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mardi 26 mai 2026

14.80 - MON AVIS SUR LE FILM L'HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES DE FRANCOIS TRUFFAUT (1977)

 


Vu le Film L Homme qui Aimait les Femmes de François Truffaut (1977) avec Charles Denner Nelly Borgeaud Brigitte Fossey Geneviève Fontanel Nathalie Baye Valérie Bonnier Leslie Caron Jean Dasté


Bertrand travaille dans une entreprise d'aérodynamisme. Il est autant amoureux des femmes que de l'idée même de la femme. Pour lui, toutes les femmes sont uniques et irremplaçables. Elles sont à la fois l'œuvre de sa vie, son inspiration artistique et la cause de sa mort. Mais si Bertrand est un amoureux insatiable, c'est que deux profondes blessures sont restées en lui. Celle que lui a causé une mère distante et froide, tout d'abord, et dont il ne parviendra jamais à se faire aimer. Et puis celle que lui a infligée Véra en le quittant. Depuis que Véra est partie, Bertrand erre de femme en femme, les collectionnant pour ne pas s'y attacher. Une passion qu'il résume par ces mots :

François Truffaut était un homme à femmes, et cela se voit dans chaque plan de L'Homme qui aimait les femmes. On a souvent l'impression que Bertrand Morane n'est qu'un double à peine déguisé de son créateur. Après tout, qui d'autre que Truffaut pouvait faire dire cette phrase devenue immortelle : « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. » Une phrase née, paraît-il, pendant le tournage de Rencontres du troisième type de Steven Spielberg, dans les longues attentes entre deux prises. Rien que cette anecdote donne au film une dimension encore plus romantique et magique.

Bertrand Morane est un aventurier. Pas un séducteur flamboyant à la manière d'un héros de comédie italienne, non. Un explorateur. Un collectionneur de regards, de sourires, de silhouettes aperçues dans la rue. Aujourd'hui, ce voyeur obsessionnel qui poursuit inlassablement ses conquêtes serait sans doute regardé d'un œil beaucoup moins indulgent. Les ligues de vertu dégaineraient plus vite qu'un cow-boy dans un western. Mais Truffaut ne juge jamais son personnage. Bertrand aime les femmes par obsession, par passion, par besoin vital presque. Il les aime toutes : de la prostituée à la serveuse, de la bourgeoise bien mise à la jeune femme croisée au hasard d'un trottoir, tant que les fameux compas règlent leur trajectoire dans son regard.

L'histoire commence d'ailleurs par sa fin. Bertrand Morane meurt accidentellement et, à son enterrement, elles sont là. Des dizaines de femmes.
Certaines l'ont aimé, d'autres l'ont désiré, d'autres encore l'ont simplement croisé. Toutes reviennent passer un dernier moment avec cet homme qui aura consacré sa vie entière à les admirer. À partir de ce point de départ magnifique, Truffaut remonte le fil de son existence à travers ses souvenirs, ses conquêtes et ses écrits.

Et pour incarner cet amoureux compulsif, il fallait un acteur hors norme. Bertrand, c'est l'immense Charles Denner, avec cette voix de centaure qui semble sortir des profondeurs de la terre. Physiquement, rien ne le prédestine à devenir un irrésistible tombeur. Comme Truffaut lui-même d'ailleurs. Pourtant, par la seule force de son talent, il nous fait croire à l'impossible. Il suffit qu'il regarde une femme pour que nous comprenions pourquoi elle peut succomber.

Et quelles femmes ! Truffaut réunit un cortège de beautés et de personnalités inoubliables : Brigitte Fossey, Nelly Borgeaud, Leslie Caron, Geneviève Fontanel, sans oublier une jeune Nathalie Baye qui capte déjà la lumière. Chacune apporte une nuance différente à cette immense déclaration d'amour au féminin.

Ce qui frappe aujourd'hui, c'est à quel point le film demeure léger malgré son sujet. Truffaut filme le désir avec élégance, humour et tendresse. Jamais il ne transforme ses femmes en trophées. Elles restent libres, mystérieuses, souvent plus fortes que celui qui croit les conquérir. Bertrand passe sa vie à courir après elles sans jamais vraiment les comprendre, et c'est peut-être là toute la beauté du film.

L'Homme qui aimait les femmes est finalement moins l'histoire d'un séducteur que celle d'un homme condamné à poursuivre un rêve impossible. Être ou ne pas être, telle est la question ; Bertrand, lui, a choisi. Il sera amoureux. Toujours. Quitte à y consacrer toute sa vie. Et lorsque le générique tombe, on se surprend à penser que ce fou des femmes n'était peut-être pas si fou que cela. Après tout, il avait simplement décidé de faire de l'admiration un art de vivre

NOTE : 14.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

  • Charles Denner : Bertrand Morane
    • Michel Marti : Bertrand adolescent
  • Brigitte Fossey : Geneviève Bigey, éditrice aux éditions Betany
  • Nelly Borgeaud : Delphine Grezel
  • Geneviève Fontanel : Hélène, la vendeuse de lingerie
  • Leslie Caron : Véra, qui revient de New-York et Londres
  • Nathalie Baye : Martine Desdoits / « Aurore » (voix uniquement, non créditée)
  • Valérie Bonnier : Fabienne
  • Jean Dasté : le docteur Bicard
  • Sabine Glaser : Bernadette
  • Marie-Jeanne Montfajon : Christine Morane, la mère de Bertrand
  • Chantal Balussou
  • Nella Barbier : Liliane, la serveuse judoka et réceptionniste
  • Anne Bataille : la jeune femme à la robe frangée
  • Martine Chassaing : Denise
  • Luce Stebenne : la première employée du loueur Midi Car
  • Ghylaine Dumas : la seconde employée du loueur Midi-Car
  • Monique Dury : Monique Duteil
  • Michele Gonsalvez
  • Sabine Guilleminot
  • Christian Lentretien : l'inspecteur de police
  • Marcel Berbert : le chirurgien, mari de Delphine
  • Frédérique Jamet : la petite fille de l'escalier
  • Roger Leenhardt : M. Betany, directeur des éditions
  • Henri AgelHenry-Jean Servat : lecteurs des éditions Betany
  • François Truffaut : l'homme aux funérailles

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