Pages

samedi 16 mai 2026

11.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE VOYOU DE CLAUDE LELOUCH (1970)

 


Vu le Film Le Voyou de Claude Lelouch (1970) avec Jean Louis Trintignant Charles Denner Charles Gérard Danièle Delorme Christine Cochet Yves Robert Aldo Maccione Judith Magre Paul le Person


Simon dit « le Suisse », un gangster condamné pour l'enlèvement d'un enfant cinq ans plus tôt, parvient à s'évader de prison. Il trouve une planque et reprend contact avec ses anciens complices. Il cherche un moyen de se venger du père de l'enfant, Gallois, celui-ci ayant participé à l'organisation du rapt (afin d'escroquer la banque qui l'emploie), avant de le dénoncer à la police.

Il y a des films qui sentent immédiatement le vidéo-club, la cassette qu’on loue un vendredi soir et qu’on finit par connaître par cœur à force de rembobiner. Le Voyou fait partie de ceux-là. Pas étonnant d’apprendre que c’est un des polars préférés de Quentin Tarantino tant le film ressemble parfois à une grande cour de récréation pour amoureux du polar, des gueules et des dialogues qui avancent à l’instinct plus qu’à la logique pure.

Chez Claude Lelouch, les gens qui ne devraient jamais se rencontrer finissent toujours par se croiser au coin d’une rue, dans une bagnole ou autour d’un mauvais coup. Ici il y a Simon dit “le Suisse”, joué par un Jean-Louis Trintignant absolument parfait en voyou élégant, fatigué, malin et presque romantique malgré lui. Autour de lui gravitent les habitués de la maison Lelouch : Charles Gérard, Aldo Maccione, Yves Robert Judith Magre ou Danièle Delorme , tous donnant cette impression de bande qui se connaît depuis toujours. Même les prénoms semblent revenir d’un film à l’autre chez Lelouch : Simon, Charlot, Aldo… comme si ces personnages pouvaient continuer leurs aventures ailleurs, dans un autre film, une autre époque, une autre combine.

Le scénario lui-même aime brouiller les pistes. Lelouch dédouble son récit, joue avec le temps, perturbe volontairement le spectateur entre présent et passé. On croit suivre une histoire classique de cavale et d’enlèvement d’enfant pour récupérer du fric, puis le film bifurque sans arrêt vers autre chose : des rencontres improbables, des histoires d’amour bancales, des amitiés de truands, des hasards presque absurdes. C’est très lelouchien dans le meilleur comme dans le plus agaçant du terme. On sent le cinéaste qui s’amuse énormément avec sa narration, beaucoup plus parfois que le spectateur lui-même.

Mais même quand ça part dans tous les sens, impossible de nier le charme du film. Il y a cette photographie très années 70, ces ballets hors-sol typiques de Lelouch où les personnages semblent flotter dans un monde parallèle, entre polar réaliste et rêverie sentimentale. Et puis il y a surtout la musique de Francis Lai qui enveloppe tout ça avec cette mélancolie immédiatement reconnaissable, capable de rendre poétique un simple trajet en voiture ou une conversation de bistrot.

Le film avance comme une improvisation permanente. Un peu comme si Lelouch avait réuni une bande de copains acteurs avec une envie simple : faire un polar libre, élégant, parfois drôle, parfois bancal, mais vivant du début à la fin. Et c’est justement ce qui fait son charme culte. Ce n’est pas un polar millimétré à l’américaine, c’est un polar français qui roule à l’instinct, au visage, à la musique et aux coïncidences.

Moi, Lelouch s’amuse beaucoup. Moi un peu moins quand même. Parce qu’à force de vouloir perturber, de casser la chronologie et de faire se croiser tout le monde, il finit parfois par regarder son propre cinéma fonctionner avec un peu trop de satisfaction. Mais même dans ses excès, il reste impossible à confondre avec un autre. Et c’est peut-être pour ça que des cinéphiles comme Tarantino adorent ce film : ce mélange de polar, de romance, de hasard et de liberté totale, on ne le trouve que chez Lelouch.

NOTE : 11.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire