Vu le Film Backrooms de Kane Parsons (2026) avec Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass, Finn Bennett, Lukita Maxwell , Avan Jogia, Robert Bobroczkyi
Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d'un magasin de meubles, ouvrant sur un réseau infini de chambres interconnectées où le temps se courbe et où, plus effrayant encore que de se perdre, plane le sentiment qu'une chose est aux aguets.
Drôle de titre, non ? On pourrait croire que l'on va pénétrer dans les arrière-salles chères au Cruising de William Friedkin. Pas du tout. Ici, les « backrooms » sont celles d'un univers sans logique, sans repère et, au bout d'un moment, sans intérêt.
Le principe est pourtant simple. Une jeune femme, Nola, et un autre protagoniste, Mallick, se retrouvent prisonniers d'un immense espace labyrinthique qui ressemble à un magasin de meubles abandonné. Des couloirs sans fin, des salles vides, des portes qui ne mènent nulle part, des fenêtres placées trop haut pour être atteintes et une créature hybride qui rôde dans ce décor cauchemardesque. L'idée de départ pouvait donner naissance à un véritable cauchemar psychologique où le spectateur se perd avec les personnages.
Sauf que l'on finit surtout par se perdre... dans l'ennui.
Pour apprécier Backrooms, il faut peut-être se mettre dans les mêmes dispositions que les héros. Imaginez : vous entrez dans une salle de cinéma comme eux pénètrent dans cet immense magasin désert. Dans les deux cas, on ne sait déjà plus très bien pourquoi on est là. Eux avancent, smartphone à la main, explorant chaque recoin ; nous, nous nous installons dans notre fauteuil avec le même objet dans la poche, prêts presque à nous y raccrocher pour survivre à la projection.
Pendant qu'ils rampent dans ce décor vide — au passage, on dirait que Shein est passé par là tant tout semble impersonnel — nous regardons défiler de longs plans fixes, des zooms interminables et des couloirs qui se ressemblent tous. Au bout de dix ou quinze minutes, on ne cherche plus à comprendre le mystère. On commence surtout à chercher la lumière des toilettes... ou mieux encore, la sortie de secours de la salle. Parce qu'on se fait chier à mort.
Et c'est là que je me suis mis à voir le film autrement.
Cette porte qui s'ouvre au fond d'un couloir, cette fenêtre inaccessible, ces pièges permanents... finalement, les prisonniers, ce n'est plus Nola ou Mallick. C'est nous. Nous sommes enfermés dans une boucle dont il semble impossible de sortir. Les prédateurs ne sont plus seulement les créatures du film, mais les distributeurs, les producteurs et les exploitants qui semblent nous dire : « Vous avez payé votre place ? Maintenant vous allez souffrir avec nous jusqu'au générique. »
Le monstre devient alors presque secondaire. Le véritable démon, c'est ce billet de cinéma qui se dématérialise au fil des minutes, pendant que notre patience disparaît exactement à la même vitesse. Les chausse-trappes sont nombreuses, les couloirs n'en finissent plus et le cinéma se transforme en piège géant où l'on veut non seulement votre argent... mais aussi votre peau.
À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que les producteurs avaient décidé de punir les spectateurs d'avoir choisi ce film alors qu'il y avait un match de football à la télévision.
Visuellement, on nous vend un style brut, immersif, presque documentaire. Pour ma part, j'ai surtout eu l'impression d'assister à une succession de vidéos filmées avec un smartphone. Et franchement, je suis persuadé qu'un adolescent de douze ans, avec un peu d'imagination, aurait pu faire au moins aussi bien, voire mieux.
Les Backrooms ne sont pas dans le film, elles sont dans la salle de cinéma. Une fois assis, impossible de retrouver la sortie. On erre de plan fixe en plan fixe comme des condamnés à perpétuité cherchant désespérément une issue. Au bout d'une demi-heure, le monstre ne me faisait plus peur. Ce qui me terrorisait, c'était qu'il reste encore une heure de projection. »
Le véritable film d'horreur, ce n'est pas la créature. C'est le projectionniste qui refuse d'arrêter la séance. »
Le problème n'est pas l'absence d'explications. Beaucoup de grands films vivent sur le mystère. Le problème est qu'ici, le vide finit par remplacer la mise en scène, et la répétition prend la place du suspense. On tourne en rond dans des couloirs comme dans une mauvaise idée que personne n'a osé arrêter.
Que reste-t-il une fois les lumières rallumées ?
Rien.
Ou plutôt si : un immense appel au secours. Celui du spectateur qui, comme les personnages, cherche désespérément une sortie. Mais, comme dans l'espace, personne ne vous entend crier.
Pour moi, Backrooms est l'exemple même d'un concept séduisant sur le papier qui se perd dans son propre labyrinthe. Une expérience qui prétend enfermer ses personnages, mais qui finit surtout par emprisonner son public dans un interminable couloir d'ennui.
Un Doliprane... et au lit.
NOTE : 3.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Kane Parsons
- Scénario : Will Soodik (en)[], d'après la web-série Backrooms (2022) de Kane Parsons
- Musique : Kane Parsons et Edo Van Breemen
- Direction artistique : Alan Derksen
- Décors : Danny Vermette
- Costumes : Mica Kayde[]
- Photographie : Jeremy Cox[]
- Son : Eugenio Battaglia
- Montage : Greg Ng
- Production : Kori Adelson, Peter Chernin, Michael Clear, Dan Cohen, Chris Ferguson, Dan Levine, Shawn Levy, Roberto Patino, Osgood Perkins, Jenno Topping et James Wan
- Coproduction : Marlaina Mah
- Production exécutive : Alayna Glasthal, Kane Parsons, Jesse Savath, Judson Scott et Christopher White
- Sociétés de production : A24, 21 Laps ]
- Sociétés de distribution : A24 (États-Unis) ; Entract Films (Québec)[3] ; Metropolitan (France)[7]
- Pays de production :
États-Unis
DISTRIBUTION
- Chiwetel Ejiofor (VF : Frantz Confiac) : Clark, propriétaire d'un magasin de meubles et architecte raté
- Renate Reinsve (VF : Elisabeth Ventura) : Dre Mary Kline, la thérapeute de Clark
- Ember Ambrose : Mary, jeune
- Mark Duplass (VF : Bernard Gabay) : Phil, un scientifique d'Async et chercheur de Backrooms
- Finn Bennett (VF : Gautier Battoue) : Robert « Bobby » Franklin, le petit ami de Kat
- Lukita Maxwell (VF : Jaynelia Coadou) : Kathrine « Kat » Taylor, employée de Clark et petite amie de Bobby
- Avan Jogia (VF : Théo Benhamour) : Naren Warne, un explorateur asynchrone des Backrooms
- Robert Bobroczkyi (en) : Pirate Clark, une entité monstrueuse qui ressemble à Clark dans un costume de pirate et qui habite les Backrooms
- Krista Kosonen : Nora Kline, la mère de Mary
- Katharine Isabelle : Robin

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire