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lundi 27 juillet 2026

15.30 - MON AVIS SUR LE FILM MORTELLE RANDONNEE DE CLAUDE MILLER (1983)

 


Vu le Film Mortelle Randonnée de Claude Miller (1983) avec Michel Serrault Isabelle Adjani Isabelle Ho Sami Frey Stéphane Audran Macha Méril Geneviève Page Guy Marchand Dominique Frot Michael Such


(Pays traversés France , Italie, Belgique, Allemagne)

Il y a des films policiers qui racontent une enquête. Mortelle Randonnée, lui, raconte une obsession. Et c'est bien ce qui en fait toute sa singularité. Cette unique collaboration entre Michel Audiard et son fils Jacques Audiard au scénario, sous la direction de Claude Miller, accouche d'un polar d'une noirceur fascinante, où les silences comptent autant que les dialogues.

Une phrase résume à merveille le personnage principal : « Elle a tué deux hommes, elle mange des poires et lit Shakespeare. Active, gourmande et cultivée. » Toute la base d'un polar très noir est déjà là. Une formule aussi drôle que glaçante qui résume parfaitement cette femme insaisissable.

D'un côté, Beauvoir, dit « l'Œil », un détective privé incarné par un immense Michel Serrault. Un homme usé par les filatures, les mensonges des autres et surtout par l'absence de sa fille disparue depuis vingt ans. Un homme qui observe tout, qui sait tout, qui voit tout... mais qui ne dit rien. Un voyeur silencieux dont le regard remplace les armes.

En face, Catherine Leiris, qui se fait également appeler Ève, interprétée par une Isabelle Adjani absolument magnétique. Belle comme Un été meurtrier, mystérieuse, insaisissable, elle traverse les existences comme une ombre, laissant derrière elle des cadavres... non pas de bouteille, mais bien en chair avant de n'être plus que des os.

Pourquoi l'Œil ne la dénonce-t-il jamais ? Toute la force du film est là. Peut-être parce qu'au fond de lui, il est persuadé d'avoir retrouvé sa fille disparue. Cette idée folle devient peu à peu sa raison de vivre, jusqu'à brouiller totalement la frontière entre la surveillance professionnelle et l'amour paternel.

La beauté du scénario est justement de ne jamais donner toutes les réponses. Claude Miller préfère explorer les blessures de ses personnages plutôt que de construire un simple thriller. Le détective et la tueuse cherchent chacun une famille perdue. Lui une enfant. Elle un père. Deux êtres condamnés à se compléter... mais toujours à distance.

Le plus cruel est que cette mante religieuse ignore totalement l'existence de cet ange gardien qui la suit depuis des mois, la protège parfois malgré elle, ramasse les morceaux de son passage sans jamais intervenir.

Cette relation invisible donne au film une dimension presque fantastique. On a parfois l'impression d'assister à une histoire de fantômes où chacun hante l'autre sans jamais vraiment le rencontrer.

Claude Miller installe une ambiance d'une froideur remarquable. Chaque plan semble respirer la solitude, chaque silence devient pesant. Le film avance comme un cauchemar éveillé où la fatalité semble écrite depuis longtemps.

À l'image de son titre, Mortelle Randonnée nous offre aussi une magnifique balade à travers l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et la France. Pourtant, malgré ces décors de rêve, jamais le soleil ne réchauffe véritablement le récit. Claude Miller transforme ces paysages en cartes postales mélancoliques où flotte en permanence une étrange sensation de vide.

Cette géographie européenne devient le terrain de chasse de Catherine, mais aussi le chemin de croix de Beauvoir, condamné à suivre cette femme sans jamais pouvoir changer son destin.

Le film est adapté du remarquable roman de Marc Behm, qui sera de nouveau porté à l'écran en 1999 par Stephan Elliott sous le titre Voyeur (Eye of the Beholder) avec Ewan McGregor et Ashley Judd. Mais la version de Claude Miller possède une identité unique, beaucoup plus dramatique, plus intime et infiniment plus bouleversante.

Michel Serrault est exceptionnel. Loin de ses rôles comiques les plus populaires, il compose un homme brisé, cynique, profondément humain, dont le regard raconte davantage que tous les dialogues.

Face à lui, Isabelle Adjani est tout simplement hypnotique. Elle joue autant avec les regards qu'avec les silences. On ne sait jamais réellement qui est Catherine. Victime ? Monstre ? Enfant perdue ? Sans doute un peu tout cela à la fois.

La photographie accentue encore cette impression de rêve glacial. On flotte constamment entre réalité et hallucination, comme si le film refusait volontairement de nous offrir un terrain solide.

Claude Miller ne cherche jamais le spectaculaire. Chaque meurtre est moins important que les blessures invisibles qu'il laisse derrière lui.

Ce n'est pas un polar classique. C'est une tragédie déguisée en enquête policière.

On ressort du film avec un étrange sentiment de mélancolie, comme si cette randonnée avait traversé autant les paysages que les âmes de ses personnages.

Michel Serrault et Isabelle Adjani forment un duo extraordinaire... sans presque jamais partager l'écran. Une prouesse narrative qui renforce encore le mystère.

Rarement un film aura montré avec autant de pudeur qu'il est parfois plus douloureux de regarder vivre quelqu'un que de le perdre.

Mortelle Randonnée est un polar noir d'une intelligence rare, un voyage psychologique aussi fascinant que dérangeant. Une œuvre où Claude Miller transforme une filature en histoire d'amour impossible, un roman noir en tragédie intime. Et lorsque le générique tombe, on a bien du mal à sortir indemne de cette promenade funèbre où un voyeur silencieux et une tueuse solitaire n'auront finalement cessé de se chercher... sans jamais vraiment se trouver.

NOTE : 15.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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