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samedi 18 juillet 2026

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM SANS PITIE DE JULIEN HOSMALIN (2025)

 


Avis sur le film Sans Pitié de Julien Hosmalin (2025) avec Adam Bessa Tewfik Jallab Jonathan Tumbull Laura Sepul Bérangère McNeese Wim Willaert Karim Barras Benjamin Ramon


Le monde des forains a souvent inspiré le cinéma, mais rarement sous cet angle. Derrière les lumières des manèges, les odeurs de barbe à papa et les cris de joie des enfants se cache un univers avec ses règles, ses traditions, son honneur et ses blessures. Un métier adoré par les familles le temps d'une fête, mais souvent mal vu par le voisinage une fois les caravanes installées. C'est dans cet univers singulier que Julien Hosmalin plante le décor de son premier long métrage, et le résultat mérite qu'on s'y attarde.

Pour une première réalisation, le cinéaste ne choisit pas la facilité. Il signe un thriller rugueux, parfois brutal, qui préfère installer une tension constante plutôt que d'accumuler les artifices. Une œuvre qui sent la poussière des fêtes foraines autant que la colère des hommes.

L'histoire débute avec Maria (Laura Sepul), mère de deux garçons, Ryan (Tewfik Jallab) et Dario (Adam Bessa). Leur vie bascule lorsque le plus jeune, Dario, est enlevé par un pervers. Que s'est-il réellement passé durant sa captivité ? Le film ne donne jamais toutes les réponses, et c'est probablement l'une de ses meilleures idées. L'horreur reste hors champ, mais les conséquences, elles, sont visibles à chaque regard.

Dario finit par revenir auprès des siens, mais il garde au fond de lui ces souvenirs tragiques qui le hantent. Seul son frère Ryan semble comprendre l'ampleur du traumatisme. Les années passent, chacun tente de continuer à vivre, mais certaines blessures ne cicatrisent jamais vraiment.

Puis le hasard remet le passé sur leur route. Dario tombe nez à nez avec celui qui a détruit une partie de son enfance. À partir de cet instant, il n'y a plus qu'une seule solution : se venger. Tant pis pour les conséquences. L'honneur de la famille avant tout.

Le film ne cherche jamais à excuser la violence, mais il montre comment elle peut devenir une réponse chez ceux qui estiment que la justice ne leur a rien apporté. Cette frontière entre vengeance et réparation nourrit tout le récit.

Le décor forain apporte une véritable singularité au film. Les caravanes, les attractions, les lumières colorées contrastent sans cesse avec la noirceur de l'histoire. Cette opposition fonctionne remarquablement bien. Derrière les sourires affichés au public se cachent des êtres cabossés par la vie.

Julien Hosmalin installe peu à peu une tension qui ne quitte pratiquement jamais le spectateur. Sans effets inutiles, il laisse les situations parler d'elles-mêmes. Sa mise en scène reste sobre mais efficace, privilégiant les personnages plutôt que les démonstrations de style.

L'intrigue est bien menée et maintient l'intérêt jusqu'au bout. Certes, certaines zones d'ombre demeurent, mais elles participent aussi au malaise général. Tout n'a pas besoin d'être expliqué lorsqu'il s'agit de raconter un traumatisme.

Le casting constitue également l'une des grandes réussites du film. Laura Sepul incarne une mère courage, protectrice et meurtrie avec beaucoup de justesse. Elle donne une véritable épaisseur à Maria, dont chaque décision est guidée par l'amour de ses enfants.

Tewfik Jallab confirme tout le bien que l'on pense de lui. Son Ryan est partagé entre la protection de son frère, la fidélité à sa famille et la colère qui couve depuis des années.

Adam Bessa, lui, impressionne par son intensité. Son Dario est un homme qui tente d'avancer tout en restant prisonnier d'un passé qu'il n'a jamais réussi à enterrer. Peu de mots, beaucoup de regards : une interprétation tout en retenue.

On sent parfois les petites maladresses propres à une première œuvre. Quelques passages auraient gagné à être davantage développés et certains personnages secondaires restent un peu en retrait. Mais ces imperfections n'enlèvent rien à la sincérité de l'ensemble.

Au contraire, elles rappellent que le cinéma se construit aussi avec des prises de risques. Julien Hosmalin préfère raconter une histoire personnelle plutôt que de fabriquer un thriller formaté, et cela fait toute la différence.

Ce qui reste après la projection, c'est cette impression d'avoir découvert un univers rarement exploré par le cinéma français et belge. Le monde forain n'est jamais réduit à un simple décor : il devient un personnage à part entière, avec ses codes, sa solidarité et son sens de la famille.

Le film parle finalement autant de mémoire que de vengeance. Il montre que certaines blessures traversent les années sans jamais disparaître complètement, et qu'il suffit parfois d'un visage croisé au détour d'une rue pour faire resurgir tout un passé.

Sans Pitié est une œuvre rugueuse, imparfaite, mais profondément sincère. Elle ne cherche pas à séduire à tout prix, elle raconte simplement une histoire douloureuse avec honnêteté.

Une très bonne réalisation pour un premier film. Malgré les imperfections propres à beaucoup de premiers longs métrages, Julien Hosmalin démontre un vrai sens de la mise en scène et de la direction d'acteurs. Avec des comédiens que l'on connaît déjà et qui confirment tout leur talent, ce film rappelle surtout une chose : le cinéma français et belge possède encore de jolies pépites et de jeunes cinéastes qui méritent largement qu'on leur laisse monter dans le grand huit.

NOTE : 12.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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