Vu le film Le Miraculé de Jean Pierre Mocky (1987) avec Jean Poiret Michel Serrault Jeanne Moreau Sylvie Joly Jean Rougerie Roland Blanche Marc Maury Jean Abeillé
On ne peut pas faire beaucoup plus anticlérical que Jean-Pierre Mocky ! Après avoir envoyé promener la religion dans Un drôle de paroissien, Mocky remet le couvert avec Le Miraculé, et cette fois il décide de se foutre totalement de la gueule des habitués de Lourdes, de leurs croyances et surtout de leurs prétendus miracles. Avec Mocky, inutile de chercher les versets de la Bible : ici, les anges ont surtout des tronches d’escrocs !
Nous voilà donc à Lourdes avec deux filous pas franchement géniaux, mais qui font des efforts. Entre Papu, faux handicapé joué par Jean Poiret, et Sabine, complice de Jeanne Moreau, voilà qu’arrive Ronald Fox-Terrier, un assureur pas très catholique au nom qui sent bon la chasse, incarné par un Michel Serrault complètement hors sol, qui s’en va en protestant à la poursuite de Papu, bien décidé à le pousser à la faute : qu’il se lève et marche… et voilà le miracle !
Fox-Terrier n’a qu’une idée en tête : coincer Papu et le pousser à la faute. Il le poursuit, le surveille, le harcèle et attend le moment où notre faux paralytique va se lever et marcher. Et lorsque Papu finit par se retrouver debout, voilà le miracle ! Lourdes peut fermer boutique, l’assurance a trouvé son prophète !
Évidemment, avec Mocky aux commandes, on ne va pas passer son dimanche à réciter des prières. Moteur ! et le réalisateur balance sa satire comme un pavé dans la vitrine. Le scénario est volontairement bordélique, les situations partent dans tous les sens et les personnages surgissent parfois comme s’ils avaient été déposés là par erreur. Mais c’est justement cette mécanique déglinguée qui fait le charme du bonhomme.
Mocky adore également s’entourer de ses habitués, ces acteurs de seconds rôles capables de voler une scène avec trois phrases et parfois une seule réplique. On passe donc d’une situation grotesque à une autre, entre plaisir, effroi et franche rigolade. C’est du Mocky pur jus : on ne sait jamais vraiment où l’on va, mais on y va quand même !
Et il faut surtout profiter du duel Poiret-Serrault, parce que le film possède une petite saveur historique : Le Miraculé sera leur dernier film en commun. Ces deux-là auront traversé ensemble une partie du cinéma français et terminé leur association sur ce magnifique pied de nez à la religion, à l’assurance et au bon goût !
Il faut replacer le film dans son époque : il y a près de quarante ans, Mocky pouvait encore tirer sur tout ce qui bougeait sans voir immédiatement débarquer les réseaux sociaux pour réclamer sa tête. Aujourd’hui, certains auraient probablement découvert dans le générique une raison supplémentaire de s’indigner.
Le Miraculé, ce n’est certainement pas du grand cinéma académique et ça tombe bien : Mocky n’en avait strictement rien à foutre. C’est une comédie anarchique, irrévérencieuse, parfois franchement limite, portée par des acteurs qui semblent prendre autant de plaisir que le réalisateur à mettre le bazar.
Alors oui, le scénario est bordélique, la réalisation est du Mocky dans le texte, les personnages sont aussi dingues que les situations, mais c’est précisément ce que l’on vient chercher. Mocky ne filme pas Lourdes, il filme surtout la connerie humaine autour de Lourdes.
Et avec Poiret, Serrault et Moreau, difficile de demander meilleure équipe pour organiser ce miracle-là. Ici, même Dieu aurait probablement demandé à être remboursé.
Du Mocky, tout simplement : méchant, provocateur, bancal, drôle, et surtout totalement libre.
Et ça, aujourd’hui, ça devient presque… un miracle !
NOTE : 12.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Jean-Pierre Mocky
- Scénario : Jean-Pierre Mocky, Patrick Granier et Jean-Claude Romer, d'après la nouvelle « Le Miracle » de George Langelaan (Nouvelles de l'Anti-Monde)
- Assistants réalisateur : Richard Debuisne, Gilbert Guichardière, Jean-Paul Massoni, Thierry Nahon
- Photographie : Marcel Combes
- Son : Philippe Combes, assisté de Frédéric Ulmann
- Musique : Jorge Arriagada et Michael Nyman (éditions musicales : IG Musique)
- Chorale A cœur joie la bressadienne sous la direction de Thierry Thiebault
- Montage : Jean-Pierre Mocky et Bénédicte Teiger, assistés de Clémence Lafarge
- Décors : Etienne Méry, Patrice Renault, Jean-Claude Sévénet, assistés de Clorinde Méry
- Costumes : Jeannine Gonzalez, assistée de Monique Tourret et Cathy Sutera
- Production déléguée : Jean Cazes et Denis Freyd
- Directeur de production : Bernard Bourgade
- Sociétés de production : Initial Groupe, Koala-Films, FR3 Films, Production Cofimage
- Société de distribution : Cannon France
DISTRIBUTION
- Michel Serrault : Ronald Fox Terrier
- Jean Poiret : Papu
- Jeanne Moreau : Sabine, dite « La Major »
- Sylvie Joly : Mme Fox Terrier
- Jean Rougerie : Monseigneur
- Roland Blanche : Plombie
- Sophie Moyse : Angelica, la "gitane"
- Marc Maury : l'abbé Humus
- Hervé Pauchon : Joulin
- Jean Abeillé : Victor
- Georges Lucas : le miraculé Dulac
- Dominique Zardi : Rondolo
- Antoine Mayor : le clown
- Olivier Hémon et Eric Dod : les Cyranos
- Gaby Agoston : le grand-père aux ballons
- Jac Berrocal : un membre de l'association
- Jean-Pierre Clami et Luc Delhumeau : les policiers
- Patrick Fontana : Ahmed
- Lisa Livane : la dame violette
- Francky Pain : Mapouletta
- Pierre-Marcel Ondher : l'Écossais
- Marie-Christine Robert : Flora
- Jacky Tertrin : Armand
- Jean-Pierre Mocky : l'homme au bandeau noir
- Pascal Ternisien : l'interne
- Philippe Gomez : l'abbé
- Sophie Berkman: la mère de Ronald Fox Terrier
- Ariane Kah : la dame nue à l'hopital

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