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jeudi 23 juillet 2026

13.20 - MON AVIS SUR LE FILM DOBERMAN DE YAN KOUNEN (1997)

 


Vu le Film Doberman de Yann Kounen (1997) avec Vincent Cassel Monica Bellucci  Tcheky Karyo Romain Duris Pascal Demolon Stéphane Metzger Antoine Basler Dominique Bettenfeld Marc Duret François Levanthal


Il y a des films qui cherchent à être subtils. Et puis il y a Dobermann. Là, Jan Kounen prend la subtilité, la ligote, lui met un bâillon et l'abandonne sur le bord de la route avant d'appuyer à fond sur l'accélérateur.


Pour son premier long métrage, Kounen déboule dans le cinéma français comme un camion sans freins. Il ne demande pas l'autorisation, il défonce la porte. Son univers est déjà là : excessif, halluciné, provocateur, ultra-violent, complètement barré. Avec lui, le raisonnable n'existe pas.


L'histoire suit Yann Le Dobermann, un braqueur aussi charismatique que dangereux, élevé dès son baptême dans le culte des armes à feu. À la tête d'une bande de joyeux psychopathes, il enchaîne les braquages sous le nez d'une police dépassée.


Mais attention, quand je parle de joyeux psychopathes, ce n'est pas une formule.


On retrouve Nat, sa compagne muette, magnifique et redoutable. Moustique, véritable pile électrique prête à exploser à chaque seconde. Pit Bull, qui préfère régler les problèmes à coups de hache dans les boutiques de luxe. Manu, le frère de Nat, personnage aussi fragile qu'imprévisible. L'Abbé, Léo et surtout Sonia, travesti totalement improbable interprété par un étonnant Stéphane Metzger.


Franchement, pas un de ces personnages, tu les invites à table pour parler d'Alice au pays des merveilles.


Kounen crée une galerie de dingues magnifiques. Ils auraient davantage leur place dans un asile que dans un parc floral.


Et si vous pensez que les policiers vont apporter un peu de normalité... oubliez tout de suite.


Face à eux se dresse le commissaire Christini, incarné par un Tchéky Karyo totalement habité. Un flic sadique, pervers, aussi cinglé que ceux qu'il poursuit. Dans ce monde-là, il n'y a plus de frontière entre les bons et les mauvais. Tout le monde est barge.


Kounen s'est souvent intéressé aux personnages à la limite de la folie. Ici, il démontre surtout que la limite... c'est fait pour être pulvérisé.


Le résultat est tarantinesquement nerveux. On sent l'influence de Quentin Tarantino, mais Kounen ne copie jamais. Il développe son propre langage visuel, fait de montage ultra-rapide, de ralentis, de couleurs saturées, d'énergie permanente et de mise en scène sous adrénaline.


L'ensemble laisse très peu de répit.


Ça trace.


Ça flingue.


Ça explose.


Et la violence n'hésite jamais à vous mordre.


Dobermann, ça mord. Ça ne lâche jamais l'os de nos mollets.


Le film est d'une brutalité rarement vue dans le cinéma français de l'époque. Aucune concession. Aucun filtre. Aucun pâté.


Le casting participe largement à cette folie générale.


Même si je ne suis pas spécialement fan de Vincent Cassel, il possède ici la présence physique idéale pour incarner ce chef de meute imprévisible.


Je préfère largement Tchéky Karyo, absolument énorme en policier psychopathe.


J'aime aussi beaucoup Pascal Demolon, toujours juste, et surtout Romain Duris, encore inconnu ou presque, qui surprend déjà dans le rôle de Manu, personnage autiste particulièrement touchant au milieu de cette bande de fous furieux.


Et puis il y a Monica Bellucci.


Plantureuse, magnétique, femme de caractère, elle interprète Nat, une héroïne muette qui communique uniquement avec les mains. Ce silence permanent renforce encore davantage son aura et son sex-appeal. Elle n'a pas besoin de parler pour imposer sa présence.


Techniquement, Jan Kounen affiche déjà une maîtrise étonnante. Son découpage est nerveux, son sens du rythme impressionnant et sa réalisation déborde d'idées visuelles. On sent qu'il ne veut ressembler à personne.


Le seul petit reproche que je ferais concerne le scénario.


À force de foncer à 200 km/h, le film barde tellement tout le temps que le scénario n'a parfois même plus le temps de suivre. On est emporté par l'énergie plus que par la construction du récit.


Mais finalement, ce n'est presque pas le sujet.


Dobermann est avant tout une expérience.


Une claque.


Une décharge électrique.


Une bombe artisanale lancée au milieu du cinéma français.


Il faudra attendre huit ans pour revoir Jan Kounen derrière la caméra avec Blueberry, œuvre totalement différente, ambitieuse, psychédélique... mais qui connaîtra malheureusement un échec commercial.


Avec Dobermann, Kounen avait signé un premier film unique, furieux, sans concession, qui continue aujourd'hui encore à mordre ceux qui osent s'y frotter.


Et croyez-moi... il ne lâche toujours pas l'os.

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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