Vu le Film The Whisper Man de James Ashcroft (2026 sur Netflix) avec Robert de Niro Michèle Monaghan Hamish Linklater Adam Scott Michael Keaton Owen Teague Acston Luca Porto
Avec un film produit par Netflix, on sait déjà que l’artillerie lourde va être sortie pour attirer le public qui aime les sensations fortes : Robert De Niro, Michelle Monaghan, Adam Scott et Michael Keaton au générique, il y a quand même de quoi donner envie de pousser la porte. Ces derniers temps, Netflix a pourtant rarement réussi tous ses coups avec ses thrillers à serial killers, mais celui-ci avait au moins le mérite de réunir un casting intéressant.
Avant même de parler du tueur en série, des disparitions et des coups tordus habituels du genre, je trouve que le véritable sujet du film est Jake Kennedy, le fils de Tom Kennedy, écrivain à succès joué par Adam Scott. Jake, interprété par Acston Luca Porto, est le genre de garçon que l’on ne regarde pas vraiment. Il parle seul, il est indiscipliné à l’école et semble toujours ailleurs, mais surtout il n’a qu’une envie : partir de la maison de son père. Pourtant, Tom n’est pas un père violent et ne maltraite absolument pas son fils ; depuis la mort de sa mère, quelque chose s’est simplement cassé entre eux et Jake n’est plus le même garçon.
C’est justement cette fragilité qui va le rendre vulnérable lorsqu’un prédateur commence à s’intéresser à lui. Jake est impressionné par cet homme qui semble enfin lui parler, l’écouter et comprendre ce qu’il ressent, et il va progressivement tomber dans ses griffes avant d’être enlevé. À partir de là, The Whisper Man, adapté du roman d’Alex North, va nous entraîner dans une histoire où les coïncidences commencent tout de même à devenir sacrément nombreuses.
Tom vient en effet d’emménager dans une nouvelle maison dont l’ancien propriétaire n’est autre que Frank Carter, un ancien serial killer surnommé le « Whisper Man ». Évidemment, quelques jours après son installation, son fils disparaît à son tour. Le principal suspect semble donc tout trouvé, sauf que Frank Carter est en prison depuis des années. À moins qu’il ait trouvé le moyen de continuer ses activités depuis sa cellule, il y a forcément quelqu’un d’autre derrière cette disparition. Et c’est là que le film commence à sortir les ficelles du thriller, avec les indices qui nous emmènent dans une direction avant de nous faire prendre la suivante.
Pour aider Tom Kennedy à retrouver son fils, la police va faire appel à Pete Willis, un ancien policier spécialisé dans ce genre d’affaires, interprété par Robert De Niro. Et comme le scénario ne voulait visiblement pas s’arrêter en si bon chemin, Pete Willis est également le père de Tom. Il fallait donc ajouter à l’affaire un vieux traumatisme familial, un père et un fils qui ont leurs propres comptes à régler, tout cela pendant qu’un enfant est retenu quelque part par un prédateur.
C’est finalement cette histoire de filiation qui m’a paru la plus intéressante dans le film. Derrière le serial killer et l’enquête policière, The Whisper Man s’intéresse surtout à ce que les parents peuvent transmettre à leurs enfants, aux blessures que l’on garde après la disparition d’un proche et aux différences parfois très minces entre le bien et le mal. Le film pose ainsi une question assez intéressante : qui est réellement le prédateur et qui peut encore prétendre être du côté des gentils lorsque les traumatismes familiaux commencent à refaire surface ?
James Ashcroft plonge donc dans un monde où les prédateurs sont de toutes sortes et où les victimes ne sont pas toujours celles que l’on croit au premier abord. Jake est évidemment au centre de cette histoire parce qu’il représente justement cette fragilité que personne n’a vraiment su voir. Il ne demandait pas forcément à être sauvé, il demandait surtout qu’on l’écoute, et c’est précisément ce qui va permettre au prédateur de s’introduire dans sa vie.
L’inspectrice Amanda Beck, interprétée par Michelle Monaghan, doit pendant ce temps démêler un sacré sac de nœuds. Les indices apparaissent, les pistes s’ouvrent puis se referment presque aussitôt, un suspect semble évident avant que le scénario ne vienne nous expliquer qu’il faut peut-être regarder ailleurs. Bref, le thriller fait son travail et James Ashcroft sait suffisamment maintenir la tension pour nous faire patienter jusqu’au bout.
Mais il ne faut pas non plus demander à Ashcroft de devenir Fincher, De Palma ou Scorsese ! Là où ces réalisateurs auraient probablement transformé chaque couloir, chaque silence ou chaque regard en véritable morceau de mise en scène, Ashcroft reste dans une réalisation beaucoup plus classique. Il entretient le suspense, distille ses révélations et installe une atmosphère suffisamment inquiétante, mais il n’y a pas vraiment de folie visuelle derrière la caméra.
Et c’est peut-être là que le film perd une partie de son potentiel. Avec une histoire pareille et quatre acteurs de cette trempe, on pouvait espérer davantage qu’un thriller correctement emballé par Netflix. Robert De Niro fait le travail, Michael Keaton également, Michelle Monaghan est solide et Adam Scott se débrouille très bien dans le rôle de ce père complètement dépassé par la situation. Mais on a parfois l’impression que tout ce beau monde est surtout venu faire son travail pour payer ses impôts, ce qui n’est déjà pas si mal, mais ne suffit pas forcément à fabriquer un grand film.
Michael Keaton est sans doute celui qui s’amuse le plus avec son personnage de Frank Carter. Il suffit presque de sa présence pour installer un malaise et le film n’a pas besoin de le transformer en caricature du serial killer hystérique qui se promène avec un couteau en hurlant dans les couloirs. C’est d’ailleurs une bonne chose, car le personnage fonctionne davantage lorsqu’il reste inquiétant par ce qu’il suggère que par ce qu’il montre.
Robert De Niro, lui, retrouve un personnage d’ancien flic marqué par son passé et par une affaire qui n’est jamais vraiment terminée. Sa relation avec son fils apporte une dimension supplémentaire à l’enquête, même si l’on aurait aimé que le scénario pousse encore plus loin cette histoire familiale qui est, à mon avis, beaucoup plus intéressante que les traditionnels jeux de piste autour du serial killer.
Et puis il y a Jake, qui reste pour moi le véritable cœur du film. C’est lorsque James Ashcroft s’intéresse à ce garçon que The Whisper Man devient autre chose qu’un thriller parmi tant d’autres. Son comportement, son isolement, son besoin d’échapper à une maison devenue synonyme de tristesse et son besoin de trouver quelqu’un qui l’écoute donnent au film une dimension beaucoup plus humaine. Le gamin n’est pas seulement une victime que l’on doit retrouver avant le générique de fin, il est aussi le produit d’une famille qui n’a pas réussi à faire face à son propre drame.
Évidemment, le scénario ne va pas nous laisser tranquilles avec cette seule dimension psychologique et va multiplier les coups tordus. Une piste apparaît, on commence à la suivre, puis elle se referme ; un personnage devient suspect, puis beaucoup moins intéressant quelques minutes plus tard. Le film joue avec nos soupçons jusqu’au dénouement et, même si certaines ficelles sont visibles, il réussit suffisamment son affaire pour que l’on ait envie de connaître la fin.
Il y a donc dans The Whisper Man un thriller plutôt efficace, avec une histoire suffisamment sombre pour installer une certaine tension et quelques scènes qui donnent envie de regarder derrière soi. Le film n’est cependant pas une révolution du genre et James Ashcroft ne possède pas encore la mise en scène d’un Fincher ou d’un De Palma pour transformer cette histoire en véritable cauchemar cinématographique.
Reste que le film fonctionne suffisamment bien pour que l’on ne regarde pas sa montre toutes les cinq minutes. Et surtout, je déconseille quand même de le regarder juste avant d’aller se coucher. Entre l’enfant qui disparaît, le serial killer qui a laissé quelques souvenirs dans sa maison, les prédateurs qui rôdent et cette atmosphère qui devient de plus en plus inquiétante, il y a de fortes chances que certains vérifient deux fois si la porte est bien fermée avant d’éteindre la lumière.
Alors oui, les acteurs font le boulot et ils le font plutôt bien, mais aucun ne va probablement considérer The Whisper Man comme le film qui changera sa carrière. De Niro et Keaton ont déjà largement prouvé ce qu’ils savaient faire, Michelle Monaghan continue son chemin avec sérieux et Adam Scott trouve ici un rôle un peu plus dramatique que ses habitudes. Quant à Acston Luca Porto, il est finalement la bonne surprise du film, parce que Jake aurait très facilement pu devenir un simple prétexte scénaristique alors qu’il constitue finalement le personnage autour duquel tout le récit prend son sens.
The Whisper Man est donc un thriller Netflix qui fait ce qu’on lui demande : il installe une ambiance, entretient le suspense, distribue quelques fausses pistes et nous amène jusqu’à son dénouement sans trop de dégâts. Mais une fois le générique terminé, il ne reste malheureusement pas grand-chose, si ce n’est l’impression d’avoir passé une soirée correcte devant un film qui aurait pu être beaucoup plus ambitieux.
James Ashcroft réussit son thriller sans réussir complètement son film. Il avait pourtant de belles cartes en main avec De Niro, Keaton, Monaghan, Adam Scott, un jeune acteur convaincant et surtout une histoire qui permettait de parler de la filiation, de la culpabilité, du deuil et de ces blessures que l’on transmet parfois sans même s’en rendre compte.
Mais Netflix reste Netflix : il faut que ça attire, que ça fasse frissonner et que l’on puisse rapidement passer au film suivant. The Whisper Man remplit le contrat, sans vraiment dépasser les lignes.
Bref, ça se regarde, ça fonctionne, ça fait parfois frissonner, mais ce n’est pas le genre de film qui va hanter longtemps vos nuits.
Enfin, sauf si vous avez un enfant qui parle tout seul dans sa chambre.
Là, je vous conseille quand même de vérifier.
NOTE : 11.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : James Ashcroft
- Scénario : Ben Jacoby et Chase Palmer, d'après le roman L'homme aux murmures (The Whisper Man) d'Alex North (pseudonyme de Steve Mosby)
- Musique : Colin Stetson
- Décors : Anastasia White
- Costumes : N/A
- Photographie : Peter Deming
- Montage : Christopher Tellefsen
- Production : Michael Disco, Angela Russo-Otstot, Anthony et Joe Russo
- Producteurs délégués : Tim Connors, Malcolm Gray, Mike Larocca et Marcus Viscidi
- Robert De Niro (VF : Pierre Forest ; VQ : Marc Bellier) : l’inspecteur Pete Willis
- Michelle Monaghan (VF : Marjorie Frantz ; VQ : Geneviève Désilets) : l'inspectrice Amanda Beck
- Adam Scott (VF : Alexandre Gillet ; VQ : Nicolas Charbonneaux-Collombet) : Tom Kennedy
- Hamish Linklater (VF : Yann Guillemot ; VQ : Frédéric Paquet) : Norman Collins
- Owen Teague (VF : Aurélien Raynal ; VQ : Nicolas Bacon) : Frank Carter, Jr.
- Michael Keaton (VF : Bernard Lanneau ; VQ : Tristan Harvey) : Frank Carter, Sr.
- Acston Luca Porto (VF : Bianca Tomassian ; VQ : Léon Navert) : Jake Kennedy
- Will Brill (en) : le sergent John Dyson

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