Vu le Film La Nuit des espions de Robert Hossein (1959) avec Marina Vlady Robert Hossein Michel Etcheverry Robert LeBeal Michel Dufour Roger Crouzet Clément Harari Georges Vitaly
La Nuit des Espions est typiquement le genre de film que Robert Hossein affectionnait au début de sa carrière : un cinéma minimaliste, presque théâtral, reposant davantage sur une atmosphère et un duel psychologique que sur les moyens. Ici, pas de grandes fresques comme celles qu'il réalisera plus tard, mais un huis clos intégral dans un chalet isolé en pleine guerre où deux inconnus se retrouvent bloqués par les événements.
D'un côté Helen Gordon (Marina Vlady), de l'autre Philip Davis (Robert Hossein), retrouvé vêtu d'un uniforme d'officier allemand. Dès lors, une seule question occupe le film : qui est réellement qui ? Davis est-il un espion allié infiltré ou un nazi authentique ? Helen travaille-t-elle pour les Britanniques ou pour l'ennemi ? Chacun avance masqué, chaque confidence semble pouvoir être un mensonge et chaque geste cache peut-être une manipulation.
En attendant l'arrivée hypothétique de secours allemands ou britanniques, les deux personnages se tournent autour comme des fauves. Ils se méfient, se provoquent, se testent sans cesse. Puis l'attirance s'en mêle. Ils vont s'aimer sensuellement, se détester aussitôt après, se soupçonner à nouveau. Le film repose presque entièrement sur cette relation ambiguë où le désir ne fait jamais disparaître la méfiance.
Le problème est que Hossein, comme souvent à cette époque, semble davantage préoccupé par sa propre présence à l'écran que par la solidité de son scénario. Il se met en vedette — trop parfois — et oublie de rendre son intrigue réellement limpide. À force de vouloir maintenir le mystère jusqu'au bout, le récit finit par devenir confus. On sent pourtant un vrai potentiel. La réalisation reste sobre mais efficace, et montre déjà le cinéaste qu'il deviendra plus tard. Certaines compositions d'images et l'utilisation de l'espace clos témoignent d'un réel savoir-faire naissant.
Malheureusement, toute cette mécanique finit par se dégonfler. Ma fin se finit en eau de boudin. Après avoir entretenu le suspense pendant toute la durée du film, Hossein semble incapable d'apporter une conclusion à la hauteur des interrogations qu'il a lui-même installées. On reste avec l'impression d'un exercice intéressant mais inachevé.
Reste Marina Vlady. Magnétique du début à la fin, elle apporte à son personnage une présence, une sensualité et une ambiguïté qui captivent constamment le regard. Et finalement, dans un film qui tourne parfois à vide, bon il y a Marina Vlady, cela suffit à notre bonheur.
NOTE : 8.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisateur : Robert Hossein, assisté de Yves Boisset, Tony Aboyantz
- Scénario : Robert Hossein, Louis Martin et Alain Poiré, d’après le roman La Nuit des espions de Robert Chazal (Fleuve Noir espionnage n° 211 bis, 1959)
- Photographie : Jacques Robin
- Son : Pierre Bertrand
- Décors : Rino Mondellini
- Montage : Gilbert Natot
- Musique : André Hossein
- Photographe de plateau : Raymond Voinquel
- Pays d’origine :
France,
Italie - Langue : français
- Date de tournage : juin-
- Sociétés de production : Société des Établissements L. Gaumont (France), Zebra films (Italie), Constellazione (Italie)
- Producteur : Alain Poiré
- Directeur de production : Robert Sussfeld
- Marina Vlady : Elle, Helen Gordon
- Robert Hossein : Lui, Philip Davis
- Michel Etcheverry : l’officier allemand
- Robert Le Béal : le colonel britannique
- Michèle Dufour : Elga Kiel
- Roger Crouzet : le lieutenant Lindorff
- Clément Harari : Hans
- Georges Vitaly : le radio.

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