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samedi 2 mai 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM HURRICANE DE JOHN FORD (1937)

 


Vu le Film Hurricane de John Ford (1937) avec Dorothy Lamour Jon Hall Mary Astor C. Aubrey Smith Thomas Mitchell Raymond Massey Jerome Cowan John Carradine 

Une petite île du Pacifique. Deux indigènes Marama et Terangi se marient. Lors d'une escale à Tahiti, Terangi frappe un homme blanc qui l'insulte et est condamné à six mois de prison. Par six fois il tente de s'évaderchaque tentative le condamnant à deux années supplémentairesfinalement sa légère peine initiale totalise 16 ans de prison. Il parvient lors d'une ultime tentative à s'enfuir. 

Lorsqu'il rejoint son épouse il trouve son enfant qu'il n'avait jamais vu et qui est déjà âgé de 8 ans. C'est alors qu'un terrible ouragan ravage la petite île  il s'était réfugiéTerangi se porte au secours de la population... 

Parler de The Hurricanec’est rappeler que John Ford n’est pas seulement le poète des grands espaces poussiéreux, mais aussi un metteur en scène capable de faire rugir l’océan comme personne. Le Goat éternel n’a pas seulement filmé le désert et ses habitants : il sait aussi filmer un autre univers, plein d’eau, de sel, de violence et de fatalité. 

Nous voilà propulsés dans les îles du Pacifique Sud, décor paradisiaque qui ne va pas tarder à devenir un piège. Deux êtres y vivent d’amour et d’eau fraîche — et pour le coup, surtout d’amour : Marama, incarnée par Dorothy Lamour, et Terangijoué par Jon Hall. Couple solaire, innocent, presque irréel dans sa simplicité. Mais évidemment, chez Ford, le bonheur pur est une provocation faite au destin. 

Tout bascule lors d’une escale : Terangi frappe un homme. Geste impulsifpresque anodin à ses yeuxmais qui va déclencher une mécanique infernale. Car l’homme ne peut pas rester en place. Il s’évade. Une fois. Deux foisPlusieurs foisToujours pour retrouver sa belle — et franchementquand c’est Dorothy Lamour, on comprend l’obstination. Ford transforme cette fuite en tragédie humaine, répétitivepresque absurde la liberté devient une obsession et la justice une machine aveugle. 

Puis vient la mer. Et , changement de registre : on passe du drame au mytheTerangi s’évade encore, cette fois par l’océan, sur un radeau de fortune. Il affronte les éléments, une mer déchaînée, des vagues qui semblent vouloir avaler le cadre lui-même. Et exploit suprême : il reste torse nu tout le long… sans attraper une bronchite. (On est au cinéma, heureusement.) 

Huit ans passent. Le temps a fait son œuvre. Il retrouve son enfant, qui a bien grandi — et oui, on peut pleurer un peu. Ford, sans en faire trop, capte cette émotion brute, presque pudique, qui contraste avec la violence du reste. Mais comme Terangi est un véritable porte-poisse, le destin n’en a pas fini avec lui. 

L’île est alors frappée par un ouragan d’une violence inouïe. Et c’est ici que le génie de Ford explose littéralement à l’écran. La mise en scène devient spectaculaire, impressionnante, anxiogène. Le vent hurle, les décors se disloquent, la nature reprend ses droits dans une fureur presque biblique. On ne regarde plus un film : on subit une tempête. 

Ford filme l’apocalypse avec une maîtrise totaleChaque plan est penséchaque mouvement de caméra amplifie la tension. On sent le chaos, mais jamais la confusion. C’est lisible, puissant, presque physique. Sur terre comme sur mer, il teste le Goat absolu — et il gagne. 

Jon Hall incarne parfaitement cette force brute, ce mélange de naïveté et de détermination aveugle. Il traverse le film comme un élément naturel lui-même. Et face à lui, Dorothy Lamour apporte la douceur, la fidélité, une présence lumineuse qui ancre le récit dans l’émotion. Leur duo fonctionne sans artifices, avec une sincérité désarmante.. 

Ford joue sur une fatalité implacable. Chaque tentative de fuite rapproche Terangi de sa chute. Chaque espoir est balayécomme les cabanes sous l’ouragan. Et pourtant, Ford ne sombre jamais dans le cynisme. Il y a toujours, au cœur du chaos, une forme de dignité humaine. 

“Hurricane” est un grand film d’aventureouiMais surtout un drame d’une intensité rare. Un film qui vous emporte, vous secoue, vous laisse un peu vidé — comme après une tempête. 

Et une fois de plus, John Ford prouve qu’il n’est pas seulement un grand réalisateur. Il est un élément naturel.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE

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