec Mireille Perrier Antoine Pelletier
Il existe des films qui coûtent des fortunes et qui ne racontent finalement pas grand-chose. Et puis il y a des petits miracles comme Le Rendez-vous. Quatorze minutes seulement... et pourtant quelle richesse. Oui, je dis bien seulement quatorze minutes, car en si peu de temps Salomé du Chatenet, pour sa toute première réalisation, nous offre – car oui c'est un cadeau – une magnifique parenthèse d'humanité.
Tout se déroule dans un lieu que nous connaissons tous : la salle d'attente d'un psychologue. Un endroit banal en apparence, où le temps semble suspendu. Le psy, habituellement jamais en retard, se fait cette fois désirer. Hasard ? Ou retard volontaire ? La question restera ouverte, et c'est aussi ce qui fait le charme du film.
En attendant, deux inconnus vont apprendre à se connaître.
D'un côté Martine, admirablement interprétée par la grande Mireille Perrier. Elle vient consulter parce qu'elle lutte contre un cancer. Entre deux séances de chimiothérapie, elle ne cherche pas des réponses miracles. Elle veut simplement parler. Parler de ses peurs, de ses espoirs, de cette attente qui accompagne chaque combat contre la maladie. Une attente qui peut parfois être plus difficile encore que les traitements eux-mêmes.
Face à elle, Alexandre, incarné avec beaucoup de justesse par Antoine Pelletier. Un jeune homme d'une vingtaine d'années qui traverse une autre forme de tempête. Julien, le grand amour de sa vie, est parti. Alexandre ne comprend pas. Il pense avoir tout donné, tout fait pour rendre leur histoire heureuse, et pourtant il se retrouve seul face à un immense vide.
Deux douleurs qui n'ont rien à voir... et qui pourtant vont finir par se répondre.
Car c'est là toute l'intelligence du scénario. Il ne cherche jamais à comparer les souffrances. Quand on vit un gros problème, il devient toujours le plus gros du monde. Tout est relatif. Et c'est justement parce que chacun écoute l'autre sans jugement que quelque chose de profondément humain naît sous nos yeux.
Le film parle avant tout de la parole. De cette nécessité parfois vitale de déposer quelques mots devant un inconnu. Parce qu'un inconnu écoute souvent autrement que les proches. Sans conseils, sans leçons, sans faux espoirs.
Salomé du Chatenet filme tout cela avec une remarquable simplicité. Pas d'effets inutiles, pas de démonstration. Juste une caméra qui laisse respirer ses personnages et leurs silences. Pour une première réalisation, c'est une vraie réussite.
Antoine Pelletier est parfait. Il apporte beaucoup de dérision à son personnage, juste ce qu'il faut pour empêcher le film de sombrer dans le pathos. Son naturel fait merveille.
Et puis il y a Mireille Perrier.
Que dire ? Rien que la voir... rien que l'entendre... c'est déjà du bonheur. Sa voix possède cette douceur mélancolique que l'on reconnaît immédiatement. Elle n'en fait jamais trop. Un regard, un sourire discret, une hésitation... et tout passe. Une immense comédienne.
Les dialogues sonnent juste parce qu'ils ressemblent à la vraie vie. On a parfois l'impression d'être assis dans cette salle d'attente avec eux, témoin discret d'une conversation qui ne nous regarde pas et que pourtant on n'a plus envie de quitter.
Le plus beau dans ce court-métrage, c'est qu'il parle de sujets extrêmement lourds sans jamais écraser le spectateur. Il laisse toujours entrer une lumière, un sourire, une respiration. Il rappelle qu'au milieu des tempêtes, une rencontre peut parfois changer une journée... ou davantage.
Et ce psychologue qui arrive enfin... était-il réellement en retard ? Ou avait-il compris que ses deux patients avaient finalement trouvé, l'un chez l'autre, une partie des réponses qu'ils étaient venus chercher ?
C'est une très belle idée de cinéma.
Je vais même aller plus loin : ce film mériterait largement une adaptation en long métrage en conservant exactement le même tempo, la même délicatesse et surtout cette formidable humanité.
Un immense bravo à Salomé du Chatenet pour cette première réalisation pleine de sensibilité, bravo à Antoine Pelletier et à l'immense Mireille Perrier, sans oublier mon ami @MatthieuMoerlen et toute l'équipe de @MrJadis qui ont permis à ce petit bijou d'exister.
Merci à tous.
Cela fait du bien, le bonheur.

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