Vu le Film La Corde au Cou de Gus Van Sant (2026) avec Bill Skarsgård Dacre Montgommery Colman Domingo Cary Elwes John Robinson Al Pacino Myha'la Herrold Kelly Lynch Todd Gable
Saura-t-on un jour ce qu’aurait donné La Corde au cou avec Werner Herzog derrière la caméra et Nicolas Cage dans le rôle de Tony Kiritsis ?
La question restera malheureusement sans réponse, puisque Herzog et Cage avaient bien été associés au projet avant de le quitter à la suite de problèmes de calendrier.
Et quelque part, c’est presque dommage, parce qu’avec Herzog et Cage, on pouvait déjà imaginer un film complètement barré, avec Cage capable de partir en orbite autour de la planète Kiritsis et Herzog de filmer tout cela comme une expédition au bout de la folie humaine.
À la place, c’est Gus Van Sant qui s’y colle.
Et autant dire que le réalisateur n’est pas franchement dans son jardin habituel.
Van Sant, ce n’est pas vraiment le spécialiste du thriller poisseux façon années 70.
Pas de teen movie ici, pas de Will Hunting, pas de Harvey Milk, pas de quoi retrouver ses petites habitudes.
Même pas une scène de douche !
Et pourtant, le bonhomme va réussir son pari.
Le film raconte une histoire vraie survenue à Indianapolis en 1977. Tony Kiritsis, ruiné après une affaire immobilière et persuadé d’avoir été escroqué par son courtier hypothécaire, décide de régler ses comptes à sa manière. Le 8 février, il entre dans les bureaux de Richard O. Hall avec un fusil dissimulé dans un paquet et prend celui-ci en otage.
Et là, on se dit forcément : Un après-midi de chien.
Difficile de ne pas penser au film de Sidney Lumet, d’autant plus qu’Al Pacino est ici présent dans la distribution. Mais Van Sant ne cherche justement pas à refaire Lumet. Il prend cette histoire de prise d’otages et la transforme progressivement en huis clos psychologique.
Il faut cependant quelques minutes pour entrer véritablement dans le film.
La scène d'ouverture est assez incroyable : Kiritsis débarque avec son fusil dans un paquet, et on se demande immédiatement comment il a pu entrer aussi facilement.
Bon, nous sommes en 1977.
La sécurité n'était visiblement pas encore devenue une industrie nationale et la standardiste ne semble pas avoir suivi un stage au FBI !
Bill Skarsgård est formidable.
Et c'est même l'une des grandes réussites du film.
Son Tony Kiritsis n'est pas immédiatement le vieux fou furieux que l'on pourrait attendre. Il est jeune, nerveux, déterminé, presque sûr de son bon droit. Surtout, il ne semble pas vraiment chercher l'argent.
Ce qu'il veut, c'est être entendu.
Et ça change tout.
Son obsession n'est pas seulement financière : il veut raconter son histoire, faire reconnaître ce qu'il considère comme une injustice et surtout faire parler de lui.
Face à lui, Dacre Montgomery est excellent dans le rôle de Richard O. Hall, le courtier devenu prisonnier malgré lui.
Et c'est là que Van Sant devient vraiment intéressant.
Car plutôt que de transformer les deux hommes en simples victimes et bourreau, il les fait parler.
Il les observe. Il les écoute , Il les laisse exister.
Le véritable affrontement du film se déroule donc moins entre un homme armé et un otage qu'entre deux personnalités enfermées dans une situation devenue complètement folle.
Skarsgård et Montgomery forment un duo formidable.
L'un parle parce qu'il veut être entendu.
L'autre parce qu'il cherche probablement à comprendre comment il en est arrivé là.
Et plus le temps passe, plus le huis clos devient étouffant.
Pendant ce temps, dehors, c'est le grand cirque.
La police débarque. Les médias s'emparent de l'affaire. La télévision transforme la prise d'otages en spectacle. L'Amérique regarde.
Et Van Sant filme cette agitation extérieure d'une manière complètement différente de ce qui se passe dans la pièce.
À l'intérieur, c'est cadré, précis, presque clinique.
À l'extérieur, c'est flou, poussiéreux, bordélique, comme si tout le monde courait dans tous les sens sans savoir exactement ce qu'il fallait faire.
Un beau bordel organisé.
Et paradoxalement, il y a presque davantage de panique dehors que dedans.
Enfin, dedans, Hall ne passe quand même pas exactement ses meilleures vacances !
Van Sant joue beaucoup sur ce contraste entre le calme relatif du huis clos et la folie médiatique qui se développe autour.
Et entre les deux, il y a une voix.
Et quelle voix !
Celle de Fred Temple, animateur radio joué par Colman Domingo.
Dire que Domingo est formidable serait encore lui faire injure.
Il est tout simplement excellent.
Il devient la voix de cette affaire, celui qui raconte ce qui se passe sans être réellement présent au cœur de l'action.
Il transforme l'événement en feuilleton radiophonique, et Van Sant s'en sert pour montrer comment une prise d'otages peut devenir un spectacle national.
Tony n'est plus seulement un preneur d'otage.
Il devient un personnage. Une célébrité.
Presque un héros populaire pour une partie du public.
Et c'est là que le film devient beaucoup plus intéressant qu'un simple thriller.
Car Van Sant montre une Amérique fascinée par le spectacle.
Une Amérique qui regarde. Qui commente. Qui choisit son camp.
Qui transforme un homme armé en vedette médiatique.
Et tout cela résonne évidemment bien au-delà des années 70.
La scène où la police se retrouve à deux centimètres des deux hommes est d'ailleurs assez extraordinaire.
On se dit que tout pourrait basculer à chaque seconde.
Le flingue est toujours sur la tête de Hall. Le fil est toujours là. La police est là. Les médias sont là.
Et pourtant personne ne semble véritablement contrôler la situation.
C'est probablement l'image parfaite du film : tout le monde est présent et personne ne sait réellement quoi faire.
Van Sant réussit ainsi quelque chose d'assez surprenant : transformer une histoire de prise d'otages en véritable étude psychologique sans perdre la tension.
Et lorsque le film finit par nous offrir son coup de théâtre, il arrive au bon moment.
On peut enfin souffler. Un peu.
Parce que pendant une bonne partie du film, Van Sant nous enferme littéralement avec ses personnages.
Et ce qui est assez étonnant, c'est que ce réalisateur que l'on n'attendait absolument pas dans ce genre réussit finalement à imposer sa personnalité.
Il ne cherche pas à faire du Lumet.
Il ne cherche pas à faire du thriller spectaculaire.
Il fait du Gus Van Sant.
Même dans une histoire qui semble, sur le papier, très éloignée de son cinéma.
Et c'est peut-être justement là que le film fonctionne.
Il faut aussi parler d'Al Pacino.
Il joue M. L. Hall, le père de Richard, et forcément, sa présence provoque immédiatement un petit retour en arrière.
Pacino dans une prise d'otages.
Pacino dans un film qui évoque Un après-midi de chien.
Le clin d'œil est énorme.
Mais malheureusement, Pacino est ici nettement moins en forme que De Niro dans les films où ce dernier continue à venir nous rappeler qu'il sait encore faire autre chose que des seconds rôles de vieux mafieux.
Pacino n'est pas mauvais, loin de là, mais ce n'est certainement pas son rôle le plus performant.
Il est davantage une présence qu'un véritable moteur du film.
Et ce n'est finalement pas très grave, parce que le film appartient surtout à Skarsgård, Montgomery et Domingo.
Trois acteurs qui portent chacun une partie différente de cette histoire.
Skarsgård pour la folie et la détermination.
Montgomery pour la peur et l'enfermement.
Domingo pour le spectacle médiatique.
Et Van Sant au milieu pour mettre tout ce petit monde sous pression.
Alors oui, La Corde au cou demande un petit temps d'adaptation.
Mais une fois que l'on est enfermé avec Kiritsis et Hall, difficile de sortir.
Le film est tendu, électrique, parfois drôle, souvent inquiétant et surtout très humain dans sa manière de regarder ses personnages.
Reste évidemment cette question qui me trotte dans la tête :
qu'aurait donné le film de Werner Herzog avec Nicolas Cage ?
Avec ces deux-là, il y avait probablement matière à fabriquer un OVNI cinématographique.
Cage aurait pu transformer Kiritsis en bombe humaine et Herzog aurait peut-être filmé cette histoire comme une plongée dans la folie américaine, entre documentaire, cauchemar et farce métaphysique.
Mais finalement, ce n'est pas ce film-là que nous avons.
Nous avons celui de Gus Van Sant.
Et Van Sant réussit quelque chose d'assez gonflé : sortir de sa zone de confort sans perdre complètement ce qui fait son cinéma.
Il écoute ses personnages. Il les regarde. Il les laisse parler.
Et derrière le thriller, il peint une société fascinée par ses propres catastrophes.
Le plus étonnant est donc peut-être que La Corde au cou fonctionne justement parce que Van Sant n'essaie pas de devenir Herzog.
Il reste Van Sant.
Mais un Van Sant sous tension.
Et maintenant reste une autre question :
a-t-il réussi son pari au risque de perdre une partie de ses fidèles ?
Parce qu'après un film pareil, ceux qui attendaient le Van Sant qu'ils connaissaient vont peut-être se demander où est passé leur réalisateur.
Moi, je dirais simplement qu'il est là.
Il a juste changé de pièce.
Et cette fois, il a pris soin de fermer la porte derrière lui.
NOTE ; 14.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Gus Van Sant
- Scénario : Austin Kolodney
- Musique : Danny Elfman
- Décors : Stefan Dechant
- Costumes : Peggy Schnitzer
- Montage : Saar Klein
- Photographie : Arnaud Potier
- Production : Noor Alfallah, Remi Alfallah, Mark Amin, Andrea Bucko, Tom Culliver, Cassian Elwes (en), Joel David Moore, Matt Murphy, Paula Paizes et Sam Pressman
- Production exécutive : Rishi Bajaj, Tiffany Boyle, Lee Broda, Lara Clear, Svetlana Dali, Jon Gosier, Matt Hartley, Alan Helene, Billy Hines, Christopher Hines, Nini Le Huynh, Kyle Kaminsky, Austin Kolodney, Vladislav Lapidus, Robert K. MacLean, Nathan Mardis, Michael Merlob, William Nobel, Julie Pacino, Veronica Radaelli, Elsa Ramo, Nick N. Raslan, Dan Reardon, Jeff Rice, Eyal Rimmon, Jordan Claire Robbins, Emily Hunter Salveson, Divya Shahani, Steven Sims, Oliver Trevena et Cami Winikoff
- Sociétés de production : Elevated Films, Balcony 9 Productions et Pressman Films
- Société de distribution : ARP Sélection (France)[]
- Pays de production :
États-Unis
DISTRIBUTION
- Bill Skarsgård : Tony Kiritsis (en)
- Dacre Montgomery : Richard Hall
- Colman Domingo : Fred Temple
- Cary Elwes : détective Michael Grable
- Al Pacino : M. L. Hall
- John Robinson : John le caméraman
- Myha'la Herrold : Linda Page
- Kelly Lynch : Mabel Hall
- Todd Gable : chef Gallagher
- Jordan Claire Robbins : Doreen
- Neil Mulac : Patrick Mullaney
- Michael Ashcraft : George Martz
- Maresha Robinson : la femme de Fred
- Mark Helms : Frank Love
- Neil Mulac : agent Patrick Mullaney
- Daniel R. Hill : Jimmy Kiritsis

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire