Vu le Film Le Son des Souvenirs des Oliver Hermanus (2025) avec Paul Mescal Josh O’Connor Molly Price Chris Cooper Raphael Sbarge Peter Mark Kendall Hadley Robinson Emma Canning
Lionel, jeune chanteur originaire du Kentucky, grandit aux sons des chansons que son père lui chantait sur le seuil de leur maison. En 1917, il quitte la demeure familiale et part pour étudier au conservatoire de Boston. C'est ici qu'il va faire la rencontre de David, un brillant et séduisant étudiant en composition, mais leur lien naissant est brutalement interrompu étant donné que David est mobilisé sur le front à la fin de la Première Guerre mondiale.
Il y a des films qui racontent une histoire, et puis il y a ceux qui la font résonner longtemps après. Le Son des Souvenirs de Oliver Hermanus appartient clairement à la seconde catégorie.
Après Beauty et Vivre, Hermanus semble ici faire la synthèse de son cinéma : la beauté pure des corps, des silences, des regards… et cette manière presque douloureuse de capter un moment de vie qui nous échappe déjà.
On pourrait dire que c’est lent. Oui. Mais enfin… on n’est pas dans Superman. Ici, on respire, on écoute, on ressent. Et surtout, on accepte de se laisser porter.
L’histoire, elle est simple et immense à la fois. Lionel, interprété par un Paul Mescal absolument bouleversant, jeune chanteur venu du Kentucky, rencontre David, le lumineux Josh O'Connor, étudiant en musique à Boston. Une rencontre sur les bancs d’une fac, presque anodine. Et pourtant… tout est déjà là.
Ils s’aiment. Pas pour toujours. Pas pour construire. Juste pour vivre. Le temps d’une parenthèse, d’un voyage dans les forêts du Maine, comme hors du monde.
Et là, Hermanus touche quelque chose de rare : il filme l’amour comme un souvenir au moment même où il naît.
Mais leur autre passion, celle qui les unit encore plus profondément, c’est la musique. Une quête presque mystique. À la recherche des sons folkloriques de l’État, ils enregistrent, ils écoutent, ils vibrent. Et le film bascule alors dans le sublime.
Ces moments-là… ce ne sont plus des scènes, ce sont des sensations. Cette extase que seul le beau peut provoquer.
Hermanus prend son temps, oui. Mais parce que ses personnages ne courent pas. Ils marchent. Ils cherchent. Ils doutent. Ils vivent.
Et puis l’Histoire les rattrape. 1917. David doit partir au front. Fin brutale. Sans musique. Sans adieu digne de ce nom.
Pour Lionel, ce ne sera jamais fini. Juste suspendu.
Des années plus tard, devenu musicien reconnu, il partira à sa recherche. À la recherche de David. À la recherche d’eux deux. Et surtout, à la recherche de ces enregistrements, traces fragiles d’un amour disparu.
La rencontre avec la famille de David est glaçante, austère, presque violente dans ce qu’elle ne dit pas. Et pourtant, le fantôme de David est partout.
Lionel vivra. Il réussira. Il se mariera. Il aimera ailleurs. Mais rien ne remplacera cette parenthèse. Cet amour éphémère devenu éternel dans sa mémoire.
Et c’est là que le film devient grand. Parce qu’il parle de ces amours qui ne durent pas… mais qui définissent toute une vie.
La mise en scène de Hermanus est d’une délicatesse folle. Chaque plan respire. Chaque silence pèse. Chaque regard raconte plus que mille dialogues.
Et puis il y a ses acteurs.
Paul Mescal… loin, très loin de toute image attendue (et oui, loin de Gladiator II), compose un Lionel tout en retenue, en tension intérieure. Il ne joue pas, il habite.
Face à lui, Josh O'Connor est d’une grâce presque irréelle. Leur alchimie est évidente, jamais forcée, presque documentaire. Ils ne se regardent pas : ils se reconnaissent.
À eux deux, ils élèvent le film. Ils se subliment, comme deux notes qui, ensemble, deviennent musique.
Le scénario, adapté de la nouvelle de Ben Shattuck, évite tous les pièges du mélodrame. Pas de violons inutiles. Pas de larmes faciles. Juste la vérité des émotions.
Et cette idée magnifique : l’amour comme trace sonore, comme souvenir qu’on peut presque réécouter.
Alors oui, certains diront que c’est lent. Qu’il ne se passe “rien”.
Mais en réalité, il se passe tout.
On se prélasse dans son fauteuil, on regarde, on écoute… et on se laisse envahir.
Le Son des Souvenirs n’est pas un film qu’on consomme. C’est un film qu’on traverse.
Et quand il se termine, il ne s’arrête pas. Il reste là. Comme une mélodie qu’on n’arrive plus à oublier
NOTE ; 17.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Oliver Hermanus
- Scénario : Oliver Hermanus et Ben Shattuck
- Musique :
- Photographie : Alexander Dynan
- Décors : Toni Child
- Montage : Chris Wyatt
- Son :
- Production : Lisa Ciuffetti, Oliver Hermanus, Andrew Kortschak, Sara Murphy, Thérèsa Ryan et Zhang Xin
- Coproduction :
- Société de production : Film4, End Cue, Fat City, Tango Entertainment, Closer Media, Storm City Films
- Société de distribution : Universal Pictures
- Paul Mescal (VF : Aurélien Raynal) : Lionel Worthing
- Josh O'Connor (VF : Léo Dussollier) : David White
- Molly Price : la mère de Lionel
- Raphael Sbarge : Lionel Worthing Sr.
- Chris Cooper : Lionel Worthing, âgé
- Peter Mark Kendall : Nathan
- Hadley Robinson : Belle Sinclair
- Emma Canning : Clarissa Roux
- Emily Bergl (VF : Karine Texier) : Mrs. Roux
- Briana Middleton : Mary Swain
- Gary Raymond : William Swain
- Alison Bartlett : Samantha
- Michael Schantz : Bob
- Alessandro Bedetti : Vincent

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