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jeudi 9 juillet 2026

14.30 - MON AVIS SUR LE FILM LA PROIE NUE DE CORNEL WILDE (1965)

 


Vu le Film La Proie Nue de Cornel Wilde (1965) avec Cornel Wilde Gert van den Bergh Bella Randles Ken Gampu atrick Mynhardt


Voilà un film qui vous remue les tripes… mais pas celles de Caen. Ici, on est dans le viscéral, le primaire, le sauvage. Dès les premières minutes, Cornel Wilde vous attrape à la gorge et ne vous lâche plus. Il ne cherche jamais à rendre son spectacle confortable, encore moins agréable. Il veut choquer, déranger, mettre le spectateur à bout de nerfs. Mission accomplie.

L'histoire est d'une simplicité biblique. En Afrique, un groupe de chasseurs d'ivoire massacre des éléphants pour s'enrichir. Parmi eux, un guide blanc (Cornel Wilde) est accusé par une tribu d'avoir participé à ces exactions. Les villageois décident alors de rendre leur propre justice. Tous les chasseurs sont exécutés dans des supplices d'une brutalité inouïe. Seul le personnage de Wilde parvient à s'échapper et devient la proie d'une chasse à l'homme impitoyable menée par un guerrier (interprété par Gert van den Bergh), déterminé à le retrouver coûte que coûte.

Sur le papier, on pourrait naturellement prendre parti pour les villageois. Après tout, les véritables monstres sont bien ces chasseurs qui massacrent des éléphants sans défense pour quelques défenses d'ivoire. Difficile de ne pas avoir envie de leur faire payer leurs crimes. Mais Cornel Wilde prend un risque immense : il refuse de faire des uns des héros et des autres des démons caricaturaux.

Très vite, la violence des représailles devient si extrême qu'elle finit par mettre le spectateur mal à l'aise. Les tortures, les exécutions, les humiliations... tout est montré avec une sécheresse glaçante. À force de vouloir punir la barbarie, les villageois finissent eux-mêmes par sombrer dans une barbarie identique. La faim de justice ne justifie pas tous les moyens. C'est précisément là que le film devient dérangeant. On ne sait plus vraiment qui soutenir.

Il existe heureusement un instant suspendu, presque miraculeux, lors de la rencontre avec la petite fille. Pendant quelques minutes, le film respire enfin. L'humanité reprend ses droits avant que la folie meurtrière ne reprenne le dessus. Une parenthèse fragile dans un océan de violence.

Ce qui impressionne surtout, c'est le courage de Cornel Wilde. En 1965, montrer les chasseurs blancs comme les véritables destructeurs de la nature relevait presque de la provocation. À une époque où ils étaient souvent présentés comme les aventuriers héroïques des grands films exotiques, La Proie nue inverse totalement les rôles. Ici, il n'y a pas de Tarzan pour venir sauver les assassins des animaux.

Cornel Wilde, à la fois réalisateur et acteur principal, porte son film avec une présence physique incroyable. Son personnage parle très peu, mais son corps raconte tout : la peur, l'épuisement, la douleur, l'instinct de survie. Chaque course, chaque chute, chaque blessure paraît réelle. On souffre avec lui, même lorsque l'on n'oublie jamais pourquoi il est pourchassé.

La mise en scène est d'une efficacité redoutable. Sans effets inutiles, Wilde transforme la nature en piège permanent. Chaque rivière, chaque falaise, chaque animal devient un obstacle supplémentaire dans cette fuite désespérée. On transpire autant que lui.

Le film est violent, parfois insoutenable, mais jamais gratuit. Cette violence sert un véritable propos sur la vengeance, la déshumanisation et la loi du talion. Œil pour œil... jusqu'à ce que tout le monde devienne aveugle.

Et puis il y a ce message qui traverse tout le film : honte à ceux qui massacrent les animaux pour le plaisir ou le profit. Les éléphants n'avaient rien demandé. Eux sont les seules victimes totalement innocentes de cette tragédie.

La Proie nue est un film hors norme, hors champ pour son époque et encore aujourd'hui d'une puissance incroyable. Une œuvre qui fascine autant qu'elle répugne, qui impressionne autant qu'elle donne parfois envie de détourner le regard... ou d'aller vomir derrière le canapé. Ce n'est certainement pas un film que l'on regarde pour se détendre un dimanche après-midi, mais c'est un choc de cinéma comme on en voit rarement.

Et si certains trouvent le film trop violent, qu'ils se rassurent : les éléphants, eux, auraient probablement trouvé les chasseurs encore plus violents. C'est peut-être là tout le paradoxe – et toute la force – de cette œuvre implacable.

NOTE : 14.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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