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dimanche 7 juin 2026

17.50 - MON AVIS SUR LE FILM LA BATAILLE DE GAULLE L'AGE DE FER DE ANTONIN BAUDRY (2026)

 


Vu le Film La Bataille de Gaulle L'Age de Fer de Antonin Baudry (2026) avec Simon Abkarian Florian Lesieur Niels Schneider Benoit Magimel Thierry Lhermitte Karim Leklou Simon Russel Beale Dan Kasosh Mathieu Kassovitz Kacey Mottet Klein Félix Kysil Anamaria Vartolomei Campbell Scott Grégo


Après l'excellente surprise du Chant du Loup, Anthonin Baudry s'attaquait à un véritable Everest cinématographique. Un projet casse-gueule comme le cinéma français en produit rarement : raconter une partie de la Seconde Guerre mondiale à travers la figure du général de Gaulle, avec un budget pharaonique, des scènes de guerre sur plusieurs continents, des personnages historiques que tout le monde croit connaître et, surtout, le risque permanent de voir le film récupéré par les débats politiques du moment.

La question était simple : Baudry allait-il se casser les dents sur le monument ou réussir là où beaucoup auraient échoué ?

La réponse est un immense OUI.

Et tant pis pour les haters professionnels qui semblent avoir un avis avant même d'avoir acheté leur billet. À chaque sortie d'un film historique, certains passent plus de temps à faire de la politique contemporaine qu'à regarder le film dont ils parlent. C'est devenu un sport national. Heureusement, le cinéma est parfois plus fort que les polémiques de comptoir.

Avant d'aller plus loin, une petite parenthèse personnelle.

Cette histoire de la Seconde Guerre mondiale ne me laisse pas indifférent. Elle fait partie de mon histoire familiale. Ma maman fut résistante et infirmière pendant le conflit. Mon père, lui, faisait partie de ceux qu'on appelle sans exagération des héros de guerre. Médaille Militaire, Croix de Guerre et bien d'autres distinctions obtenues non pas dans les bureaux mais sur le terrain. Il s'engage après la Libération de Paris dans l'armée du général de Lattre de Tassigny, dont il est d'ailleurs question dans le film. Il participera à la campagne de France et sera gravement blessé dans les Vosges après un acte de bravoure qui aurait pu lui coûter la vie.

Alors forcément, lorsque j'entre dans une salle pour voir un film consacré à cette période, je n'y vais pas seulement comme spectateur. J'y vais aussi avec une part de mémoire familiale.

Revenons à nos moutons. Et revenons à de Gaulle.

Déjà, quel titre magnifique : La Bataille de Gaulle. Un titre qui parle autant de l'homme que du pays. De Gaulle, la France, les Gaulois irréductibles, l'obstination, la résistance, le refus de plier. Tout est déjà là.

Ce qui m'a frappé immédiatement, c'est que Baudry n'a pas choisi la facilité. Il ne réalise pas un simple biopic. Il adopte la méthode des grands films historiques qui ont marqué plusieurs générations : Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il ?, ces œuvres qui racontaient la Grande Histoire à travers une multitude de destins individuels. Ici aussi, ce sont des petites histoires qui fabriquent la grande.

Au début, je dois reconnaître avoir été un peu surpris par le choix de l'acteur pour incarner de Gaulle. Simon Abkarian n'est évidemment pas le premier nom qui vient à l'esprit lorsqu'on pense au Général. Puis, petit à petit, la magie opère. Les postures, la démarche, le phrasé, les regards, les silences, les discours. Baudry filme son acteur avec suffisamment d'intelligence pour que l'on cesse progressivement de voir Abkarian et que l'on accepte de voir de Gaulle.

C'est tout l'art de la mise en scène. Mais la grande idée du scénario est ailleurs.

Le film raconte en réalité deux trajectoires parallèles. Deux Français. Deux patriotes. Deux hommes qui ne se rencontreront jamais. Et pourtant leurs destins vont finir par se croiser à travers l'Histoire.

D'un côté, Charles de Gaulle. Le fidèle. Le têtu. L'ambitieux. L'insupportable pour ses adversaires. L'indispensable pour son pays.

Depuis Londres, il mène une guerre qui semble perdue d'avance. Il doit affronter les Allemands, bien sûr, mais aussi les rivalités françaises, les ambitions personnelles, les calculs politiques, les traîtres, les vendus, les sceptiques et ceux qui considèrent qu'il n'est qu'un militairel parmi d'autres.

Autour de lui gravitent quelques hommes qui croient encore à l'impossible. Pierre Koenig, incarné par un Benoît Magimel toujours impeccable. Geoffroy Chodron de Courcel, joué intensément par Kacey Mottet Klein, personnage passionnant qui n'est autre que l'oncle de Bernadette Chirac qui vient de nous quitter . Une figure historique souvent oubliée mais essentielle dans l'entourage du Général.

Et puis il y a Churchill. Quel Churchill ! Simon Russell Beale est absolument formidable. Truculent, excessif, manipulateur, brillant, drôle et parfois exaspérant. Chaque confrontation entre Churchill et de Gaulle devient un duel de titans où deux ego gigantesques tentent de sauver le monde sans jamais être totalement d'accord sur la manière de le faire. Ces scènes sont parmi les plus réussies du film.

Baudry montre également avec beaucoup de précision les coulisses militaires de cette guerre mondiale. Les discussions stratégiques, les rivalités entre alliés, les négociations permanentes qui se jouent derrière les communiqués officiels (Appel du 18 Juin 40)

Et lorsqu'il faut passer à l'action, le réalisateur ne recule pas. Les batailles terrestres sont impressionnantes. Les affrontements navals possèdent une ampleur rarement vue dans une production française. Les séquences aériennes sont spectaculaires.

Quant aux combats dans le désert, ils atteignent parfois une dimension épique qui rappelle les grandes fresques anglo-saxonnes.

Impossible également de ne pas évoquer Bir Hakeim, cette bataille devenue l'un des symboles de la France Libre. Face à l'Afrika Korps de Rommel, les hommes du général Koenig vont tenir contre toute attente et offrir à De Gaulle l'une de ses premières grandes victoires morales. Une poignée d'hommes qui rappelle que parfois l'Histoire bascule grâce à ceux qui refusent simplement de céder.

Le plus remarquable reste sans doute l'utilisation des effets numériques. Pour une fois, ils sont presque invisibles. Ils servent le récit au lieu de chercher à épater la galerie.

De l'autre côté du film, il y a Fernand Bonnier de La Chapelle. Et quelle trouvaille scénaristique. Ce jeune Français de vingt ans devient le contrepoint parfait de de Gaulle. Même idéal. Même détermination.Même refus de la défaite. Simplement à une autre échelle.

Là où de Gaulle agit sur l'échiquier mondial, Fernand agit seul, guidé par sa conscience. Son histoire est fascinante. Admirateur du Général qu'il ne rencontrera jamais, il est convaincu qu'il faut empêcher l'ennemi de gagner cette putain de guerre. Et pour lui, cela passe par un acte radical. L'assassinat à Alger du général Darlan.

Darlan, personnage complexe de cette période, passé de la collaboration au ralliement aux Alliés. Mais pour Bonnier de La Chapelle, un traître reste un traître. Il ne doute jamais. Son geste changera le cours de plusieurs événements politiques et militaires. Il sera fusillé peu après. Puis réhabilité après la guerre. Une destinée tragique digne des grands romans historiques.

Et pour joué Bonnier de la Chapelle une véritable révélation  Florian Lesieur. Jeune acteur de la vingtaine que je ne le connaissais absolument pas. J'ai découvert après coup son passage dans Plus belle la vie. Comme quoi il ne faut jamais enfermer un acteur dans une étiquette.

Ici, il est extraordinaire. Chaque apparition capte l'attention. Chaque scène gagne en intensité lorsqu'il est à l'écran. Il apporte à son personnage une sincérité, une fragilité et une détermination qui rendent son parcours bouleversant. C'est probablement la plus belle découverte du film.

Grâce à cette double narration, Baudry réussit quelque chose d'intelligent : chacun peut entrer dans le récit par une porte différente.

Le film montre aussi à quel point la guerre n'est pas seulement une affaire de champs de bataille. La figure de Darlan en est le parfait exemple. Ancien pilier du régime de Vichy devenu soudain fréquentable aux yeux des Alliés par nécessité stratégique. Une ambiguïté historique qui explique pourquoi certains le considéraient comme un recours quand d'autres ne voyaient en lui qu'un opportuniste en uniforme.

Les passionnés d'histoire militaire suivront de Gaulle. Les amateurs de destins individuels suivront Fernand. Et les deux récits finissent par se répondre sans jamais se concurrencer.

Bien sûr, tout n'est pas parfait. Quelques personnages secondaires auraient mérité davantage de développement. Certaines ellipses peuvent parfois paraître abruptes. Quelques séquences auraient gagné à respirer davantage.Mais honnêtement, ce sont des détails face à l'ambition du projet.

Car ce qui domine, c'est l'ampleur. L'ambition. Le souffle. Le respect de l'Histoire sans tomber dans la leçon scolaire.

Et surtout l'amour du cinéma. Un vrai film de cinéma.

Pas un produit calibré pour être regardé distraitement entre deux notifications sur Neflix qui n'ambitionne pas de montrer les films en salles.

Pas une série déguisée en long-métrage.Pas un contenu. Un film. Un grand film.

Un film qui assume sa durée, son sujet, son budget et sa mise en scène.

Du cinéma qui sent la poudre, le sable, la sueur, les bureaux enfumés de Londres, les cartes d'état-major et les choix impossibles.

Du cinéma que l'on doit voir dans les meilleures conditions possibles. Sur grand écran.

Parce que certaines œuvres sont faites pour être vécues et non consommées.

La meilleure preuve de la réussite de Baudry est peut-être là : lorsqu'apparaît le carton annonçant la suite au mois de juillet, on n'a qu'une envie, y retourner immédiatement.

On imagine déjà l'arrivée de Jean Moulin. Roosevelt. Staline. Leclerc. Eisenhower

Et tous ceux qui ont participé à cette incroyable épopée.

Si le niveau reste le même, nous tenons peut-être l'une des plus ambitieuses fresques historiques jamais produites par le cinéma français. Comme quoi, lorsque Gaumont retrouve le goût des grands projets qui ont construit sa légende, il peut encore rappeler qu'il fut l'un des géants du cinéma européen.

Une très grande réussite. Un film spectaculaire sans être creux. Patriotique sans être caricatural. Historique sans être académique. Et surtout profondément humain. Du grand cinéma. Le vrai.

Et, pardonnez-moi la formule, mais certainement pas un produit fabriqué à la chaîne pour une plateforme de streaming.

Le film souligne également une réalité souvent oubliée : si les Alliés combattaient le même ennemi, ils ne partageaient pas toujours les mêmes objectifs. Les Américains considéraient souvent De Gaulle comme un partenaire indispensable mais particulièrement encombrant. Trop indépendant, trop orgueilleux, trop français pourrait-on dire. Ce bras de fer permanent donne lieu à quelques séquences passionnantes où la politique devient presque aussi tendue que les combats.

Ce qui fait aussi la force du film, c'est qu'il ne cherche jamais à simplifier l'Histoire. Les héros doutent, les alliés se méfient les uns des autres, les traîtres changent parfois de camp et les convictions se heurtent aux nécessités militaires. Comme souvent durant cette guerre, la frontière entre le pragmatisme et l'opportunisme est parfois plus mince qu'une feuille de papier à cigarette.

De Gaulle avait réussi un exploit que peu d'hommes politiques ont accompli : agacer simultanément Churchill, Roosevelt, Vichy, Berlin et parfois même son propre camp. À ce niveau-là, ce n'est plus du caractère, c'est un don.

Baudry réussi aussi l'exploit de diviser non pas sur le sujet , mais parce que a notre époque dire du mal pour simplement dire du mal est un sport national. N'en tenez pas compte et faite votre idée par vous même

Du grand cinéma comme j'aime

NOTE : 17.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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