Vu le Film Crime Contre l Humanité de Norman Jewison (2003) avec Michael Caine Tilda Swinton Jeremy Northam Charlotte Rampling Ciarian Hinds Alan Bates
Il y a des films qui divertissent. Et il y a ceux qui mettent un coup de poing dans l'estomac. Crime contre l'Humanité fait partie de cette seconde catégorie. Ici, aucune place pour le sourire. Norman Jewison signe un thriller politique et judiciaire d'une noirceur absolue, inspiré notamment de l'affaire Paul Touvier, l'un des criminels de guerre français les plus tristement célèbres.
Pendant des décennies, dans le sud de la France, certains ont préféré protéger un homme plutôt que la vérité. Police, justice, mais surtout une partie de l'Église catholique ont caché, nourri, financé et menti pour permettre à cet homme d'échapper à la justice. Une réalité qui dépasse parfois la fiction et qui donne au film une puissance encore plus glaçante.
Pour incarner ce monstre, Jewison a eu une idée de génie : choisir l'un des acteurs les plus sympathiques du cinéma, Michael Caine. Celui que l'on associe si souvent à l'élégance, à la bienveillance ou à l'humour devient ici le visage du mal. Son Pierre Brossard ne crie jamais, n'en fait jamais trop. Il est calme, presque courtois. C'est justement ce qui le rend terrifiant. Chaque regard, chaque silence, chaque mot prononcé donne froid dans le dos. Michael Caine livre sans doute l'une des prestations les plus glaçantes de sa carrière.
Face à lui, Tilda Swinton incarne une juge déterminée à faire émerger la vérité, tandis que Jeremy Northam campe un gendarme dont l'enquête va peu à peu mettre au jour des complicités insoupçonnées. Tous deux avancent dans un véritable champ de mines politique et moral, où chaque révélation fait vaciller un peu plus les certitudes.
Mais le film ne s'arrête pas à la simple traque d'un ancien criminel de guerre. Il démontre que la vérité d'un instant n'est jamais aussi simple qu'elle en a l'air. Derrière la chasse menée par un groupe juif contre Pierre Brossard se cache une autre interrogation : cet homme est-il seulement poursuivi par ceux qui veulent le juger... ou également par ses anciens complices qui souhaitent le faire taire avant qu'il ne parle ?
C'est toute l'intelligence du scénario. Jewison ne livre jamais un thriller manichéen. Il construit un récit où les fantômes de la Seconde Guerre mondiale continuent d'empoisonner le présent, où les réseaux d'influence, les silences et les mensonges semblent parfois plus dangereux que les armes.
L'atmosphère est lourde du début à la fin. Chaque scène respire la peur, la culpabilité et les non-dits. On sent que le passé refuse de mourir et qu'il continue de hanter les vivants.
Le casting international est d'une remarquable justesse. Aucun acteur ne cherche à voler la vedette à l'autre. Chacun apporte sa pierre à un édifice d'une redoutable efficacité.
Ce qui glace le plus, c'est que le film rappelle une évidence souvent oubliée : les crimes contre l'humanité ne disparaissent pas avec le temps. Tant que les responsables sont protégés, ils continuent d'exister dans la mémoire des victimes.
Crime contre l'Humanité n'est pas un film rigolo. Pas une seule seconde. C'est un film passionnant, oppressant, profondément dérangeant. Un thriller qui fait froid dans le dos parce qu'il puise sa force dans une réalité historique que certains auraient préféré voir disparaître.
Et lorsqu'un acteur aussi profondément humain que Michael Caine réussit à incarner avec une telle crédibilité l'horreur absolue, on comprend que les plus grands monstres ne sont pas toujours ceux qui hurlent. Ce sont parfois ceux qui vous regardent avec le sourire
NOTE : 13.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Norman Jewison
- Scénario : Ronald Harwood d'après le roman de Brian Moore, La Déclaration (en) (1996)
- Décors : Jean Rabasse
- Costumes : Carine Sarfati
- Photographie : Kevin Jewison
- Montage : Andrew S. Eisen et Stephen E. Rivkin
- Musique : Normand Corbeil
DISTRIBUTION
- Michael Caine (VF : Bernard Dhéran) : Pierre Brossard
- Tilda Swinton (VF : Isabelle Gardien) : Annemarie Livi
- Jeremy Northam (VF : Pierre Tessier) : le colonel Roux
- Alan Bates (VF : François Marthouret) : Armand Bertier
- Charlotte Rampling (VF : elle-même) : Nicole
- Ciarán Hinds (VF : Jean-Yves Chatelais) : Pochon
- John Neville (VF : Michel Le Royer) : le vieil homme
- Frank Finlay (VF : Marc Cassot) : le commissaire Vionnet
- William Hutt : Le Moyne
- Matt Craven (VF : Patrick Mancini) : David Joseph Manenbaum
- Noam Jenkins (VF : Boris Rehlinger) : Michael Levy
- Peter Wight (VF : Claude Brosset) : inspecteur Cholet
- Malcolm Sinclair (en) (VF : François Dunoyer) : le cardinal de Lyon
- Colin Salmon (VF : Ériq Ebouaney) : le père Patrice
- David de Keyser : Dom André
- Christian Erickson : le père Joseph
- Dominic Gould : le capitaine Durand
- Peter Hudson (VF : Pierre-François Pistorio) : le professeur Valentin
- Joseph Malerba (VF : lui-même) : Max
- John Boswall (VF : Jacques Dynam) : le père Leo
- George Wills (VF : Arnaud Arbessier) : Pierre Brossard, jeune
- Jérémie Covillault (VF : lui-même) : l'officier de l'interrogatoire

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire