Vu le film Urchin de Harris Dickinson (2025) avec Frank Dillane Megan Northam Amr Waked Harris Dickinson Karyna Khymchuk Shonag Marie
Pour son premier film en tant que réalisateur, Harris Dickinson — qui est aussi, rappelons-le, un excellent acteur — nous offre une ode au courage et à l’abnégation avec Urchin, en suivant Mike, un jeune homme qui va essayer de s’en sortir après s’être lui-même enfoncé dans une véritable spirale de destruction entre violences, drogues et alcool, qui l’ont amené très jeune dans la rue et sans ressources.
Urchin, en argot anglais, peut désigner un jeune vagabond ou mendiant, mais le mot signifie aussi oursin. Et là, le titre prend tout son sens : Mike, comme l’oursin, sort ses piquants dès qu’on essaie de l’approcher et se met en boule pour se protéger.
Oh bien sûr, ce n’est pas Spider-Man, qui s’en sort toujours à la fin en sautant d’un immeuble à l’autre ! Mike, lui, fait des conneries, replonge, se saborde et semble parfois être son propre pire ennemi. Mais il possède un vrai charme et une vraie sympathie qui font que, malgré ses conneries, on a envie de l’aider, ce con !
Et ce n’est pas simple. La drogue, l’alcool, la rue, la solitude et les vieux démons n’aident pas vraiment à reconstruire une vie. Mike va pourtant tenter de reprendre les choses en main après son passage par la prison, aidé notamment par les services sociaux. Mais vouloir s’en sortir et réussir à s’en sortir, ce sont deux choses complètement différentes.
Dickinson a justement le talent de ne pas trop appuyer, juste ce qu’il faut. On va dire qu’il tape moins fort qu’un Ken Loach, mais cela n’en reste pas moins efficace. Il ne nous colle pas un grand panneau « ATTENTION FILM SOCIAL » devant les yeux. Il nous montre Mike, ses faiblesses, ses contradictions, ses rechutes et ses tentatives pour remonter la pente.
Le primo-cinéaste nous montre rapidement que son arc ne se contente pas de tirer une seule flèche, dans un récit bien écrit qui colle aux basques de son personnage principal, en lutte avec lui-même et avec ses addictions, mais sans négliger pour autant les protagonistes secondaires.
Et Dickinson se permet surtout de s’éloigner de temps à autre de son caractère réaliste pour quelques bouffées oniriques surprenantes, qui donnent au film une respiration différente.
Mais celui qui nous emporte véritablement, c’est Frank Dillane.
Frank Dillane, 35 ans, c’est un talent électrique et un charme aimantique. Pendant plus de 90 minutes, il nous éblouit par son talent polymorphe et nous fait croire à ce Mike paumé, attachant, énervant, fragile, violent parfois, mais toujours profondément humain.
Vous ne le connaissez peut-être pas encore, mais les fans de Harry Potter l’ont déjà croisé : à seulement 16 ans, Dillane incarnait Tom Jedusor adolescent, le futur Voldemort, dans Harry Potter et le Prince de sang-mêlé. Il est également le fils du grand Stephen Dillane.
Avec Urchin, il franchit encore un cap et a remporté le prix du meilleur acteur à Un Certain Regard à Cannes 2025, ce qui vient joliment confirmer cette impression : ce garçon-là, on risque fort d’en entendre parler encore longtemps. Il sera à l'affiche du prochain Justine Triet "Fonda" et sur qu'on va ententre parler de lui.
Et Harris Dickinson, pour son premier passage derrière la caméra, réussit quelque chose d’assez rare : il raconte la chute et la tentative de reconstruction sans transformer son personnage en victime parfaite. Mike est responsable d’une partie de ce qui lui arrive, mais cela ne signifie pas qu’il mérite de rester au fond du trou.
C’est beau, c’est touchant, c’est humain et ça nous fait découvrir à la fois un jeune réalisateur et un jeune acteur qui promet énormément.
Bonne route à eux, comme on dit.
Et surtout bonne route à Mike
Parce que non, la rue ce n’est pas le paradis artificiel que l’on pense être.
NOTE / 15.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario : Harris Dickinson
- Musique : Alan Myson
- Direction artistique : N/A
- Décors : Anna Rhodes
- Costumes : Cobbie Yates
- Montage : Rafael Torres Calderón
- Photographie : Josée Deshaies
- Production : Scott O'Donnell et Archie Pearch
- Production exécutive : Ama Ampadu, Alexandra Tynion, Olivia Tyson et Eva Yates
- Sociétés de production : British Film Institute et BBC Film
- Société de distribution : Ad Vitam Distribution (France)[]
- Pays de production :
Royaume-Uni
- Frank Dillane : Mike
- Megan Northam : Andrea
- Amr Waked : Franco
- Karyna Khymchuk : Ramona
- Shonagh Marie : Chanelle
- Harris Dickinson : Nathan

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