Vu le Film Mapplethorpe de Ondi Timoner (2018) avec Matt Smith Marianne Rendon John Benjamin Hickey Brandon Sklennar Tina Benko Mark Moses Brian Stokes Mitchell
Mapplethorpe est un biopic sur le célèbre et sulfureux photographe américain Robert Mapplethorpe, mort du sida en 1989 et dont la vie était encore plus scandaleuse que ses photographies.
Biopic frontal, sans filtre, à l’image de son sujet : Robert Mapplethorpe, figure majeure de la photographie underground, est ici disséqué autant qu’exposé. Et il y a une logique à ça : on ne filme pas Mapplethorpe, on l’affronte.
Le film nous plonge dans le New York des années 70, cette marmite artistique où tout bouillonne, tout déborde, tout se cherche. C’est là que Mapplethorpe se construit, dans la marge, dans l’excès, dans le désir de provoquer autant que de créer. Sa relation avec Patti Smith (incarnée par Marianne Rendón) est d’ailleurs l’un des cœurs battants du film : un lien fragile, artistique, amoureux, puis inévitablement fissuré par la quête obsessionnelle de lui-même.
Et cette quête passe par le corps. Par les corps. Par le regard.
Mapplethorpe assume tout : sa bisexualité, ses explorations, ses dérives. Et oui, ça le mène dans des zones dangereuses — pas seulement socialement, mais humainement. Le film ne juge pas, mais il ne protège pas non plus. Il montre. Brut.
Timoner réalise un film étonnamment élégant. Parfois trop sage face à un sujet qui ne l’est jamais vraiment. Mais elle compense par une vraie sensibilité plastique : chaque plan semble chercher à reproduire une photographie de Mapplethorpe. C’est beau, froid, presque clinique. Photogénique, évidemment. Mais volontairement distant.
Timoner lui, suit une ligne classique de biopic : ascension, affirmation, excès, chute. Rien de révolutionnaire dans la structure, mais ça tient parce que le personnage, lui, est tout sauf classique. On aurait aimé plus de chaos, plus de folie narrative, moins de balises. Mais le film préfère rester lisible là où son sujet ne l’était pas.
Et puis il y a Matt Smith. Là, on est ailleurs. Il ne joue pas Mapplethorpe, il le canalise. Regard magnétique, présence troublante, presque mystique dans la dernière partie du film. Il donne une dimension fantomatique à la fin de vie du photographe, comme si l’image prenait définitivement le pas sur l’homme. Clairement, il porte le film sur ses épaules.
Autour de lui, Marianne Rendón apporte une vraie douceur, une humanité nécessaire. Elle est l’ancrage, la respiration, presque la conscience que Mapplethorpe refuse d’écouter.
Le film insiste aussi sur le travail artistique : le Polaroid, les compositions, les fleurs, les nus masculins. Cette obsession du contrôle, du cadre parfait, du noir et blanc comme une religion. On sent bien cette volonté de révolutionner l’image, même si le film reste parfois un peu illustratif là où il aurait pu être plus sensoriel.
“Puissant et photogénique”, oui. Mais aussi un peu trop discipliné pour un artiste qui ne l’était pas.
Reste un portrait solide, incarné, qui capte une époque et un homme sans chercher à l’excuser. Mapplethorpe dérange, fascine, et le film suit cette ligne sans trembler.
Pas un chef-d’œuvre. Mais un objet cohérent, habité, et porté par un acteur qui, lui, ne fait aucun compromis.
NOTE : 12.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Ondi Timoner
- Scénario : Ondi Timoner, Mikko Alanne et Bruce Goodrich
- Musique : Marcelo Zarvos (en)
- Photographie : Nancy Schreiber
- Montage : John David Allen, Lee Percy et Ondi Timoner
- Production : Richard J. Bosner, Eliza Dushku, Nate Dushku et Ondi Timoner
- Société de production : Boston Diva Productions, Interloper Films, Silver Lining Entertainment, You're Outta Control Pictures et Blue Creek Pictures
- Pays :
États-Unis
- Matt Smith : Robert Mapplethorpe
- Marianne Rendón : Patti Smith
- John Benjamin Hickey : Sam Wagstaff
- Brandon Sklenar : Edward Mapplethorpe
- Tina Benko : Sandy Daley
- Mark Moses : Harry Mapplethorpe
- Carolyn McCormick : Joan Mapplethorpe
- Thomas Philip O'Neill : David Croland
- Mickey O'Hagan : Tina Summerlin
- Anthony Michael Lopez : Jack Fritscher
- McKinley Belcher III : Milton Moore
- Brian Stokes Mitchell : le père Stack
- Karlee Leilani Perez : Lisa Lyon
- Kerry Butler : Holly Solomon
- Hari Nef : Tinkerbelle
- John Bolton : Harold Jones
- Christina Rouner : Janet Kardon
- Gordon Tashjian : McNenny
- Ruisdael Cintron : Gonzalo
- Erick Huertas : Javier
- Rotimi Paul : Ken Moody
- Karan Oberoi : Emilio Acquavella
- Martin Axon : Martin Axon
- Glenn Kubota : Jeffrey Lew
- Jason Lopez : Tom Baril

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