Vu le Film The Humbling de Barry Levinson (2014)T avec Al Pacino Greta Gerwig Diane Wiest Charles Grondin Dan Hedaya Nina Arianda
Célèbre comédien de théâtre, Simon Axler a perdu sa joie de vivre et sa passion pour la comédie. Cependant, tout change lorsqu'il rencontre Pegeen, une jeune et provocante admiratrice avec laquelle il entame une liaison fougueuse. Alors que leur relation commence à s'intensifier, Simon a de plus en plus de mal à suivre le rythme effréné de la jeune femme qui épuise sa santé, ainsi que ses finances.
Il y a des films qui ressemblent à un chant du cygne, et d’autres à une répétition qui n’en finit plus. The Humbling, signé Barry Levinson, se situe quelque part entre les deux, et ce n’est pas forcément un compliment. Hollywood adore recycler ses mythes, leur offrir une dernière danse sous les projecteurs, et après Birdman de Alejandro González Iñárritu qui redonnait une seconde jeunesse à Michael Keaton, voilà Al Pacino en vieux lion fatigué, errant sur scène comme dans sa propre légende.
L’histoire est simple, presque trop. Simon Axler, immense acteur de théâtre, perd soudainement son talent. Plus rien ne vient, plus rien ne tient. Sur scène, c’est le vide, le trou noir, l’effondrement. Lui qui dominait William Shakespeare se retrouve à lutter avec lui-même, avec sa mémoire, avec son corps qui ne suit plus. Interné, brisé, il tente de revenir à la vie grâce à une relation improbable avec Pegeen Stapleford, incarnée par Greta Gerwig, jeune femme instable, fille d’amis, qui devient autant une béquille qu’un miroir cruel de sa déchéance.
Sur le papier, il y a de quoi faire un grand film. Une réflexion sur le vieillissement, la perte de soi, le théâtre comme dernière illusion. Mais voilà, Levinson n’est pas Iñárritu, et ça se voit. Là où Birdman virevoltait, ici tout est lourd, presque englué. La mise en scène manque d’élan, de folie, de ce petit grain de démence qui aurait pu rendre la chute d’Axler vertigineuse. On reste à distance, comme si le film lui-même n’osait pas plonger dans la tête de son personnage.
Et pourtant, Pacino est là. Toujours là. Cabotin, oui, clairement, mais c’est presque le sujet. Il joue un acteur qui ne sait plus jouer, alors il surjoue, il grimace, il force, il trébuche. Par moments, c’est bouleversant, parce qu’on ne sait plus si c’est Axler qui s’écroule ou Pacino qui fatigue. À 70 ans passés, il porte le film sur ses épaules usées, et ça craque de partout. Mais même fatigué, même à bout de souffle, il reste ce monstre sacré capable d’un regard, d’un silence, d’un frisson.
Face à lui, Greta Gerwig apporte une énergie étrange, presque décalée. Elle n’est pas là pour sauver le héros, au contraire, elle accentue son déséquilibre. Leur relation est bancale, parfois dérangeante, souvent improbable, mais elle donne au film ses rares moments de vie. On pense à Frances Ha, mais ici la légèreté a disparu, remplacée par une mélancolie un peu appuyée.
Entre drame existentiel et satire du milieu artistique, il ne choisit jamais vraiment son camp. Du coup, il flotte. Certaines idées sont bonnes, notamment cette frontière floue entre l’homme et le comédien, entre la scène et la réalité, mais elles restent à l’état d’ébauche. On aurait voulu que ça morde, que ça griffe, que ça fasse mal. Au lieu de ça, le film s’installe dans une forme de confort un peu mièvre.
Et c’est là le problème. The Humbling aurait dû être cruel, acide, presque impitoyable. Il se contente d’être triste. Levinson regarde son acteur comme on regarde une vieille photo : avec tendresse, mais sans lucidité tranchante. Résultat, le film manque de nerf, de rythme, de nécessité.
Reste cette sensation étrange : voir une légende se débattre avec le temps. Pacino malmène son image, se montre vulnérable, presque pathétique, et c’est sans doute ce qu’il y a de plus intéressant. Là où Keaton cherchait à renaître, Pacino semble accepter la chute. Et quelque part, c’est plus honnête, mais aussi plus douloureux.
Alors oui, film mineur, clairement. Un Levinson en roue libre, un scénario qui tourne en rond, une mise en scène trop sage. Mais au milieu de tout ça, il y a Pacino. Fatigué, cabotin, usé… et malgré tout, encore immense. On espère juste qu’il lui reste quelques grandes scènes à jouer, parce que celle-ci ressemble plus à une répétition qu’à un final.
NOTE : 9.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Barry Levinson
- Scénario : Buck Henry et Michal Zebede, d'après le roman Le Rabaissement de Philip Roth
- Direction artistique : Sam Lisenco
- Décors : Steven Jos Phan
- Costumes : Kim Wilcox
- Montage : Aaron Yanes
- Musique : Marcelo Zarvos (en)
- Photographie : Adam Jandrup
- Son : Mariusz Glabinski
- Production : Barry Levinson, Al Pacino et Jason Sosnoff
- Co-production : Monika Bacardi, Andrea Iervolino et Gisella Marengo
- Production exécutive : Ged Dickersin et Kristina Dubin
- Sociétés de production : Ambi Pictures et Hammerton Productions
- Société de distribution : Millennium Films
- Al Pacino (VF : José Luccioni) : Simon Axler
- Greta Gerwig (VF : Émilie Rault) : Pegeen
- Nina Arianda : Sybil
- Charles Grodin : Jerry
- Mary Louise Wilson (VF : Marie-Martine) : Madame Rutledge
- Dan Hedaya : Asa
- Dianne Wiest : Carol, la mère de Pegeen
- Billy Porter : Prince
- Li Jun Li : Tracy
- Kyra Sedgwick (VF : Déborah Perret) : Louise Trenner
- Dylan Baker : Dr. Farr

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