Vu le Film Robert et Robert de Claude Lelouch (1978) Ravec Jacques Villeret Charles Denner Régine Nella Bielski Jean Claude Brialy Germaine Montero Mohamed Zinet Francis Perrin Macha Méril
Robert Villiers, 27 ans, souhaitant devenir agent de circulation à Paris, est dramatiquement timide et hésitant. Robert Goldman, 48 ans et chauffeur de taxi, est très susceptible, maladivement maniaque, nerveux, crispé, asocial, et d'un caractère si difficile qu'il n'a quasiment jamais de sa vie esquissé l'ombre d'un sourire. Tous deux sont enfants uniques ayant toujours vécu chez leur mère, toutes deux veuves de longue date, et qui continuent encore à décider pour eux du moindre détail de leur quotidien
Il y a chez Claude Lelouch une façon bien à lui de faire se croiser des êtres qui, dans la vraie vie, n’auraient jamais dû partager autre chose qu’un regard dans la rue ou une porte qui se referme trop vite. Dans Robert et Robert, il reprend cette mécanique qu’il aime tant : le hasard, les rendez-vous ratés, les vies bancales, les solitudes qui se cognent et qui finissent par se tenir debout ensemble. Du pur Lelouch.
Cette fois, pas de flamboyance romantique ni de grands destins, mais deux pauvres types de la quarantaine qui semblent avoir raté le train de la vie. Et c’est justement ce qui rend le film touchant. . Lelouch va chercher deux acteurs totalement opposés : Son Robert c’est Charles Denner et l’autre Robert c'Jacques Villeret, et c’est ce duo improbable qui fait toute la beauté du film.
Villeret, c’est la douceur maladroite absolue. Un homme timide, hésitant, presque perdu dans le monde, qui rêve de devenir agent de la circulation — drôle de rêve quand même — comme si mettre un peu d’ordre dans les voitures pouvait enfin mettre de l’ordre dans sa vie. Il a ce regard d’enfant inquiet que Villeret savait rendre bouleversant sans jamais forcer. En face, Denner est tout l’inverse : sec, nerveux, crispé, maniaque, asocial, toujours au bord de l’explosion intérieure. Un homme qui semble incapable d’aimer les autres parce qu’il ne sait déjà pas se supporter lui-même.
Et puis Lelouch leur ajoute le même boulet aux pieds : leurs mères. Deux femmes possessives, envahissantes, étouffantes, interprétées par Régine et Germaine Montero. Célibataires endurcis, prisonniers d’un quotidien minuscule, ce ne sont clairement pas leurs mamans qui vont les aider à ouvrir les fenêtres. Lelouch filme ça avec humour mais aussi une vraie cruauté douce-amère : ces hommes sont restés des enfants coincés dans des corps d’adultes.
Leur première rencontre dans une agence matrimoniale est typiquement lelouchienne. Deux trajectoires pathétiques qui se frôlent avant de finir par créer une amitié improbable. À partir de là, le film avance par petits riens, par coïncidences, discussions, déambulations, instants suspendus. Chez Lelouch, les scénarios tiennent souvent moins par l’histoire que par le mouvement des êtres. Et quand ça fonctionne, comme ici, on accepte de se laisser porter.
Le film tient surtout par ce formidable duo Denner/Villeret. Ils sont tellement différents qu’ils se complètent à merveille. L’un est tendu comme un câble électrique, l’autre flotte dans la vie comme un ballon mal attaché. Lelouch comprend parfaitement ce qu’ils dégagent humainement et les laisse exister sans les écraser sous la mise en scène. On sent une vraie tendresse pour ces losers magnifiques.
Ce n’est sans doute pas le meilleur Lelouch, il manque peut-être un peu de souffle ou cette montée émotionnelle foudroyante qu’il réussit parfois ailleurs, mais on est en terrain connu. Hasards, rencontres, musique, personnages paumés qui cherchent maladroitement un peu d’amour ou simplement quelqu’un qui les écoute. Du pur Lelouch. Avec cette idée qu’au fond les êtres les plus cassés sont parfois ceux qui ont le plus besoin des autres.
Et puis voir Jacques Villeret avant les grands rôles populaires qu’on lui connaîtra plus tard a quelque chose de fascinant. Il possède déjà cette fragilité unique, cette manière d’être drôle et triste dans le même regard. Quant à Charles Denner, il apporte une nervosité presque douloureuse qui donne au film sa colonne vertébrale.
Robert et Robert ressemble finalement à une promenade mélancolique chez des hommes qui n’ont jamais vraiment appris à vivre. Une chronique de la solitude masculine avant l’heure, avec l’humour tendre et les coïncidences romanesques de Lelouch. Pas un chef-d’œuvre peut-être, mais un film profondément humain, bancal parfois, sincère souvent, et porté par deux acteurs qu’on regarde avec un mélange de rire et de tristesse.
NOTE : 11.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Claude Lelouch, assisté d'Emmanuel Gust
- Scénario : Claude Lelouch
- Musique : Francis Lai et Jean-Claude Nachon
- Costumes : Colette Baudot
- Société de production : Les Films 13
DISTRIBUTION
- Charles Denner : Robert Goldman (l'Homme d'Affaires)
- Jacques Villeret : Robert Villiers (le Héros)
- Jean-Claude Brialy : Jacques Millet, le directeur de l'agence matrimoniale (le Marchand d'Esclaves)
- Nella Bielski : Mme Millet, la directrice de l'agence, épouse de Jacques
- Régine : la mère de Robert Villiers (le Rêve de l'Homme d'Affaires)
- Germaine Montero : la mère de Robert Goldman (la Concierge de Luxe)
- Mohamed Zinet : Ali Salem, le (futur) marié
- Arlette Emmery : Arlette Poirier, la (future) mariée
- Francis Perrin : Francis Michaud, le candidat au rachat de l'agence (le Futur Marchand d'Esclaves)
- Joséphine Derenne : Josette Michaud, l'épouse de Francis
- Macha Méril : Agathe, présentatrice du live-show (le Rêve du Héros)
- Arlette Gordon : Madame Zorca, "voyante attitrée de la Reine d'Angleterre"
- Marie-Pierre de Gérando : le gendarme instructeur
- Claudio Gaya : l'arbitre du life-show
- Hervé Jolly : le client du life-show
- Marcelle Ranson-Hervé : l'examinatrice au permis de conduire
- Guy de la Passardière : le professeur de danse
- Bruno Coquatrix : lui-même
- Michèle Morgan : elle-même
- Patricia Cartier : inscrite, à l'agence matrimoniale (non créditée)
- Jean Abeillé : inscrit, à l'agence matrimoniale (non crédité)
- Michel Bonnet : la personne coincée dans les grilles du métro
- Romain Bouteille et Rufus : deux participants au bal (non crédités)
- Bertrand Mayeux : le chauffeur du bus (non crédité)

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