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jeudi 30 juillet 2026

4.90 - MON AVIS SUR LE FILM CLASSE MOYENNE DE ANTONY CORDIER (2026)


 Vu le Film Classe Moyenne de Antony Cordier (2026) avec Laurent Lafitte Elodie Bouchez Zoé Abita Ramzy Bedia Laure Calamy Sami Outalbali Mahia Zrouki Candide Sanchez


Après un premier film formidable avec Douches froides, Antony Cordier semblait avoir trouvé une voix singulière dans le cinéma français. Un regard acéré sur la jeunesse, des personnages justes, une vraie mise en scène. Puis, film après film, quelque chose s'est perdu. Comme si le réalisateur s'était laissé embourgeoiser lui-même, en suivant cette mouvance d'un certain cinéma français persuadé que se moquer des familles aisées suffit à fabriquer une satire sociale.

Avec Classe Moyenne, cette impression devient une certitude.

L'histoire réunit deux couples que tout oppose. Tony (Ramzi Bedia) et Fanny (Laure Calamy), dont la situation financière est précaire, acceptent l'invitation de Charlotte (Élodie Bouchez) et Julien (Laurent Lafitte), des amis beaucoup plus fortunés, dans leur superbe maison provençale. Le temps d'un week-end, les différences de classe, les hypocrisies, les jalousies et les frustrations remontent progressivement à la surface, chacun révélant son véritable visage derrière les sourires de circonstance.

Sur le papier, le sujet pouvait être passionnant. La bourgeoisie, ses faux-semblants, ses contradictions... Claude Chabrol en a fait des chefs-d'œuvre. Mais voilà, Cordier n'est pas Chabrol. Et cela se voit à chaque scène, à chaque plan et surtout à chaque mot prononcé.

Les dialogues sonnent creux. Ils veulent être piquants, ils ne sont qu'insipides. Les personnages parlent beaucoup mais ne disent finalement rien. On sent l'envie permanente de démontrer quelque chose au spectateur plutôt que de raconter une véritable histoire.

Et pourtant, le casting avait tout pour séduire. Élodie Bouchez, Laurent Lafitte, Laure Calamy et Sami Outalbali sont des comédiens capables de porter les plus beaux textes. Encore faut-il leur donner quelque chose à jouer. Ce n'est pas en faisant 1 + 1 + 1 + 1 que l'on obtient automatiquement un bon film. Additionner les talents ne remplace jamais l'écriture.

Le film hésite constamment entre deux directions. D'un côté, un cinéma intello qui se rêve en grande critique sociale d'une bourgeoisie au cynisme exacerbé. De l'autre, un cinéma trash qui accumule les sketches potaches et les provocations sans véritable nécessité. Entre les deux existe un espace très étroit... il s'appelle ici Classe Moyenne. Malheureusement, le film reste coincé dans cet entre-deux sans jamais trouver son équilibre.

Le sentiment de gêne s'installe très vite. Pas cette gêne recherchée qui met le spectateur mal à l'aise avec intelligence. Non, une gêne provoquée par des situations qui tournent à vide, des dialogues artificiels et une mécanique qui ne décolle jamais. Et cette sensation perdure jusqu'au générique final.

La comédie estampillée cannoise semble aujourd'hui s'autoriser une étrange liberté : ne jamais être drôle. On attend le trait d'esprit, la situation qui fait mouche, le moment où tout bascule... mais rien ne vient. Les scènes s'enchaînent avec une application presque scolaire, sans rythme, sans surprise et surtout sans plaisir.

Sous le soleil de Provence, les personnages se laissent bronzer. Quant au spectateur, il attrape surtout un énorme coup de soleil de déception. Et celui-là fait mal.

On ressort avec le regret de voir Antony Cordier s'éloigner un peu plus du cinéaste prometteur de Douches froides. Comme si, à vouloir coller aux codes d'un certain cinéma français contemporain, il avait oublié l'essentiel : des personnages vivants, des dialogues qui sonnent juste et une histoire qui dépasse la démonstration.

Il reste un beau décor, quatre excellents acteurs et beaucoup d'intentions. Hélas, les intentions ne font pas les grands films. Elles font parfois simplement des films... de classe moyenne.

NOTE : 4.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation Antony Cordier
  • Assistant réalisateur : Clément Comet
  • Scénario : Jean-Alain Laban, Steven Mitz, Antony Cordier, Julie Peyr
  • Photographie : Nicolas Gaurin
  • Montage : Camille Toubkis
  • Musique originale : Clémence Ducreux
  • Musique additionnelle Sascha FunkeBoris BrejchaThylacine
  • Décors : Eugénie Collet, Marc-Philippe Guérig
  • Costumes : Sabrina Riccardi
  • Production : Pauline Attal et Julien Madon (producteurs), Aimée Buidine (productrice associée), Bastien Sirodot (coproducteur), Philippe Guez (producteur délégué)
  • Sociétés de production : Cheyenne Federation (Paris), Umedia (Bruxelles), en association avec la SOFICA LBPI 18
  • Budget : 2,5 millions d'euros

DISTRIBUTION

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