Vu le Film Kodachrome de Mark Raso (2017) avec Ed Harris Jason Sudeikis Elizabeth Olsen Gethin Anthony Bruce Greenwood Dennis Haysbert Rob Stewart
Benjamin Ryder, photographe de renom, est atteint d'un cancer du foie. Il ne parle plus à sa famille. N'ayant plus que trois mois à vivre, il demande à son fils de l'accompagner au Kansas jusqu'au dernier laboratoire traitant encore du film Kodachrome (Dwayne's Photo, à Parsons), avant qu'il n'arrête le développement de ce type de film, faute de chimie plus produite , afin d'y faire développer ses pellicules Kodachrome datant de plusieurs dizaines d'années.
Kodachrome, c’est d’abord une histoire de fin. Fin d’une vie, fin d’un lien, fin d’une époque aussi. Celle d’un certain rapport à l’image, au temps, à la patience. Le grand photographe Benjamin Ryder, interprété par Ed Harris, apprend qu’il est condamné par un cancer. Pas de pathos inutile, pas de violons dégoulinants : il décide simplement de faire un dernier voyage. Direction le Kansas, vers l’un des derniers laboratoires capables de développer des pellicules Kodachrome.
Et pour ce voyage, il traîne avec lui son fils, joué par Jason Sudeikis. Un fils avec qui il n’a plus vraiment de relation. Et ça se sent. Dès les premières scènes, le passif est là, lourd, installé, presque poisseux. Pas besoin de surligner, on comprend vite que ces deux-là ne se sont pas beaucoup aimés. Ou mal.
Le film fonctionne comme un road movie classique : voiture, paysages, silences, confrontations. Sauf qu’ici, tout tourne autour de cette idée simple mais forte : développer une pellicule avant qu’il ne soit trop tard. Une quête presque dérisoire à l’heure du numérique et de l’IA, mais justement, c’est là que le film trouve son sujet. La mémoire, le tangible, ce qu’on peut encore toucher avant que tout ne disparaisse dans des pixels.
Ed Harris, lui, est impeccable. Fatigué, dur, cassant, mais jamais caricatural. Il impose une présence, une autorité naturelle. Même quand il ne dit rien, il raconte quelque chose. C’est un acteur qui habite ses silences, et ici, il en a beaucoup.
En face, Jason Sudeikis me laisse plus dubitatif. Il fait le job, mais ça reste un peu en surface. On sent l’effort, mais pas toujours la profondeur. Là où Harris creuse, Sudeikis effleure. Le déséquilibre est évident, et pas forcément voulu.
Mark Raso fait un film propre. Trop propre peut-être. Ça roule, ça cadre bien, c’est lisible, mais ça manque de relief. On aurait aimé plus d’aspérités, plus de folie, quelque chose qui déborde un peu comme le personnage de Ryder. Là, tout est contenu, maîtrisé, presque sage. Un peu comme si le film n’osait jamais vraiment se salir les mains.
Tout suit une trajectoire attendue. Les étapes du voyage, les tensions, les rapprochements… rien de surprenant. Ça coche les cases du genre sans jamais les bousculer. Et c’est là que le bât blesse : il y avait matière à aller plus loin, à creuser cette relation père-fils avec plus de brutalité ou de sincérité.
Parce que l’émotion, elle est là, en filigrane. Mais elle ne déborde jamais. Elle reste coincée entre deux répliques, deux regards. On la devine plus qu’on ne la ressent pleinement.
Et pourtant, il y a de belles choses. Des moments suspendus, des idées justes sur la photographie, sur ce que ça signifie de capturer un instant. Cette obsession de vouloir figer le temps avant qu’il ne vous échappe, ça parle.
Mais voilà, “souriez pour la photo”, sauf qu’ici, le sourire reste un peu figé. Comme une image bien exposée, mais à laquelle il manquerait un peu d’âme.
Kodachrome n’est pas un mauvais film. C’est un film frustrant. Parce qu’il avait tout pour être grand : un sujet fort, un acteur immense, une vraie mélancolie en toile de fond.
Mais il reste au bord de quelque chose. Sans jamais vraiment plonger
NOTE :12.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Mark Raso
- Scénario : Jonathan Tropper
- Musique : Agatha Kaspar
- Production : Leon Clarence, Ellen Goldsmith-Vein, Dan Levine, Shawn Levy, Eric Robinson, Jonathan Tropper
- Sociétés de production : 21 Laps Entertainment Gotham Group
- Société de distribution : Netflix
- Pays de production :
États-Unis
- Ed Harris (VF : Philippe Résimont) : Benjamin « Ben » Ryder, père de Matt et photographe
- Jason Sudeikis (VF : Philippe Allard) : Matt Ryder
- Elizabeth Olsen (VF : Mélissa Windal) : Zoe Barnes, l'infirmière personnelle de Ben
- Gethin Anthony : Jasper
- Bruce Greenwood (VF : Franck Dacquin) : Dean, l'oncle de Matt et frère de Ben
- Dennis Haysbert (VF : Patrick Descamps) : Larry, le manager de Ben
- Wendy Crewson : Sarah, tante de Matt et épouse de Dean
- Rob Stewart : Lepselter
- Sebastian Pigott : Elijah
- Al Mukadam : Leo

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