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mercredi 8 avril 2026

11.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'EMPIRE DE LA TERREUR DE ROGER CORMAN (1962)



 

Vu le Film L’Empire de la Terreur de Roger Corman (1962) avec Vincent Price Peter Loore Maggie Pierce Jaime Jameson Basil Rahtbone Debra Paget 

  • Morella : Une jeune femme sortie de pension rend visite à son père qui a refusé de la connaître, la tenant responsable de la mort de sa mère, morte en couches ... 

  • Le Chat noir : Un incorrigible alcoolique dilapide l'argent du foyer dans ses virées nocturnes, au grand dam de sa belle et tendre épouse et de leur chat noir. 

Voilà, on est en plein cœur du triptyque gothique que Roger Corman consacre à Edgar Allan Poe, et ici, il ne fait pas semblant. Trois histoires, trois descentes aux enfers, trois façons de rappeler que chez Poe, la folie n’est jamais loin… et que chez Corman, elle est déjà installée, confortablement assise dans le fauteuil. 

On commence avec Morella. Un père (Vincent Price, évidemment, impérial) enfermé dans son deuil, dans sa maison qui pue la mort et la culpabilité. Sa fille revient, et là, ça sent tout de suite le roussi, pas besoin d’allumer une bougie. Price joue ça comme un possédé contenu, une élégance morbide, un regard qui dit déjà « je suis foutu mais je vais t’embarquer avec moi ». C’est du théâtre macabre, et ça fonctionne à plein régime. 

Puis Le Chat noir, probablement le segment le plus jouissif. Là, Peter Lorre débarque, et rien que sa tronche suffit à foutre le malaise. Face à lui, Vincent Price en rival décadent, et entre les deux, une guerre d’ego, d’alcool et de femmes. On est entre la farce noire et la tragédie alcoolisée. Et quand ça bascule… enfermés son ennemi héréditaire avec sa femme, dans un mur, comme un bricolage de l’horreur version artisanale. Là, Corman s’amuse, mais il serre la vis quand il faut. Le chat noir, lui, c’est le juge silencieux. Mauvaise idée de le sous-estimer. 

Dernier segment : La Vérité sur le cas de M. Valdemar. Là, on ralentit, on hypnotise. Une histoire de mort suspendue, de corps qui refuse de partir. Encore Vincent Price, mais cette fois-ci presque déjà cadavérique. Le magnétisme, la manipulation, la science qui joue avec l’au-delà… et évidemment, ça dérape. Toujours. Parce que chez Poe, on ne triche pas avec la mort, et chez Corman, on le paie cash. 

Ce qui frappe, c’est cette ambiance. Corman sait mettre l’ambiance, par ses plans serrés, sa mise en scène certes minimaliste mais tellement anxiogène avec ses ombres, ses lumières, ses bruits venant de l’au-delà. Ça bruime, ça claque des dents. On est enfermés avec ces personnages, dans leurs obsessions, leurs névroses, leurs délires. Pas d’échappatoire. 

Sans Vincent Price et Peter Lorre, un Corman ne nous ferait pas peur. Ils portent tout. Price, c’est la noblesse en décomposition. Lorre, c’est la folie à visage humain. Ensemble, c’est un carnaval de la démence. 

Corman ne cherche pas la subtilité moderne. Il va droit dans la psyché malade, dans l’obsession, dans la vengeance. C’est frontal, presque brutal, mais fidèle à l’esprit de Edgar Allan Poe. Pas une adaptation sage, non, une adaptation vécue comme un cauchemar. 

C’est exactement ce que je me faisais des films de Corman adaptés de Poe. Ceux qu’on découvrait au Brady, ou sur l’écran noir de nos nuits blanches. Et après ça, forcément… nos nuits deviennent agitées, peuplées de fous furieux qui la seule réserve qu’ils ont est qu’ils n’en ont pas. 

Un film à l’ancienne, bricolé, imparfait, mais habité. Et surtout : inoubliable dans ses visions. 

NOTE : 11.90

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