Vu le film #MilleMilliardsdeDollars de Henri Verneuil (1982) avec Patrick Dewaere Any Duperey Fernand Ledoux Robert Party Mel Ferrer Caroline Cellier Charles Denner Camille Clavel Jeanne Moreau Jacques François Michel Auclair Jean Laurent Cochet Rachid Ferrache André Falcon Edith Scob Jean Pierre Kalfon Marc Eyraud
Grand reporter au journal La Tribune, Paul Kerjean reçoit un appel téléphonique d'un informateur anonyme, qui lui donne rendez-vous dans un parking désert. Son interlocuteur l'informe que l'industriel et politicien Jacques Benoît-Lambert aurait reçu des pots-de-vin pour céder l'entreprise « Electronique de France », à la tête de laquelle il vient d'être nommé, à la multinationale américaine GTI. Après avoir eu confirmation des accusations en approfondissant son enquête, en interrogeant l'épouse trompée de JBL et le détective privé engagé par cette dernière pour suivre ce dernier et sa maîtresse, Laura Weber, Kerjean fait publier son article qui connaît un énorme retentissement et provoque un scandale.
Mille Milliards de Dollars de Henri Verneuil, c’est le genre de polar politique qui ne cherche pas à faire joli : il cogne, il dérange, et surtout, il reste en tête. Un grand film, un vrai, avec cette patte Verneuil immédiatement reconnaissable, presque signature à chaque scène, comme dans I… Comme Icare. On est en terrain connu, mais jamais en terrain confortable.
L’histoire suit Paul Kerjean, journaliste à La Tribune, qu’on envoie enquêter sur un suicide un peu trop propre pour être honnête. Très vite, ça sent le roussi, et pas qu’un peu : derrière, il y a une multinationale américaine, tentaculaire, froide, méthodique. Et Kerjean, lui, ancien journaliste de province, va faire ce que les autres ne font plus : creuser. Quitte à se mettre tout le monde à dos. Ses patrons, frileux comme jamais — plus encore que les enquêteurs des Hommes du Président auxquels on pense forcément — préféreraient qu’il regarde ailleurs. Mauvais client.
On retrouve là le thème cher à Verneuil : un homme seul contre un système. Et pas un système abstrait, non, un système incarné, organisé, huilé. Comme dans Icare ou Le Serpent, il y a cette scène “en marge” qui dit tout : ici, ce fameux week-end de séminaire d’une filiale française d’une multinationale américaine. Moment presque suspendu, glaçant, qui éclaire les comportements, les compromissions, les renoncements. Du grand Verneuil.
Et au centre, il y a Patrick Dewaere. Parfait, comme d’habitude, mais ici différent. Moins tête brûlée, moins écorché vif à fleur de peau. Il est droit comme un I, ancré dans ses convictions, presque rigide moralement. Et ça le rend encore plus fort. On le sent fatigué du monde, mais incapable de lâcher. Clairement un de ses meilleurs rôles.
Autour de lui, que du solide. Jean-Pierre Kalfon, Michel Auclair, Charles Denner ou André Falcon , Jeanne Moreau et le fidèle Robert Party — tous impeccables. Pas un de trop, pas un qui cabotine. Chacun apporte sa pièce à l’édifice. Et puis cette petite touche “Verneuil” : une vedette américaine, Mel Ferrer, comme dans Icare. Classe, froide, presque clinique. Sans oublier le très furtif Rachid Ferrache, clin d’œil discret mais marquant.
Verneuil film chirurgicale. Il ne fait pas dans l’esbroufe. Il cadre, il pose, il laisse les scènes respirer, puis il serre la vis. Pas d’effets inutiles, mais une tension constante. On sent le piège se refermer lentement. Le montage est précis, jamais démonstratif, toujours efficace.
Dense, documenté, engagé sans être lourd. Ça parle de pouvoir, d’argent, de manipulation, de presse muselée — et ça reste d’une actualité presque insolente. Chaque dialogue sonne juste, chaque révélation fait mouche.
Et puis la musique de Philippe Sarde. Parfaite. Elle ne souligne pas, elle accompagne. Elle glisse dans les scènes, elle installe une atmosphère, elle renforce sans écraser. Exactement ce qu’il faut.
Je me souviens encore de la première fois où je l’ai vu, au Grand Rex. Claque immédiate. Ce genre de film qui te prend sans te lâcher et qui te laisse avec un goût un peu amer, mais nécessaire.
Un grand polar, un vrai. Engagé, tendu, incarné. Du Verneuil pur jus. Et franchement, ça fait du bien.
NOTE ; 15.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Henri Verneuil
- Scénario : Henri Verneuil, d'après Gare à l'intoxe ! de Lawrence Meyer[2]
- Musique : Philippe Sarde
- Décors : Jacques Saulnier
- Costumes : Jacqueline Moreau
- Photographie : Jean-Louis Picavet
- Son : Serge Deraison
- Montage : Pierre Gillette
- Production : les productions Henri Verneuil
- Direction de production : Jacques Juranville
- Sociétés de production : Films A2, SFP Cinéma et V. Films
- Société de distribution : AMLF
- Patrick Dewaere : Paul Kerjean
- Caroline Cellier : Hélène Kerjean
- Charles Denner : Walter, le détective privé
- Robert Party : Jacques Benoît-Lambert, dit « JBL »
- Camille Clavel (doublé par Jackie Berger) : Bastien Kerjean
- Jeanne Moreau : Mme Benoît-Lambert
- Anny Duperey : Laura Weber, la maîtresse de JBL
- Mel Ferrer : Cornelius « Nell » Abel Woeagen, président de GTI
- Jacques François : Fred Great
- Michel Auclair : Michel Saint-Claude, directeur de GTI-Europe
- Jean-Laurent Cochet : Serge Hartmann, directeur de La Tribune
- André Falcon : Pierre Bayen, rédacteur en chef
- Édith Scob : Mme Bronsky
- Rachid Ferrache : Éric Bronsky
- Jean-Pierre Kalfon : Bronsky puis Stan Hankins, l'informateur tueur
- Fernand Ledoux : M. Guérande
- Marc Eyraud : Sylvestre
- Jean Mercure : Joachim Holstein, directeur de GTI-Autriche
- Jacques Maury : Jack Sleiter, un directeur de GTI
- Jean Claudio : Vittorio Orta, directeur de GTI-Italie
- Claude Vernier : Dr Gerhart Kramer
- Hans Verner : Kurt Van Schroeder
- Edmond Bernard : Ralph Van Lubeck
- Jacqueline Doyen : Arlène Robert
- Claude Marcault : la secrétaire de Kerjean
- François Viaur : l'employé de l'hôtel
- Jacques David : le commissaire de police
- Pierre Londiche : l'interprète français au tribunal
- Roger Comte
- Marie-Pierre Casey
- Yvonne Dany
- Marie-Christine Rolland : secrétaire de l'agence Walter

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