Vu le Mélodie pour un Meurtre (Sea of Love) de Harold Becker (1989) avec Al Pacino Ellen Barkin John Goodman Samuel L.Jackson Michael Rooker Richard Jenkins William Hickey Paul Calderon
À New York. En l'espace d'une semaine, deux hommes qui organisaient leurs rendez-vous amoureux par l'entremise d'un magazine spécialisé sont assassinés. Frank Keller, un policier intègre, mais usé depuis sa rupture avec sa femme, est chargé de l'enquête. Il organise alors des rencontres avec les nombreuses correspondantes des victimes. C'est ainsi qu'il va rencontrer Helen dont il tombe amoureux, mais qu'il ne peut s'empêcher de soupçonner d'être la meurtrière.
“Mélodie pour un meurtre” de Harold Becker, c’est mon polar doudou. Le genre de film que tu relances en te disant “juste une scène”… et tu te retrouves embarqué jusqu’au bout, comme la première fois. Un polar bien ancré dans cette Amérique des années 80, moite, urbaine, un peu fatiguée, où les flics traînent leurs blessures autant que leurs enquêtes.
Le scénario de Richard Price est une mécanique fine, presque vicieuse. Une enquête simple en apparence : des hommes blancs assassinés après avoir passé des annonces dans un magazine. Mais très vite, ça glisse. Et l’inspecteur Frank Keller, joué par Al Pacino, s’enfonce dans quelque chose de plus trouble. Keller, c’est un flic usé, en plein divorce, à fleur de nerfs. Il ne mène pas seulement une enquête, il cherche à combler un vide.
À ses côtés, il y a Sherman, incarné par John Goodman. Et ce duo, c’est un des vrais plaisirs du film. Goodman apporte une humanité, une chaleur, presque une normalité qui contraste avec la dérive de Keller. Leur complicité sonne juste, jamais forcée.
Leur idée : piéger la tueuse en passant les mêmes annonces. Et là, le film bascule dans quelque chose de presque fascinant. Le défilé des femmes, toutes plus ou moins en quête de sensations, devient un moment de cinéma en soi. Un mélange de malaise, d’ironie, et de vérité crue. C’est brillant.
Et puis il y a Helen. Ellen Barkin. Dès qu’elle apparaît, le film change de dimension. Keller la soupçonne immédiatement. Tout colle. Trop peut-être. Et pourtant… il tombe amoureux. Mauvaise idée, évidemment. Mais inévitable.
Chaque détail chez elle semble crier coupable. Le disque Sea of Love du groupe The Honeydrippers retrouvé sur les scènes de crime, présent aussi chez elle… tout converge. Tout accuse. Tout enferme Keller dans une certitude. Mais une certitude qu’il ne veut peut-être pas confirmer.
Parce que la vraie question est là : est-ce qu’il veut l’arrêter ? Ou est-ce qu’il préfère rester dans ce mensonge dangereux, quitte à finir avec un couteau dans le dos ?
Becker et sa mise en scène est à l’image du film : sans esbroufe. Efficace, tendue, jamais démonstrative. Il ne cherche pas à impressionner, il installe. Il laisse respirer ses acteurs, ses silences, ses regards. Et ça fonctionne parfaitement. Il y a une maîtrise tranquille, presque invisible.
Et c’est peut-être ça qui rend le film aussi fort. Rien n’est forcé. Tout est à sa place.
Pacino, lui, est impérial. Pas dans l’excès, pas dans la démonstration. Il joue sur la corde raide, entre obsession, désir et fatigue morale. Un rôle à hauteur d’homme, fragile, trouble. Et clairement, un film qui a contribué à relancer sa carrière. On ne le remerciera jamais assez pour ça.
Face à lui, Ellen Barkin est magnétique. Ambiguë jusqu’au bout. Jamais totalement lisible. Elle attire, elle inquiète, elle échappe. Le duo fonctionne à merveille, avec une tension presque physique.
“Mélodie pour un meurtre”, c’est un film pas loin du chef-d’œuvre. Un polar qui ne cherche pas à en faire trop, mais qui vise juste. Une histoire simple en surface, mais profondément trouble dans ses intentions.
Et surtout, un film qui te rappelle qu’une bonne enquête, ce n’est pas seulement trouver la vérité. C’est aussi savoir si on est prêt à la regarder en face.
NOTE : 16.80
FICHE TECHNIQUE
- Producteur : Martin Bregman
- Réalisateur : Harold Becker
- Scénariste : Richard Price
- Directeur de la photographie : Ronnie Taylor
- Prises de vues additionnelles : Adam Holender
- Musique : Trevor Jones
- Montage : David Bretherton
- Al Pacino (VF : Bernard Murat) : Frank Keller
- Ellen Barkin (VF : Virginie Ledieu) : Helen
- John Goodman (VF : Jacques Frantz) : Sherman
- Michael Rooker (VF : Richard Darbois) : Terry
- Richard Jenkins (VF : Jean-Claude Robbe) : Gruber
- John Spencer (VF : Jean-Claude Sachot) : Le lieutenant
- Paul Calderon (VF : Vincent Violette) : Serafino
- William Hickey (VF : Pierre Baton) : Frank Keller Sr.
- Michael O'Neill (VF : Philippe Peythieu) : Raymond Brown
- Ty Templeton (VF : Michel Modo) : Le groom
- Samuel L. Jackson : homme noir
- Jacqueline Brookes : la mère d'Helen
- Barbara Baxley : Mlle Allen

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