Vu le Film Simone de Andrew Nichol (2002) avec Al Pacino Rachel Roberts Catherine Keener Winona Ryder Jay Mohr Evan Rachel Wood Elias koteas Rebecca King
Viktor Taransky (Al Pacino), réalisateur hollywoodien sur le déclin, doit faire face au départ de la vedette capricieuse de son film. Comme plus aucun acteur ne souhaite travailler avec lui, son studio refuse de continuer la production. Alors qu'il s'y résigne, Taransky est abordé par Hank Aleno (Elias Koteas), informaticien loufoque et admirateur de son œuvre, qui le supplie d'utiliser son programme développé pendant huit ans et permettant de créer des acteurs virtuels parfaitement réalistes. Hank avoue qu'il est condamné à mourir dans une semaine en raison d'une tumeur à l'œil. Taransky refuse l'offre, mais quelques jours après, Aleno meurt et lui lègue le fruit de son travail via son avocat : Simulation One, qui permet de créer et modeler à souhait une actrice totalement virtuelle, Simone.
Parler de Simone, c’est un peu comme ouvrir une capsule temporelle et tomber nez à nez avec notre présent. En 2002, Andrew Niccol ne faisait pas juste un film malin, il posait déjà une question qui aujourd’hui nous saute à la gorge : qu’est-ce qui est réel quand tout peut être fabriqué ?
On suit Viktor Taransky, incarné par un Al Pacino cabotin, oui, mais surtout étonnamment fragile. Un metteur en scène sur le déclin, lâché par le box-office, abandonné par ses stars, qui voit sa carrière lui filer entre les doigts. Et là, idée de génie ou pacte avec le diable, c’est selon : il récupère un programme informatique capable de créer une actrice virtuelle parfaite. Simone est née. Ou plutôt S1m0ne. Déjà le nom dit tout : une illusion codée.
Et derrière ce visage numérique, il y a Rachel Roberts (Mme Nicchol à la Ville) à)), fantôme magnifique, présence irréelle, qui n’existe que parce qu’on veut bien y croire. Et c’est là toute la force du film : Simone n’est rien… sauf pour ceux qui la regardent.
Niccol, qui nous avait déjà balancé Bienvenue à Gattaca en pleine figure et écrit The Truman Show, continue son obsession : la fabrication du réel. Ici, il ne parle pas d’un futur lointain. Il parle de nous. De notre besoin de croire à des images. De notre facilité à tomber amoureux d’un écran.
Le scénario est d’une simplicité redoutable. Viktor crée Simone, Simone devient une star mondiale, et Viktor se retrouve prisonnier de sa propre création. Classique ? Oui. Efficace ? Terriblement. Parce que tout repose sur cette idée brillante : plus Simone devient réelle aux yeux du monde, plus Viktor disparaît.
Et Pacino s’en donne à cœur joie. Mais pas dans l’excès habituel. Ici, il est presque tendre, presque pathétique. Un homme dépassé par sa propre invention. Pas une IA, non… un humain, avec ses failles, ses mensonges, et cette peur terrible d’être remplacé.
La mise en scène, on s’en fout presque, et c’est justement ça qui est fort. Elle est au service du concept. Invisible. Comme Simone. Niccol ne cherche pas à en mettre plein la vue, il installe un malaise. Doucement. Sans bruit. Et ça fonctionne.
Et puis il y a cette dimension quasi Frankenstein. Viktor tombe amoureux de sa créature. Fasciné. Dépassé. Comme si créer la perfection revenait à signer sa propre disparition. Parce que oui, Simone est parfaite. Trop parfaite. Et c’est bien ça le problème.
Entre les sceptiques, les médias, les Oscars, Viktor jongle avec son mensonge, jusqu’au moment où la machine lui échappe. Et là, plus de contrôle. Juste la panique. Et une décision radicale à prendre pour survivre.
Le film est drôle, parfois malgré lui. Parce qu’au fond, voir tout le monde s’extasier devant du vide, ça a quelque chose de délicieusement ironique. Aujourd’hui, avec les IA, les deepfakes, les influenceurs virtuels, on rigole moins. Ou différemment.
Simone, c’est un film qui avait 20 ans d’avance. Peut-être même plus. À l’époque, on parlait de science-fiction. Aujourd’hui, c’est presque un documentaire.
Et le plus beau dans tout ça ? C’est que Niccol ne juge jamais. Il observe. Il pose la question. Et il nous laisse avec.
Alors oui, joli film. Mais surtout, film inquiétant. Parce qu’il avait raison
NOTE : 15.30
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario : Andrew Niccol
- Musique : Carter Burwell
- Photographie : Edward Lachman
- Montage : Paul Rubell
- Décors : Sarah Knowles
- Costumes : Elisabetta Beraldo (it)
- Production : Andrew Niccol
- Producteurs délégués : Bradley Cramp, Michael De Luca et Lynn Harris
- Coproducteur : Daniel Lupi
- Sociétés de production : New Line Cinema et Niccol Films
- Distribution : New Line Cinema (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France)
- Pays de production :
États-Unis
- Al Pacino (VF : José Luccioni ; VQ : Luis de Cespedes) : Viktor Taransky
- Rachel Roberts (VF : Juliette Degenne ; VQ : Isabelle Leyrolles) : Simone
- Catherine Keener (VF : Frédérique Tirmont ; VQ : Nathalie Coupal) : Elaine
- Winona Ryder (VF : Françoise Cadol ; VQ : Violette Chauveau) : Nicola Anders
- Jay Mohr (VF : Daniel Lafourcade ; VQ : François Godin) : Hal Sinclair
- Evan Rachel Wood (VF : Caroline Santini ; VQ : Catherine Bonneau) : Lainey
- Pruitt Taylor Vince (VF : Richard Leblond ; VQ : Benoit Rousseau) : Max Salyers
- Jason Schwartzman : Milton
- Jeffrey Pierce (VF : Jérémy Prévost) : Kent
- Daniel von Bargen (VF : Hervé Jolly) : le chef inspecteur
- Sean Cullen (VF : Nicolas Marié) : l'avocat Bernard
- Stanley Anderson (VQ : Hubert Fielden) : Frank Brand
- Elias Koteas (VQ : Alain Zouvi) : Hank Aleno (non crédité)
- Rebecca Romijn : Faith (non crédité)

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