Vu le Film Justice pour Tous de Norman Jewison (1979) avec Al Pacino John Forsythe Jack Warden Christine Lahti Lee Strsaberg Jeffrey Tambor Larry Bryggman
Robert Christian
Arthur Kirkland est un jeune avocat impulsif et idéaliste, défendant corps et âmes ses clients qu'il considère toujours comme innocents. Il est un jour confronté au juge Flemming, un homme sans pitié qui devient son ennemi juré.
Le Palais de Justice est souvent présenté comme un temple où la vérité finit toujours par triompher. Justice pour Tous prend un malin plaisir à démonter cette illusion pierre après pierre. Ici, la justice n'est pas seulement une affaire de lois, mais un monde où se croisent avocats, juges, présumés coupables, victimes et intérêts personnels, dans un système où les liens ne sont pas toujours très catholiques.
Norman Jewison signe un grand film sur les rouages d'une institution qui semble parfois avoir oublié sa mission première. Ce n'est pas un Sidney Lumet, même si l'on en retrouve le goût, cette même façon de plonger le spectateur dans les coulisses des tribunaux, au plus près des hommes qui rendent ou subissent la justice. À certains moments, on pourrait même imaginer Sonny et Sal d'Un Après-midi de Chien dans la cage du Palais de Justice, attendant leur comparution.
C'est d'ailleurs dans cette même cage que l'on retrouve Arthur Kirkland, incarné par un Al Pacino monumental. Non pas parce qu'il est un criminel, ni en inspection comme dans Brubaker, mais simplement parce qu'il a osé frapper un juge. Un geste qui va évidemment lui coller à la peau et poursuivre sa carrière comme une ombre.
Kirkland est un avocat brillant, entier, incapable de composer avec un système qu'il juge profondément malade. Il croit encore à une certaine idée de la justice, quitte à se brûler les ailes. C'est un homme qui refuse les compromis, même lorsqu'ils pourraient sauver sa réputation.
Le scénario prend alors une tournure aussi ironique que savoureuse lorsque le président du tribunal, le juge Henry Fleming, interprété par John Forsythe, est accusé de viol. Contre toute logique, c'est Kirkland qu'il choisit pour assurer sa défense.
C'est le serpent qui se mord la queue.
Fleming prend un risque immense, car Kirkland est incontrôlable. C'est précisément là que réside tout le sel du film, avec Kirkland comme piment et poivre. Impossible de prévoir comment il va réagir, impossible de savoir jusqu'où ses principes le mèneront.
Cette opposition permanente entre l'institution et un homme incapable de courber l'échine nourrit tout le récit. Chaque scène apporte une nouvelle tension, chaque échange fait monter la pression jusqu'à un dénouement inévitable.
Le film est passionnant de bout en bout. Il respire le Nouvel Hollywood, cette période où les héros étaient imparfaits, où les institutions étaient remises en question et où les personnages existaient avant les effets spectaculaires.
Bien sûr, le temps a fait son œuvre sur la technicité du film. Certains aspects de la mise en scène ou du rythme portent aujourd'hui les marques de leur époque.
Mais ce n'est finalement pas grave.
On a Pacino.
Et quel Pacino !
Il livre ici un immense moment d'acting, habité de la première à la dernière minute. Chaque regard, chaque explosion de colère, chaque hésitation semblent sortir directement de ses tripes. On sent toute la méthode de l'Actor's Studio irriguer son interprétation.
L'un des moments les plus symboliques reste celui où Kirkland rend visite aux deux anciens juges. J'ai toujours eu l'impression que ce n'était plus seulement Kirkland qui venait chercher des réponses, mais Pacino lui-même allant consulter son maître, Lee Strasberg, comme un élève venu retrouver la source de son art.
Cette scène résume parfaitement toute la richesse du personnage.
Autour de lui gravite une galerie de personnages remarquablement écrits, qui donnent encore davantage de relief à ce monde judiciaire où chacun semble défendre sa propre vérité.
Norman Jewison ne cherche jamais le spectaculaire gratuit. Il préfère observer les failles humaines, les contradictions et les renoncements de ceux qui sont censés faire respecter la loi.
On est autant dans le drame humain que dans le polar judiciaire.
La dernière partie reste particulièrement forte, même si la conclusion apparaît finalement un peu trop attendue au regard du caractère de Kirkland. On devine assez vite quelle décision il prendra, tant il est fidèle à lui-même depuis le début.
Cela n'enlève pourtant rien à la puissance du film.
Justice pour Tous demeure une formidable radiographie de la justice américaine, portée par un Al Pacino au sommet de son talent. Un film intelligent, passionnant, profondément humain, où les convictions d'un seul homme viennent se fracasser contre les compromissions d'un système tout entier. Un très grand polar judiciaire qui, malgré les années, n'a rien perdu de sa force.
NOTE : 14.70
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Norman Jewison
- Scénario : Valerie Curtin, Barry Levinson
- Direction artistique : Richard MacDonald, Peter Samish
- Costumes : Ruth Myers
- Décors : Thomas L. Roysden
- Photographie : Victor J. Kemper
- Son : Sam Shaw
- Montage : John F. Burnett
- Musique : Dave Grusin
- Production : Norman Jewison, Patrick J. Palmer
- Production déléguée : Joe Wizan
- Société de production : Malton Films
- Société de distribution : Columbia Pictures
- Pays de production :
États-Unis
DISTRIBUTION
- Al Pacino (VF : Bernard Murat) : Arthur Kirkland
- Jack Warden (VF : Jean Berger) : Juge Rayford
- John Forsythe (VF : Jean-Claude Michel) : Juge Fleming
- Lee Strasberg (VF : René Bériard) : Grandpa Sam
- Jeffrey Tambor (VF : Vania Vilers) : Jay Porter
- Christine Lahti (VF : Sylvie Moreau) : Gail Packer
- Larry Bryggman (VF : Daniel Gall) : Warren Fresnell
- Craig T. Nelson (VF : Michel Beaune) : Frank Bowers
- Thomas G. Waites : Jeff McCullaugh
- Dominic Chianese (VF : Francis Lax) : Carl Travers
- Joe Morton : Docteur de la prison
- Keith Andes (VF : Jean Michaud) : Marvin Bates
- Sam Levene (VF : Georges Aubert) : Arnie
- Robert Christian : Ralph Agee
- Vincent Beck (VF : Mike Marshall) : Officier Leary
- Tom Quinn (VF : Jacques Deschamps) : Kiley
- Rita Fredricks (VF : Jacqueline Porel) : Juge Howe
- Darrell Zwerling (VF : Jacques Deschamps) : William Zinoff
- Johnny Haymer (VF : Jean Violette) : Crenna
- Kenneth Patterson (VF : Jacques Lalande) : Cecil
- Connie Sawyer : Gitel

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