Vu le Film Le Corbeau de Roger Corman (1963) avec Vincent Price Peter Lorre Boris Kharlof Jack Nickolson Hazel Court Olive Sturgess Aaron Saxon John Dierkes Jim Jr (le Corbeau)
Au xve siècle, en Angleterre, le Dr Craven s'est retiré de la confrérie des magiciens pour pleurer Lenore, sa femme perdue. Un soir, il reçoit la visite d'un corbeau doué de parole. Celui-ci lui révèle avoir vu sa femme, bien vivante, dans le château du terrible sorcier Scarabus...
Avis sur Le Corbeau, et autant dire que dans une rétrospective Roger Corman, celui-ci est un passage obligé, presque un rite d’initiation. Adapté (librement, mais brillamment) du poème de Edgar Allan Poe, le film est une promesse : celle de voir deux maîtres de l’ombre dialoguer à travers le cinéma. Et dès les premières minutes, on est calé au fond du fauteuil… et on n’en sort plus.
Et puis il y a ce casting… mais quel casting 4 Maitres de l’Horrifique en un seul film que demande le peuple. Vincent Price (un des fidèles de Corman) en maître de cérémonie, impérial, ironique, inquiétant sans jamais forcer. À ses côtés, Peter Lorre (M.Le Maudit) parfait en magicien transformé en corbeau, mélange de couardise et de malice, toujours à la limite du grotesque sans jamais y sombrer. Et face à eux, l’immense Boris Karloff (la créature de Frankenstein), figure imposante, presque mythologique, dont la seule présence suffit à faire monter la tension. Et puis, en embuscade, le jeunot Jack Nicholson , déjà électrique, déjà inquiétant… oui, celui qui un jour prendra une hache dans Shining. On est en terrain conquis… et on n’est pas déçus.
L’histoire, elle, tient dans un écrin simple mais redoutable : le Dr Erasmus Craven (Price), ancien magicien retiré du monde depuis la mort de sa femme, vit reclus dans son château, entre deuil et souvenirs. Jusqu’au jour où… un corbeau parle. Oui, parle. Et pas pour dire bonjour. Ce volatile n’est autre qu’un ancien confrère ensorcelé, venu demander de l’aide. Et derrière cette apparition improbable, se cache une rivalité ancienne, un duel de magiciens, et une descente progressive dans un monde où la magie n’a rien de spectaculaire… mais tout d’inquiétant.
Parce que Corman ne joue pas la carte du sang. Non. Ici, tout est sensation. Tout est atmosphère. De la brume qui colle à la peau, de la poussière qui semble respirer, du vent qui hurle comme une présence invisible. Des arbres qui griffent la nuit, des branches qui semblent vivantes. Et ce château… ah ce château. Un piège. Un labyrinthe. Mal éclairé non pas pour le style, mais pour survivre. Parce qu’on sait que descendre à la cave… c’est déjà une erreur.
La mise en scène est d’une intelligence folle. Pas d’effets spectaculaires, mais une utilisation millimétrée des décors, des couleurs, des ombres. Corman transforme chaque pièce en menace potentielle. Chaque couloir devient une attente. Et quand la magie surgit, elle est presque ludique… jusqu’à devenir terrifiante.
Le scénario, lui, avance avec une fausse légèreté. Il y a de l’humour, parfois grinçant, parfois absurde, mais jamais déplacé. Un humour qui désamorce pour mieux replonger. Qui fait sourire juste avant de faire frissonner. Et derrière cette façade presque théâtrale, il y a une vraie noirceur : la perte, la jalousie, le pouvoir, la folie.
Et puis surtout… les acteurs. Toujours eux. Ils habitent le film. Ils jouent avec le décor, avec les silences, avec les regards. Price domine, Lorre amuse et inquiète, Karloff impose, Nicholson surgit. Un quatuor qui suffit à lui seul à justifier le voyage.
Corman sait s’y prendre pour nous accrocher au fauteuil… ou aux cheveux de nos compagnes ou compagnons. Et il ne lâche jamais. C’est du solide. Mais qui en doutait ?
Un film qui prouve qu’on peut faire de l’horreur sans sang, du fantastique sans démesure, et du grand cinéma avec trois bouts de décor… et quatre monstres sacrés.
NOTE : 15.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Roger Corman, assisté de Jack Bohrer
- Scénario : Richard Matheson d'après Le Corbeau d'Edgar Allan Poe
- Direction artistique : Daniel Haller
- Décors : Harry Reif
- Maquillage : Ted Coodley, Betty Pedretti
- Photographie : Floyd Crosby
- Montage : Ronald Sinclair
- Effets spéciaux : Pat Dinga
- Son : John Bury Jr.
- Montage : Ronald Sinclair
- Montage son : Gene Corso
- Montage de la musique : Eve Newman (en)
- Mixage : Aldo Ferri
- Musique : Les Baxter
- Production : Roger Corman ; Samuel Z. Arkoff, James H. Nicholson (exécutifs)
- Société de production : American International Pictures
- Société de distribution : American International Pictures
- Budget : 200 000 $
- Vincent Price (VF : Georges Aminel) : Le docteur Erasmus Craven, un magicien qui a toujours refusé l'affrontement avec Scarabus
- Peter Lorre (VF : Philippe Dumat) : Le docteur Adolphus Bedlo, un magicien médiocre transformé en corbeau par Scarabus
- Boris Karloff (VF : Jean-Henri Chambois) : Le docteur Scarabus, un magicien maléfique désireux de s'approprier les dons d'Erasmus
- Hazel Court (VF : Paule Emanuele) : Lenore Craven, la jeune épouse d'Erasmus qui a simulé la mort pour aller vivre avec Scarabus
- Olive Sturgess (en) (VF : Claude Chantal) : Estelle Craven, la fille d'Erasmus et belle-fille de Lenore, amoureuse de Rexford
- Jack Nicholson (VF : Philippe Ogouz) : Rexford Bedlo, le fils du magicien Bedlo, amoureux d'Estelle
- Connie Wallace : une servante
- William Baskin (VF : Marc de Georgi) : Grimes, le serviteur de Craven
- Aaron Saxon : Gort
- John Dierkes : Roderick Craven (non crédité)
- Mark Sheeler (non crédité)
- et, non crédité, dans le rôle du corbeau : Jim Jr.

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