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mercredi 15 juillet 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES INCONNUS DANS LA MAISON DE HENRI DECOIN (1942)

 


Vu le Film Les Inconnus dans la Maison de Henri Decoin (1942) avec Raimu Juliette Faber Noel Roquevert Gabrielle Fontan Héléna Manson Jean Tissier Tanja Fédor Marguerite Ducouret Jazcques Baumer André Reybaz Marcel Mouloudji


Hector Loursat est un avocat déchu. Alcoolique depuis le départ de sa femme, il est incapable de s'occuper de sa fille Nicole qui est élevée par Fine, sa fidèle servante. Un soir, il trouve Gros-Louis, un repris de justice, assassiné dans son grenier. L'enquête fait apparaître que Nicole appartient à une bande de jeunes gens qui se réunissaient chaque soir dans ces combles.

Avant de découvrir cette version de 1942, je ne connaissais que le remake réalisé par Georges Lautner avec Jean-Paul Belmondo. Je dois reconnaître que l'original lui est nettement supérieur. Plus sombre, plus ambigu, plus dérangeant, il possède cette atmosphère si particulière des films français tournés sous l'Occupation, où tout semble peser sur les personnages sans que rien ne soit jamais totalement explicite.

Adapté du roman de Georges Simenon, avec un scénario signé par l'écrivain lui-même et Henri-Georges Clouzot, L'Inconnu dans la maison est un polar noir dans toute la noblesse du terme. On y retrouve immédiatement la patte de Simenon : des gens ordinaires qui cachent des abîmes, des coupables qui ont des visages d'innocents, des crimes qui ne naissent pas d'un vaste complot mais de la médiocrité humaine, de la lâcheté ou d'un mobile sordide. Chez Simenon, le mal ne porte jamais un masque démoniaque ; il se cache derrière le voisin d'en face.

Henri Decoin met parfaitement en valeur cette écriture en construisant une tension qui ne faiblit jamais. L'enquête progresse par petites touches, chaque personnage dévoile peu à peu une nouvelle facette de sa personnalité, et l'on ne découvre réellement le coupable que lors de la scène finale du procès. Un magnifique retournement de situation, parfaitement dans l'esprit de Simenon, qui oblige le spectateur à revoir tout ce qu'il croyait avoir compris.

Le film raconte l'histoire d'Hector Loursat, ancien avocat brillant devenu l'ombre de lui-même. Depuis le départ de son épouse, il s'est réfugié dans l'alcool, laissant sa fille Nicole grandir pratiquement sans lui, sous la protection de Fine, la fidèle domestique. Lorsqu'un repris de justice, Gros-Louis, est retrouvé assassiné dans le grenier de sa maison, l'enquête révèle que Nicole fréquente une bande de jeunes qui se réunissent clandestinement dans ces combles. Peu à peu, Loursat est contraint de sortir de sa torpeur pour défendre sa fille et surtout faire éclater une vérité bien plus complexe qu'il n'y paraît.

J'ai également beaucoup apprécié un détail lié à l'époque du tournage. L'un des personnages, interprété par Mouloudji, est appelé Amédée dans le film. Pourtant, son véritable nom est Ephraïm Luska. En 1942, en pleine Occupation, ce changement de prénom n'a évidemment rien d'anodin et rappelle le climat pesant dans lequel le film a été réalisé.

Ici, pas de Maigret. Simenon laisse de côté son célèbre commissaire pour nous offrir un autre personnage tout aussi fascinant : Loursat. Un avocat alcoolique... et le mot est faible ! Un immense avocat autrefois respecté, désormais détruit par ses échecs conjugaux et familiaux. Sa maison tombe en ruine comme sa vie, les bouteilles remplacent les dossiers, et tout semble annoncer une lente descente vers le néant. Pourtant, lorsque la vérité devient plus importante que son propre désespoir, il parvient à reprendre ses esprits, à mettre ses neurones au sec et à redevenir, l'espace d'un procès, le formidable avocat qu'il avait été.

Et c'est peut-être ce qui rend le film aussi fort. Il ne raconte pas seulement une enquête criminelle ; il montre aussi la renaissance d'un homme que tout le monde croyait définitivement perdu.

Il ne faut surtout pas chercher ici une histoire de complot. C'est justement tout le contraire. Une simple histoire de coupable dépassé par sa vie agitée. Simenon savait mieux que personne que les plus grands drames naissent souvent des plus petites faiblesses humaines.

Côté interprétation, Raimu livre une prestation absolument magistrale. Comme d'habitude, il occupe l'écran avec une évidence incroyable, alternant le désespoir, l'ivresse, l'ironie et la puissance lors des scènes du procès. À ses côtés, Mouloudji est remarquable de justesse, tandis que Noël Roquevert, Jean Tissier et Juliette Faber composent une galerie de personnages particulièrement crédibles. Les spectateurs les plus attentifs reconnaîtront également la voix de Pierre Fresnay en narrateur ainsi qu'une toute jeune Martine Carol dans un rôle de spectatrice.

Henri Decoin signe un polar d'une efficacité redoutable. Pas d'effets spectaculaires, pas de démonstration inutile, simplement une mise en scène élégante au service d'un scénario remarquablement construit. Pendant quatre-vingt-douze minutes, le suspense ne faiblit jamais et l'on se laisse entraîner dans cette affaire où chacun semble cacher une part de vérité.

Pour moi, L'Inconnu dans la maison est bien plus qu'un excellent polar : c'est l'une des plus belles adaptations de Simenon portées à l'écran. Une œuvre sombre, humaine, remarquablement écrite et interprétée, qui prouve une fois de plus que les meilleurs films policiers ne sont pas ceux où l'on cherche le coupable, mais ceux où l'on cherche à comprendre les hommes.

NOTE ; 14.10

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